Martine Aubry, le Philippe Séguin du PS

Martine Aubry est absente du gouvernement. Choc ou énigme, c’est étrange. Tant que cela?

Martine Aubry est connue pour son caractère difficile, ce qui est un euphémisme. A l’époque où elle était ministre des Affaires Sociales, je me rappelle avoir déjeuné avec un ami énarque qui était deux niveaux hiérarchiques (N-2 comme on dit de nos jours) sous Madame le Ministre (inutile de féminiser le nom d’une fonction  : le neutre n’existe pas en français, c’est ainsi). Et il me disait que quand son chef était convoqué chez le Ministre, il ressentait comme une bouffée d’angoisse (en fait, les émotions étaient plutôt ressenties au niveau abdominal …).

Ministre des Affaires Sociales, c’est son premier point commun avec Philippe Séguin. Le caractère impétueux est le second. Philippe Séguin avait la réputation d’être capable d’envoyer un cendrier à la figure d’un collaborateur et ses colères étaient légendaires. Au point même d’indisposer Jacques Chirac qui en avait vu d’autres.

N’en tirons pas hâtivement la conclusion qu’on affecte par taquinerie déplacée des asociaux aux Affaires Sociales mais peut-être ce ministère est-il un test pour caractères difficiles.

Les compétences de Martine Aubry et de Philippe Séguin ne sont pas en cause mais compte tenu de l’importance du relationnel et du travail d’équipe, leur caractère fort explique sans doute pour une bonne part leur cursus cahotique et, in fine, leur disparition du paysage politique (avant leur disparition tout court dans le cas de Philippe Séguin).

Tant que l’équilibre des pouvoirs n’est pas définitivement établi au sein d’une équipe, un caractère fort, qui exprime donc des idées qui ne le sont pas moins, est un pôle d’attraction qui attire d’autres personnalités dans une communauté de pensée et d’objectifs.

Mais quand arrive un nouvel équilibre des pouvoirs, et un quinquennat et sa législature assortie figent, sauf accident, le paysage pour cinq ans, le caractère fort exige trop, la rupture est atteinte et sa marginalisation consacrée. Car pourquoi s’exposer à une relation difficile si elle n’ouvre plus aucune perspective. On peut être politique sans pour autant être masochiste.

Pourquoi aller chercher d’autres raisons de l’absence de Martine Aubry du gouvernement ?

Certains comme Fabius, plus souples, peuvent faire oublier leurs critiques antérieures, on imagine mal Martine Aubry se renier, c’est son honneur et son handicap.

Donc, sauf rebondissement après les législatives de juin, il est probable que Martine Aubry prenne durablement du recul dans sa mairie de Lille.

D’aucuns pensent aussi que la rupture entre François Hollande et Martine Aubry est plus intime. Le frère cadet de Martine Aubry, Jean-Paul Delors, né en 1953, est décédé en 1982 d’une leucémie. Jacques Delors aurait alors fait de François Hollande un fils spirituel, ressenti par Martine Aubry comme un fils de substitution. Inutile de fouiller plus avant dans les vies privées, mais si cette hypothèse doit être retenue, elle ajoute aux relations de François Hollande et de Martine Aubry une composante définitivement irrationnelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *