Sarkozy, clap de fin

Il ne fallait pas voter Sarkozy en 2007. Pour les électeurs de François Hollande, c’est une évidence. Pour ceux de Nicolas Sarkozy, ce devrait en être une.

La première raison immédiate est la suivante. Dans une France sociologiquement à droite, l’UMP a accompli le tour de force de réussir à perdre les élections. Or il est vraisemblable qu’un Juppé ou un Fillon les aurait gagnées. En résumé, pour que la droite gagne en 2012, il ne fallait pas que Sarkozy gagne en 2007. Annoncer le soir de sa victoire qu’on va rétablir le plein emploi est au pire démagogue, au mieux inconscient et surtout ça suscite des aigreurs qui se paient 5 ans plus tard. Vous aurez remarqué que je n’ai parlé ni du Fouquet’s, ni du Paloma qui sont des bévues à portée uniquement symbolique. Mais qu’on en parle 5 ans après montre qu’elles ont eu un effet ravageur. Bref, nous n’allons pas refaire le match.

La seconde raison est oubliée parce que les électeurs ont la mémoire courte. Jacques Chirac a en son jeune temps été porté aux nues pour son dynamisme selon des modalités identiques à l’aura d’énergie de Sarkozy. Et subitement, les mêmes ont décrété qu’il n’avait rien fait. Comme de nombreux bi-électeurs de Sarkozy finiront par dire qu’il n’a pas fait grand-chose, qu’ils l’ont toujours dit et qu’ils n’en ont jamais été fanatiques. Même s’ils avaient sa photo dédicacée sur leur table de nuit : j’ai ouvert une liste, j’ai déjà des noms.

Pourquoi parler de Chirac ? Parce que Sarkozy. Et Sarkozy, parce que Balladur. Et tout remonte à 1992.

1992 Maastricht

Maastricht devait être voté par tous les pays membres. Les spéculateurs qui misaient sur l’échec ont anticipé des soubresauts opportuns dans les parités et les taux souverains. Les tenants de la réussite avaient quant à eux compris que d’ici 1999, ils n’auraient plus l’opportunité de spéculer sur la parité FRF/DEM, il fallait bien tenter un baroud d’honneur. Cette présentation est un peu simplifiée mais résume bien l’ambiance de cette année. Notons au passage que les spéculateurs en question ont paru disposer de moyens plus que conséquents et donc que d’aucuns ont vu dans les attaques sur les monnaies destinées à former l’euro un complot de la finance anglo-saxonne.

Difficile à prouver mais possible. Les Britanniques ne souhaitent jamais, c’est une constante historique, une Europe continentale trop forte or l’euro serait continental puisqu’ils n’en voulaient pas. Les USA ne souhaitaient pas l’émergence d’un monnaie rivale de la leur, ce qui assez bien vu puisqu’au lieu d’un euro géré par des amis assez désorganisés qu’on peut comprendre, ils auront un yuan géré par un rival très organisé mais insondable comme tout Oriental qui se respecte comme le dit la légende. Mais nous nous éloignons du sujet.

1993 Deuxième cohabitation Mitterrand-RPR

Mais jusque là tout va bien au RPR, les législatives de 1993 sont à portée de main, Mitterrand est malade et en fin de mandat et sa succession n’est pas arrêtée. On est même au mieux avec les amis de l’UDF. Chirac a déjà vécu 2 ans de cohabitation, il n’y a pas envie d’y retourner mais alors pas du tout. Donc Balladur, son « ami de trente ans » ira et sera Premier Ministre.

Et là Edouard Balladur se trouvera très bien dans le rôle, il saura très bien aggraver le déficit public comme un vrai Président de la République et commence à se voir « en haut de l’affiche ». Lors d’une crise monétaire comme elles étaient si fréquentes à l’époque, mais on l’a oublié, Balladur considérera que Jacques Chirac n’a pas la « stature d’un homme d’Etat » ce qui sous-entend que lui en revanche …

Et le RPR se retrouve partagé en deux tendances, classiques à droite, « orléaniste » et « libéraux » aux côtés de Balladur, gaullistes ou « bonapartistes » avec Jacques Chirac. Balladur pourra sans problème trouver du renfort du côté des centristes de toutes tendances, et Dieu sait le talent qu’ils ont pour les tendances diverses et variées. En revanche, Chirac, on le sait, ne tolèrera aucun compromis avec l’aile droite qui considère certaines proximités avec le Front National.

Donc, mathématiquement, la messe est dite, Chirac est fini, il faut miser sur Balladur. Au ralliement naturel des centristes s’ajouteront des ralliements plus opportunistes. Et parmi ceux-ci le ralliement d’un trépignant Nicolas Sarkozy qui se verrait bien en jeune Premier Ministre populaire, voire populiste, d’un aristocratique Balladur ou plutôt d’un Balladur aux prétentions aristocratiques.

Car les schémas anciens se reproduisent sans cesse : « si l’Histoire ne se répète pas, il lui arrive de bégayer ». Le tandem Giscard-Chirac devait se reproduire dans celui formé par Balladur et Sarkozy : une campagne hallucinante de Chirac a brisé le rêve.

1995 La cohabitation interne

Elu, enfin, en 1995, on peut comprendre que Chirac ait préféré ses supports loyaux et fidèles qui avaient il faut le reconnaître eut un incroyable mérite à le soutenir. Exit donc Sarkozy, exil pour Sarkozy. D’aucuns racontent même qu’une relation passée entre Claude Chirac et Nicolas Sarkozy aurait envenimé le débat : ceci expliquerait le clivage du couple Chirac sur la conduite à tenir vis-à-vis de Nicolas Sarkozy mais, in fine, « cela ne nous regarde pas » comme disent Les Inconnus.

Mais en 1995, c’est une droite désunie qui se retrouve aux commandes. L’Assemblée Nationale, élue en 1993 doit être renouvelée en 1998. Le Sénat est encore à droite selon une tradition depuis brisée. Et le Président est RPR. Mais la lutte fratricide a laissé des traces : les balladuriens exclus du gouvernement sont encore bien présents à l’Assemblée. La cohabitation avec la droite parlementaire sera houleuse. Alors dissoudre ou pas ? Le ver de l’échec de 1997 était déjà dans le fruit car l’équation est insoluble.

Rien ne permet en effet de croire qu’une dissolution de l’Assemblée dès 1995 permettra de retrouver une homogénéité à droite. En cas d’alternance, l’électorat assume généralement l’idée qu’il faut donner une majorité parlementaire au Président. Mais en 1995, l’électorat n’aurait pas compris l’intérêt et aurait reconduit les mêmes. Ceci dit, en 1997, l’électorat n’a pas mieux compris l’intérêt de la dissolution mais il a voté pour les autres … Bref décision fut prise de ne pas dissoudre.

Elu sur un programme à forte connotation sociale, doté d’une cohérence certaine à défaut de réalisme, Jacques Chirac a dès l’automne engagé des réformes qui en prenaient le contrepied même si elles étaient pertinentes et restent 17 ans après à accomplir. Elles ont engendré les mouvements sociaux les plus puissants jamais vus depuis mai 68. De quoi refroidir l’ardeur des plus réformateurs, la faible portée réelle des réformes de Nicolas Sarkozy pendant son septennat n’en est d’ailleurs pas la moindre preuve, même si une communication des plus professionnelles a pu faire croire le contraire.

Jacques Chirac, déjà privé du soutien d’une moitié de sa majorité, s’est donc retrouvé sans le support de l’opinion publique. L’échéance des législatives de 1998 approchait et un échec semblait inéluctable. D’où la dissolution de 1997 qui n’a fait qu’avancer l’échéance.

De nombreux parlementaires peuvent à l’époque témoigner que les « visites de soutien » de Nicolas Sarkozy comportaient leur part de propos incendiaires sur Jacques Chirac et son suppôt, Dominique de Villepin, affublé dès lors du délicat surnom de « Néron » par Bernadette Chirac. Dès lors, entre boutefeux ou incendiaires , la lutte au lance-flammes entre Villepin et Sarkozy était engagée.

1997-2007 « Je t’aime moi non plus »

Sur cette période, nous ferons plus court. Nicolas Sarkozy avait trahi Chirac. Et que Chirac ait auparavant trahi Giscard qui avait trahi De Gaulle puis Chaban-Delmas, etc … ne constitue pas une excuse quand on arrive à des résultats tel que le déficit public balladurien de 1993-1995, l’échec de son parti en 1997 et la stérilisation de 12 ans de présidence Chirac. Car c’est un consensus assez bien établi de nos jours que de prétendre que Jacques Chirac n’a rien fait de ses douze ans de mandat.

Qu’il ait une part de responsabilité sans doute mais le camp balladurien, Sarkozy en étant l’ultime survivant, n’a rien fait pour arranger les choses, allant jusqu’à saboter le CPE de Villepin, dernière tentative de réforme forte.

Il faudra peut-être un jour parler de la responsabilité d’Alain Juppé. Mais la loyauté d’Alain Juppé à l’égard de Jacques Chirac et de son camp n’a jamais semblé en question. Il a sans doute commis des erreurs de diagnostic qui sont celles de celui qui essaie et même si l’ambition personnelle ne peut être négligée, sinon il ne serait pas homme politique, l’homme mérite plus de considération.

En résumé de 1997 à 2007, Nicolas Sarkozy fit ou ne fit pas partie du gouvernement, prétendit au poste de Premier Ministre et n’y prétendit plus. Pris la tête de la majorité aux élections européennes de 1999 pour la mener à un échec retentissant. Bref ce fut la période de trépignement et de brouilles suivies de réconciliation avec Chirac, Juppé, en fait un peu tout le monde. Période qui ne devait s’achever qu’avec l’annonce de Jacques Chirac de ne pas briguer de troisième mandat.

L’échec logique de Sarkozy

Si on se concentre sur les 14 années qui précédé sa présidence, qu’a fait Nicolas Sarkozy à part oeuvrer contre son camp et uniquement pour sa propre carrière ? Il est arrivé au pouvoir en 2007 sur un authentique champ de ruines dont il était un responsable majeur.

Donc prétendre tout reconstruire après avoir tout cassé est la preuve d’une disposition maladive d’un ego au pire altéré, au mieux surdimensionné. Même les Hindous, avec bon sens, ont un dieu destructeur, Shiva, et un dieu constructeur, Vishnou, sachant que même un dieu ne peut tout à la fois détruire et rebâtir. Mais je vous accorde que l’image est discutable.

En résumé, voilà pourquoi j’ai refusé de voter Sarkozy en 2007.

Cependant, respectons le choix du peuple. Une fois élu, il n’y avait qu’une alternative.

  • Soit il s’avérait le « Chirac lent » qu’Emmanuel Todd avait prédit (et il faut toujours écouter les prédictions d’un Emmanuel Todd) ce qu’il fut malgré une communication, nous dirons « diluvienne’, le présentant en grand sauveur de la France, voire de l’Europe à l’issue des 2412 sommets tenus pour consacrer la volonté d’Angela Merkel. Et il ne pouvait être réélu.
  • Soit il réformait de façon profonde et cohérente, ce qui était difficile compte tenu de son absence de vision et de l’équipe de courtisans divers et variés dont il s’était entouré. Dans ce cas, les réformes étant impopulaires, il ne pouvait être réélu mais laissait une empreinte réelle dans l’Histoire et pouvait envisager d’apparaître en recours en 2017. Et là il nous laisse Jean-François Copé …

Sarkozy, un autre Giscard

Les deux Présidents présentent la caractéristique commune de n’avoir pas été réélus à l’issue de leur mandat. Est-ce un hasard ?

La faute à la crise dira-t-on … La crise date de 1973 et quand on regarde les anciens journaux du 20h, on constate que le sentiment de crise est constant depuis cette date malgré le sentiment qu’aujourd’hui c’est pire : mais les peuples ont la mémoire courte et la France se complait quoiqu’elle en dise dans le discours de décadence.

En outre, la crise financière de 2007-2008 (selon qu’on la date de la suspension de cotation de fonds monétaires dynamiques par la BNP ou de la chute de Lehman Brothers) était prévisible dès 2006. Les banques de marché savaient que les menaces étaient lourdes et seules quelques retardataires se ruaient sur le subprime et le réhaussement de crédit au grand plaisir des banques pionnières qui pouvaient leur laisser des rossignols : un vieux devoir de réserve nous empêche de citer des noms.

Un candidat-président est toujours entouré d’un réseau de conseillers compétents (sans ironie aucune) qui ne pouvaient ignorer la crise potentielle. Il n’y a pas que Nouriel Roubini qui comprenne la finance. Mais écoute-t-on ses conseillers ou seulement les conseils qui (com)plaisent ?

Sarkozy comme Giscard ont décidé d’une rupture et d’une modernisation de la société à marche forcée. C’est risqué mais pourquoi pas ? Le Shah d’Iran avait voulu faire de même et l’Iran avait hérité de l’Ayatollah Khomeini : mais la France n’est pas l’Iran n’est-ce pas mais si ce sont deux pays à la longue histoire et la fierté nationale qui en découle. En tout cas, l’un comme l’autre ont multiplié des gestes symboliques qui ont montré leur incompréhension de l’histoire et du peuple. Ils l’ont payé de leur échec et d’une profonde perturbation de leur camp. L’échec de Giscard a eu pour coût deux ans d’égarement mitterrandien même si le PS a depuis amplement compris la leçon.

Quel sera le prix de l’échec sarkozien ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *