L'illusion de la "règle d'or"

Inscrivez dans la Constitution la « règle d’or » (interdiction du déficit dont les modalités restent à préciser) et le problème sera réglé.

Mais alors pourquoi donc refuser une solution aussi simple ?

Voit-on souvent des problèmes complexes résolus par des solutions simples ? Quand cet évènement exceptionnel se produit, cela signifie généralement que le problème était plus simple qu’on ne le croyait et qu’on le prenait sous un mauvais angle.

Et cette « règle d’or » est d’une naïveté confondante. Comme s’il suffisait de signer un engagement pour le respecter : le mariage n’a jamais empêché l’adultère …

Plus sérieusement, donc plus financièrement parlant, c’est oublier comment la Grèce a forcé l’entrée dans l’euro. Le gouvernement grec a subtilement négocié avec la banque Goldman Sachs un certain nombre d’engagements sous forme de swaps complexes qui permettaient de sortir une dette considérable des statisques visibles : c’est la fameuse technique du hors-bilan.

De mauvaises langues prétendent même que la dette allemande est bien supérieure à son affichage, les garanties apportées aux Landesbanks constituent un engagement hors-bilan d’autant plus proche de la dette que ces banques régionales sont en piteux état.

Enfin, c’est oublier que le « Pacte de Stabilité » exigé par l’Allemagne comme corollaire du Traité de Maastricht a été signé. Et enfreint pour la première fois par … l’Allemagne (voir l’historique sur le site de la Documentation Française).

Enfin, un engagement de type « règle d’or » présentent deux caractéristiques dangereuses :

  • pour les gouvernants : croire que la mesure étant prise, elle est effective. C’est le défaut de bien des managers : croire que le planning et la réalisation sont une seule et même chose
  • pour les gouvernés : croire que les gouvernants ont agi. Mais avouons que ce n’est pas sans avantages pour un gouvernement plus soucieux de communication que d’action en profondeur.

Mais pour des raisons électorales, la « règle d’or » sera probablement adoptée après les législatives françaises. On en parlera au sommet européen du 28 juin. Angela Merkel en aura besoin près de son électorat et François Hollande aura sa majorité. La France essaiera de ne pas l’inscrire dans sa Constitution.

Et ensuite, les pronostics sont ouverts pour savoir quand l’Allemagne violera la « règle d’or » car elle sera la première à le faire : quand on est au sommet d’un cycle, on ne peut que redescendre n’est-ce pas ?

Alors contre la « règle d’or » ? Certainement pas. Mais elle doit être présente dans tous les esprits et non seulement sur un papier, fût-il la Constitution de la République.

Mais la « règle d’or » doit être appliquée intelligemment. C’est-à-dire, pour faire simple, elle doit refuser de financer le fonctionnement de court terme par de la dette à long terme mais privilégier l’investissement financé par une dette de bon aloi.

Cessons donc de nous bercer de slogans.

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