La Bourse et les "investisseurs". Facebook, la suite.

Que Facebook ait été surévalué lors de son introduction en Bourse, c’est probable. Mais que les investisseurs se plaignent à peine 3 jours après est une grande première (cf. LeMonde.fr du 23 mai).

C’est en tout cas l’illustration non de la perversion de la Bourse elle-même mais du comportement de ceux qui osent s’appeler « investisseurs » sans vergogne aucune. Car qu’est-ce qu’un investissement de 3 jours ? Une plaisanterie ou, plus simplement, une sottise. Ce qui n’empêchera pas ces mêmes « investisseurs » de porter aux nues Warren Buffet.

Car que dit Warren Buffet ? « Un investissement est quelque chose que vous achèteriez même si la Bourse fermait pendant 10 ans ». Un horizon 1200 fois plus long.

Dans un bilan, les actions sont les ressources les moins exigibles. L’actionnaire investit ses fonds pour une durée illimitée dans l’espérance d’une plus-value. Mais une plus-value à long terme. Car si vous faites une plus-value à court terme, cela signifie :

  • soit que vous avez acheté sous sa valeur : vous avez escroqué le vendeur
  • soit que vous avez vendu au-dessus de sa valeur : vous avez escroqué l’acheteur
  • soit que vous avez fait les deux : vous êtes un gros malin mais un bel escroc et de toute manière vous allez un jour vous croire trop malin et vous faire arnaquer par plus filou que vous, ce qui sera bien fait.

Car il est exceptionnel que la valeur intrinsèque d’une action puisse exploser d’un jour à l’autre. Ce peut être le cas lors d’une OPA, de la découverte d’un brevet qui vous ouvre un marché exceptionnel, d’un nouveau gisement pour les industries extractives. Une plus-value brusque peut donc être légitime même si elle est rare.

Elle ne devrait en tout cas pas s’observer dans les premiers jours de cotation. Si le cas est fréquent, cela signifie que l’introduction donne lieu à une micro-bulle spéculative, micro car portant sur une valeur précise et sur une courte durée.

Donc depuis les années 80, l’investissement en actions a largement été dénaturé :

  • les détenteurs (que je n’ose plus appeler « investisseurs ») achètent dans la perspective d’une plus-value à moyen terme au mieux
  • le rendement offert, le dividende, est réduit à sa plus simple expression : cause ou effet, nous en reparlerons
  • la grande mode du ROE a tué le paiement du dividende en action et a privilégié le financement par le crédit (sous forme d’obligations ou de prêts bancaires plus ou moins sophistiqués)

Il est donc logique de dénigrer la Bourse quand elle devient « casino ». Mais il faut se rappeler que, dans son esprit, la Bourse devrait être à l’opposé de la spéculation puisque la détention d’actions a une vocation de long terme.

Il faudrait dans un premier temps réhabiliter le dividende. Il doit devenir, si les résultats de l’entreprise le permettent, une rémunération de la prise de risque de l’actionnaire afin que la plus-value ne soit pas sa seule perspective. Dans ce contexte, il faut que le dividende soit de l’ordre du rendement d’une obligation de même niveau de risque.

Certains proposent même de mettre fin aux cotations en continu, de procéder à un fixing quotidien voire hebdomadaire selon la liquidité des valeurs afin de limiter la spéculation. Cette mesure est plus discutable, elle pourrait entrainer une forte volatilité qui découragerait l’investissement de long terme.

Il est en tout cas, à contre-courant des idées à la mode, nécessaire de réhabiliter l’investissement (le vrai !) en Bourse. C’est encore le mode de mode de financement de l’entreprise le plus stable et le moins coûteux.

Encore faut-il ne pas se tromper de régulation.

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