Idolâtrie de la croissance

La Croissance ou la légendaire Corne d'Abondance

La Croissance ou la légendaire Corne d’Abondance ?

 

La Croissance, notez la majuscule, est devenue une idole. Peuples et rois ne jurent que par elle. Pas un jour sans que son nom ne soit prononcé comme la solution de tous nos problèmes. Mais malheureusement, la Croissance n’est pas toujours là où on l’attend, aussi généreuse qu’on l’espère et semble trop souvent propices à d’autres peuples. Alors, on la conspue, on la méprise, on la nie et on lui dresse comme rivales de nouvelles idoles.

Car gare aux dieux qui oublient les Hommes car les Hommes les oublient. En lui octroyant sa victoire au Pont Milvius, le Christ n’a-t-il pas incité Constantin et l’Empire après lui à abandonner Jupiter, Mars et tout l’Olympe ? Cet exemple, dénué de prosélytisme mais non d’historicité, autorise à se demander s’il en est des dieux comme des idées ou plus généralement des paradigmes.

Car s’il est peu probable qu’Aphrodite existe, il faut espérer que la Beauté et l’Amour existent. A l’inverse, les guerres éclatent et éclateront que Mars ou Arès existe ou non. Mais ces idoles ont été oubliées parce que les Hommes ne savaient plus ce que signifiaient ces dieux, les histoires archétypales qu’ils vivaient et ce qu’ils nous disaient des Hommes. Il a manqué à ces dieux une « théologie » qui ne faisait pas défaut au christianisme.

Pour en finir avec cette métaphore religieuse, la Croissance n’est-elle qu’une idole, un slogan d’usage commode quand le politique doit dans les 90 s capter l’attention de l’électeur qui ensuite passe à autre chose ?

C’est le problème des termes trop communs voire banalisés : tout le monde croit savoir, bien évidemment ce qu’ils signifient, et tirent des conclusions qui ont quelques difficultés à être pertinentes compte tenu du point de départ erroné.

Un sondage d’il y a quelques années – dont nous avons malheureusement perdu la référence – montrait qu’une large majorité des sondés croyait que la croissance était celle du pouvoir d’achat. Dans ce cas, l’évocation du terme Croissance sonne un peu comme « Du pain et des jeux ! » car qui refuserait un pouvoir d’achat supérieur, quitte à ne pas l’utiliser ?

Nous entamons donc ici une réflexion sur la Croissance pour tenter d’y discerner sa signification, ses potentialités et ses incapacités. Et pour ce faire, il faudra bien repartir de sa définition. Les économistes chevronnés riront peut-être de ce rappel aux évidences mais d’une part, reprendre un problème à son point de départ n’est jamais totalement inutile, d’autre part, il y a moins d’économistes chevronnés qu’on ne le croit, surtout dans un pays qui lors d’un championnat de football compte 60 millions de sélectionneurs – bébés compris – ou qui lors de l’élection d’un Pape se découvre 60 millions de théologiens.

… à suivre

 

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