Les primaires, pernicieuses et non démocratiques

Toute l’action politique est centrée sur l’élection présidentielle, tout le monde le sait. Et les primaires ne font que renforcer cette obsession de façon pernicieuse et non démocratique.

Il faut admettre que depuis le passage au quinquennat, le Président de la République est quasiment assuré de disposer d’une Assemblée Nationale à sa main. Et cette Présidence est tant convoitée que toute vie s’arrête non seulement pendant la campagne mais pendant la campagne interne pour la campagne !

Avec le sens du service de l’Etat qui caractérise les partis politiques – depuis toujours, chez les Grecs et les Romains déjà, ne jouons pas les déclinistes -, les luttes intestines n’ont que la désignation du candidat pour objectif. Jadis, ils étaient prêts à tout pour devenir ministre et cette convoitise ne s’est pas calmée puisqu’un portefeuille de ministre donne une « épaisseur » politique qui permet de prétendre au statut de candidat à la Présidence. Il suffit d’observer la déliquescence interne d’EELV où les objectifs de carrière vont jusqu’à la Présidence même si ce type de parti ne peut en aucun cas y amener.

Bref, il s’agit comme souvent d’un « jeu » auquel on joue sans savoir pourquoi : le jeu politique est de conquérir la Présidence ? Alors jouons !

Un peu lucides tout de même et parce qu’il valait mieux éviter d’en arriver au duel au premier sang, un génie a un jour émis l’idée des « primaires ». Il bénéficiait pour cela d’un argument massue : la « modernité ». Et cet argument avait lui-même un argument de poids : on fait comme ça aux USA.

Signalons au passage que c’est pour la même raison qu’on est passé au quinquennat pour « faire moderne », même si la motivation profonde était l’envie incoercible de VGE de glisser une ultime peau de banane à Jacques Chirac. Que tout l’équilibre des institutions et donc leur esprit en fût chamboulé n’était plus que secondaire. VGE a vu les effets du karma – c’est une image – : son projet de constitution européenne, mal ficelé, illisible, a été rejeté. Ce qui a bien dû faire rire Chirac qui ne se prive jamais d’un bon moment.

Alors les primaires ? LR les a prévues et elles commencent bien avec 5, 6 … ou 9 candidats, on ne sait plus. Et certains reprochent déjà à Sarkozy de tricher comme si cela risquait de nuire à son sommeil. Et bingo ! Le PS va s’y mettre. perdu pour perdu autant savoir qui va pouvoir se positionner pour 2022. Bien sûr, puisque l’élu de 2017 aura tout promis, il décevra tous les électeurs, sauf les fanatiques heureusement peu nombreux, et ceux beaucoup plus nombreux qui ne reconnaîtront jamais s’être trompé en votant pour un démagogue pareil. En 2022, il aura donc une alternance et une alternance à l’alternance en 2027.

Or ce mécanisme des primaires est particulièrement pervers. Donne-t-il la parole au peuple ? Il faut payer les frais d’organisation, certes minimes, mais c’est un retour discret du suffrage censitaire sur le critère de l’argent. Et seuls ceux qui s’intéressent à la politique et prétendent y comprendre quelque chose iront voter, et on retrouve également le suffrage censitaire sur la base du diplôme. Démocratie avez-vous dit ?

Ce mécanisme crée ne outre des candidatures biaisées.

Je ne peux m’ôter de l’idée qu’en 2007, Ségolène Royal n’était pas la candidate qui donnait le maximum de chance au PS – ce qui en soi ne me gêne pas -. Et c’était tellement vrai que l’appareil l’a soutenue du bout des lèvres. Comment donc a-t-elle remporté les primaires ? Parce que selon les sondages, elle était la meilleure candidate. Or qui paie ces sondages ? Le PS ? Non il s’agit de sondages commandés par des organes de presse qui ont montré ensuite une douce inclination pour Nicolas Sarkozy, candidat indiscuté de son camp quant à lui. Sarkozy aurait-il discrètement et indirectement choisi son adversaire ? Ce n’est pas de la théorie du complot. N’oublions pas le proverbe d’auteur inconnu : « ce n’est pas parce que tu es paranoïaque qu’il n’y a pas quelqu’un qui te suit dans la rue ».

Et si les candidatures ne sont pas biaisées, le résultat du vrai suffrage démocratique et institutionnel en est marqué de façon indélébile. Prenons le cas des primaires actuelles. Si la tendance actuelle se maintient, c’est-à-dire sans évènement majeur, ce qui est osé à la veille d’un possible Brexit :

  • le FN se qualifiera mais n’a aucune chance de l’emporter au second tour
  • le PS arrivera difficilement en seconde place au 1er tour : aucune personnalité ne peut ratisser aussi large que François Hollande qui semble mal engagé – preuve en passant que les primaires du PS ne servent qu’à prendre date pour 2022 –
  • donc le second tour se jouera entre le vainqueur de la primaire de droite et le FN

La primaire de droite donnera donc très probablement le nom du Président de 2017. A un détail près. Si Sarkozy l’emporte – et il fera tout pour cela -, il peut perdre contre Hollande – et lui seulement -. Sarkozy avait en effet ratissé au plus large en 2007 en convainquant l’électorat centriste – je ne dis pas le « centre » car il n’existe plus – et en réussissant le grand écart en attirant les voies d’électeurs potentiels du FN, ce qui lui avait fait clamer un peu prématurément qu’il « avait tué le FN ». Or les faits ont montré qu’à cet égard, il avait eu moins de réussite que Mitterrand avec le PCF. Mais il faut admettre que Mitterrand avait été aidé par l’Histoire – la vraie – qui s’était exprimée par la chute du bloc communiste qu’aucun expert n’avait d’ailleurs entrevue. Sarkozy pourra-t-il ratisser aussi large ? Bon nombre d’électeurs centristes ne voteront plus jamais pour lui. Et désormais, à l’autre bout du spectre, certains auront moins de scrupules à voter pour Marine Le Pen que pour son père ou à préférer l’original à une copie qui n’a toujours pas trouvé le bouton « allumage » de son Kärcher.

Les primaires sont donc une très mauvaise idée. Il existe en effet un premier tour dont c’est le rôle et il vaudrait à la limite mieux prévoir une élection à trois tour que cette officialisation hypocrite des manoeuvres d’appareil.

En conclusion, j’irai voter aux primaires parce qu’il le faut. Mais ce système est un déni de démocratie et ne fait que prolonger dans le temps l’obsession présidentielle qui empêche de gouverner.

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