Onfray et le « judéo-christianisme »

Décadence (Michel Onfray)

Le 11 janvier, paraîtra le nouvel opus de Michel Onfray, Décadence.

Je ne l’ai donc pas encore lu donc je n’en ferai pas de critique a priori mais Le Point de cette semaine lui consacre sa une et un dossier solide. Et un terme récurrent apparaît qui m’énerve prodigieusement tant il est erroné, le fameux « judéo-chrétien ».

Le christianisme est juif

Le christianisme s’est pendant longtemps considéré comme l’héritier d’Israël et de son Alliance avec Dieu. Le Croix accomplissait la Loi et les Prophètes. Chrétiens, nous étions donc plus juifs que les Juifs. 

Après la Shoah, cette position a paru plus compliquée à tenir. Vatican II voulait parler des Juifs et n’a pas trop su dans quelle déclaration en parler. Ce sort n’a d’ailleurs pas été réservé aux Juifs, il en est allé de même de la Vierge Marie qui a finalement atterri dans Lumen Gentium, constitution dogmatique sur l’Eglise.

A donc été rédigée une déclaration, Nostra Aetate, sur les religions non-chrétiennes où le judaïsme voisine avec Islam, Hindouisme et Bouddhisme, ce qui a mon sens n’honore pas le statut de « frères aînés » de nos frères juifs puisqu’on les range avec nos amis.

Le christianisme est grec

Saint Paul se désole à longueur d’épitres que les Juifs refusent le message du Christ lui qui revendique haut et fort son judaïsme. Par mission plus que par dépit, il évangélise donc les Grecs.

Dès les Actes des Apôtres, existent d’ailleurs deux communautés : les Hellénistes, grec convertis, et les Judéo-Chrétiens, juifs convertis, dont les relations ne sont d’ailleurs pas toujours idylliques. Et les Judéo-Chrétiens, l’Eglise de Jérusalem autour de Saint Jacques, sera balayée par l’Histoire.

Finalement, c’est le christianisme éclairé, formalisé par la philosophie grecque, mouvement initié par Saint Justin dès le début du IIe siècle, et donc rendu compréhensible aux non-Juifs, les Gentils ou païens, qui l’emporte.

Une tarte à la crème

Le christianisme proclame « un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1 Co 1,23) mais réussit néanmoins la synthèse.

Le christianisme est donc judéo-grec. Et notre société occidentale est judéo-greco-latine puisque l’Eglise d’Occident se coule dans le moule de l’Empire romain, de son droit en particulier.

Bref qu’on arrête de nous bassiner avec ce « judéo-chrétien » qui ne veut rien dire d’autre que « judéo-judéo-grec » … Exactement, comme « aujourd’hui » veut dire « au jour d’aujourd’hui » puisque « hui » vient du latin « hoc » qui signifie « aujourd’hui » !

Retour à Onfray

Michel Onfray a, depuis son Traité d’Athéologie en particulier, montré son refus de la religion chrétienne. De nombreuses digressions intimes expliquent d’ailleurs sa rupture avec le christianisme.

Mais là n’est pas la question. Il faut avant tout se rappeler le tropisme nietzschéen d’Onfray. Or pour Nietzsche, l’Occident est entré en décadence, philosophique du moins, à partir de Socrate.

Il y a donc toute une famille de pensée pour laquelle rien ne s’est fait de bien depuis Parménide et Héraclite et puisqu’on ne dispose que de fragments de ces présocratiques, que leurs oeuvres complètes devaient être belles ! Heidegger s’y rattache d’ailleurs pour une part. Pour cette famille donc, Platon, Aristote, passons évidemment Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, Descartes, Kant et de tout aussi illustres sont donc renvoyés aux oubliettes de la pensée.

Une espèce de meurtre du Père généralisé qui permet peut-être de se poser plus facilement en constructeur. Ne dit-on pas que Néron voulait brûler Rome (même si l’Histoire l’a depuis innocenté) pour la reconstruire encore plus belle ?

Je préfère Alfred North Whitehead qui disait  « La caractéristique la plus évidente de la tradition philosophique européenne est qu’elle consiste en une série de notes de bas de page de Platon » (The safest general characterization of the European philosophical tradition is that it consists of a series of footnotes to Plato).

Je crois en effet qu’on voit plus loin en grimpant sur « l’épaule des géants » qu’au sommet d’un tas de gravats fumants.

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