Des crises en général, de celle-ci en particulier

Une des chaines documentaires du câble diffuse régulièrement une brève rétrospective des journaux télévisés de 20h des années 60 à nos jours. La phrase « devant l’aggravation de la crise » revient avec une régularité d’autant plus surprenante qu’on l’entend même dans des émissions de la célèbre période des « Trente Glorieuses » donc avant le choc pétrolier consécutif à la Guerre du Kippour de 1973. Faut-il nier pour autant la crise actuelle ? Certainement pas. Mais il semblerait qu’il existe des crises dans la Crise séparées par des périodes de rémission relative, constatées uniquement a posteriori.

En fait, qu’est-ce qu’une crise ? C’est un changement d’état dont la brutalité engendre tensions et souffrances diverses. En résumé, il n’y a crise que lors qu’un paramètre change brutalement, que ce paramètre soit un prix (pétrole par exemple), un ratio (endettement) ou un changement de statut (crise politique). Pour éviter une crise, il faut donc chercher la régularité et les évolutions douces. Or le contexte des sociétés, c’est-à-dire la complexité de leurs interactions internes et externes, ne peut en aucun cas garantir cette stabilité : c’est en effet un contexte « chaotique » selon la terminologie mathématique (voir le post « Le Papillon de Rio » du 27 juin).

La seule solution pour prévenir les crises est la mise en place de mécanismes régulateurs voire amortisseurs. On pourrait les appeler « contracycliques » si les théories des cycles économiques étaient mieux qu’empiriques. Mais faisons fi de cette réserve.

Or qu’observe-t-on ? En période de croissance relative, l’appétence pour plus de croissance enclenche un emballement qui débouche sur … une crise. L’exemple de la bulle immobilière américaine alimentée par la politique monétaire d’Allan Greenspan est, je l’espère, dans toutes les mémoires. Et a contrario, en période de récession, la tendance sera aux économies, donc aux licenciements, et globalement à toutes les frilosités qui entretiennent savamment une récession.

Faut-il donc être laxiste ? Que nenni ! Il faut plutôt transférer les périodes de gestion rigoureuse sur les périodes fastes et relâcher la pression en période de crise.

En période faste, les restructurations toujours nécessaires peuvent être envisagées pour un coût moindre, tant au plan financier qu’humain. Le coût de la formation, de la restructuration venant en déduction du résultat positif est en effet déduit des impôts. En outre, les licenciements éventuels sont moins douloureux pour le salarié, et pour la protection sociale, dans un contexte de croissance.

A contrario, en période de récession, demander des efforts à des salariés qui ne sont même pas sûrs d’en bénéficier est moralement discutable et inefficace puisqu’en période difficile, chacun pense encore plus que d’habitude à son intérêt propre plutôt qu’à celui de son entreprise.

Ces remarques valent pour tous les salariés, managers y compris. En période faste lors d’une fusion, le cadre en doublon peut quitter l’entreprise avec une indemnité réconfortante et la perspective d’un redémarrage. En période difficile, ce même cadre passera plus de temps à sauver son poste, j’allais dire sa peau, qu’à participer à la réussite de la restructuration.

Ce constat semble évident et de bon sens et je suis preneur de contre-arguments. Et pourtant, c’est l’inverse qui se produit. Pourquoi ? Une explication simple en est la paresse intellectuelle et l’inertie. « Quand les choses vont bien profitons-en et croisons les doigts pour éviter la crise » est le principe de gestion le plus largement répandu et accepté bien qu’il ne fasse l’objet d’aucun enseignement dans les business schools, explicitement du moins.

Mon post précédent pouvait être pris comme une pique contre l’Islam. Alors je vais essayer de me racheter. En Islam, la « Grande Guerre Sainte  » (djihad al-akbar) est la guerre spirituelle (les chrétiens parlent plutôt de « combat spirituel ») qu’il faut mener pour s’améliorer et améliorer le monde. Tout le monde connaît malheureusement la « Petite Guerre Sainte » (djihad al-ashgar) que mènent certains musulmans sans grande imagination ni ambition quant aux desseins d’Allah.

Alors même en période de paix menons la « Grande Guerre Sainte » de la croissance. En période de lutte économique, il sera temps de relâcher la pression pour l’unité sociale, seul remède durable aux crises.

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