Climatosceptiques et droite française

Climato-sceptiques et droite française

« Mais c’est pourtant vrai que l’Antarctique se rafraichit. Le réchauffement est donc un mythe. » (signé Un Climatosceptique)

J’entends beaucoup d’électeurs qui se revendiquent de la droite s’afficher clairement « climatosceptiques » si on veut bien me pardonner ce néologisme.

Et les arguments en sont parfois surprenants et en contradiction avec leurs propres pétitions de principes.

Arguments des climatosceptiques de droite

Le GIEC serait un lobby aux mains des écologistes

Le GIEC est un organisme financé par les Nations Unies dont l’objectif est de faire la synthèse de toutes les recherches en matière de climat. Le GIEC ne fait aucune recherche. Il analyse les milliers de publications sur le climat ou les sujets immédiatement connexes. Cette analyse suppose comparaison, demandes de précisions, recherches d’incohérence. Le volume traité justifie la publication pluriannuelle de ses rapports.

Signalons que les publications traitées peuvent provenir d’organismes de recherche publique ou privée – même des industries pétrolières ou charbonnières qu’on imagine mieux dans le rôle de lobbyistes que nos élus EELV plus occupés à leurs bisbilles politicardes internes -.

Certes, un jour, le GIEC a laissé passer une publication erronée sur la fonte des glaciers de l’Himalaya. Il se doutait de la bronca qui n’a pas manqué de se déchaîner. Mais sur les milliers de publications, le taux d’erreur semble faible. A moins que la vigilance des climatosceptiques ne soit que superficielle.

D’autres scientifiques nient le réchauffement

Certes, d’autres scientifiques nient le réchauffement global. Mais que connaît par exemple un biologiste sur l’astronomie ou un mathématicien sur la géologie ? Le statut de scientifique donne une légitimité sur le domaine dudit scientifique. Certes, un scientifique est censé raisonner correctement mais il n’a pas l’exhaustivité des connaissances et de la culture dans toutes les matières scientifiques :

  • Claude Allègre est géochimiste : son domaine est donc la formation des roches mais, lors d’une polémique célèbre, il a eu tort face à Haroun Tazieff en vulcanologie, matière cependant voisine.
  • Vincent Courtillot est géologue. Il est connu pour sa prise de position sur la disparition des dinosaures. Selon lui, les trapps du Deccan en sont responsables et non l’astéroïde du Chixculub. Manière de dire que les géologues sont plus forts que les astronomes ?
  • ne parlons pas de journalistes météo ou autres …

Les scientifiques – climatosceptiques ou « réchauffistes » – dont les publications sont analysées par le GIEC sont beaucoup plus nombreux que les quelques voix qui se singularisent. Le GIEC tient compte de tous les arguments « pour ou contre ».

La Terre aurait connu d’autres réchauffements climatiques

C’est tout à fait exact. Mais le processus était beaucoup plus lent. Les espèces ont eu le temps de s’adapter – ou non – le plus souvent en migrant – détail sur lequel nous reviendrons. Mais parmi ces espèces ne figurait pas l’espèce humaine qui sait très bien s’adapter à condition que ça n’aille pas trop vite et que ça ne coûte pas trop cher.

Le gouvernement mondial

L’argument est que le réchauffement étant global, il impose des mesures globales qui vont à l’encontre de la souveraineté des états. Il ne s’agit donc pas d’un argument complotiste mais clairement souverainiste. Or le souverainisme est largement construit sur une illusion même si ses motivations sont pertinentes et légitimes : nous y reviendrons.

Nous avons évoqué la théorie du complot. Il faut admettre que certains arguments climatosceptiques en sont proches.

Une nostalgie

Une frange de la population a connu sa pleine activité et sa pleine prospérité sous Pompidou. Il s’agit d’une population vieillissante (plus de 75 ans) mais généralement en bonne condition, active, participant à la vie associative mais qui est quasi-maladivement atteinte d’une nostalgie contradictoire des années Pompidou. On peut leur ajouter les générations à qui ils ont transmis cette nostalgie.

C’était certes une époque où on pouvait « gagner plus en travaillant plus », promesse non tenue il y a peu, promesse qu’on nous refera sous peu (NDLR du 31/08/2016 : il n’a fallu attendre qu’une seule journée : voir le discours de Sarkozy devant le MEDEF). Mais ils oublient que ces courtes années de prospérité ont été dues à la conjonction de plusieurs facteurs : fin de la reconstruction, achèvement de la restructuration gaullienne de l’Etat, pétrole bon marché et libérations tous azimuts consécutives à Mai 68 – que généralement ils abhorrent paradoxalement -. Conjuguez ces facteurs à une propension à l’extrapolation exponentielle, les lendemains chanteraient nécessairement, en anglais ou en russe selon l’orientation.

C’était donc l’époque du fuel, de l’automobile et de la croissance. Comme si l’écologie était antinomique avec la croissance ! Et nous arrivons ici au non-dit.

Le non-dit

Les partis autoproclamés écologistes ont accaparé l’écologie qui est une science. Certes, l’écologie n’est pas une science autonome comme les mathématiques. Mais elle constitue un carrefour de nombreuses disciplines (physique, chimie, biologie, géologie, mathématiques, …) ce qui justifie pleinement son statut de science. Et ses scientifiques doivent désormais être appelés écologues pour les distinguer des écologistes – sous-entendu politiques – dont les préoccupations s’avèrent plus politiques qu’environnementales.

Nos climatosceptiques développent donc un syllogisme aussi étrange qu’erroné :

  • le réchauffement climatique est une idée d’écologistes
  • les écologistes sont de gauche
  • or je suis de droite
  • donc « les écologistes ne font rien qu’à dire des bêtises »
  • donc il n’y a pas de réchauffement climatique
  • et ceux qui sont de très mauvaise foi pensent : « et en plus ça m’ennuierait si c’était vrai », syndrome psychologique qui s’appelle le déni. Or, il y a des dénis de vérité qui ressemblent à s’y méprendre à des dénis de grossesse.

Et pourtant

Ces mêmes climatosceptiques devraient au contraire prendre le parti de la prévention d’un réchauffement climatique. Car les mesures nécessaires correspondraient exactement à leurs souhaits. Je les mentionne pour mémoire et vous laisse le soin de deviner si je les partage ou non.

L’immigration

Les premiers pays touchés par le réchauffement climatique seront les pays tropicaux. Certaines études suggèreraient que la crise syrienne, qui a les effets désormais bien connus, aurait été déclenchée par une baisse des rendements agricoles liée au réchauffement. Ce fait demeure à vérifier mais ce scenario futur est parfaitement plausible.

Ce phénomène enclenchera des flux migratoires en dominos. Et l’arrivée actuelle de migrants syriens ou irakiens semblera alors le souvenir d’une époque heureuse.

Au passage, ce point rappelle que le meilleur remède contre l’immigration est le développement des pays d’origine. Le mythe de l’immigré profiteur est une paresse intellectuelle même si le phénomène existe. Et le nier est de l’angélisme stupide.

Le djihadisme

Le djihadisme est principalement financé par le pétrole, directement ou par des états pétroliers qui achètent leur paix ou propagent leur idéologie à orientation religieuse.

Diminuez la consommation de pétrole et vous assécherez les sources de financement des djihadistes. Et les mécontents des pays arabes adopteront une démarche plus raisonnée en prenant exemple sur la Tunisie.

La croissance

Beaucoup parlent de la croissance sans trop savoir ce qu’elle est en réalité ni à quoi elle peut vraiment servir. Mais il est certain qu’on améliore la croissance en réduisant les importations.

Allons vers une plus grande indépendance énergétique et nous irons vers la croissance par baisse des importations. Le problème est qu’en France, nous disposons de peu de sources d’énergies dites « carbonées ». En quoi utiliser des énergies alternatives serait un problème idéologique ? Certes, il peut se poser des questions techniques ou économiques. Mais le Soleil n’a pas sa carte à EELV et le vent ne vote pas Mélenchon.

Les éoliennes sont laides ? Question de point de vue. Elles font du bruit ? Oui il y a dix ans, plus maintenant. Elles tuent les oiseaux ? Les moulins à vent aussi, les oiseaux apprendront à les éviter : les poules ne se jettent plus sous les roues n’est-ce pas ? Et interdit-on les avions ? En outre, elles sont plus réversibles que les centrales nucléaires – auxquelles je précise ne pas être opposé bien que prudent -.

La transition énergétique n’a non plus aucune couleur politique. Et la croissance des 30 Glorieuses a été aussi celle d’une période de transition énergétique : du charbon au pétrole et au nucléaire, du train à l’automobile et, j’ai failli dire, du pigeon voyageur au téléphone.

Un retour à une saine tradition

Les énergies alternatives ne pourront se répandre largement en ville, lieu préférentiel des économies d’énergie. Donc elles pourront revitaliser nos campagnes et nos villages et redonner un souffle à des pays pour lesquels s’achève le temps de l’agriculture intensive.

Quant aux entreprises, administrations et particuliers, ils apprendront à redécouvrir les vertus de l’économie d’énergie et plus généralement de moyens. C’est la gestion en « bon père de famille » dont le climatosceptique de droite pleure la disparition par ringardisation stupide.

Un refus de l’autorité

En déniant l’aspect scientifique des conclusions du GIEC – quand il les a lues -, le climatosceptique de droite révèle qu’il est en fait un soixante-huitard qui s’ignore.

Car en traitant comme opinion, ce qui est une vérité scientifique (son taux de vraisemblance inclus), il manifeste un refus de l’autorité dans l’acception d’auctoritas – qui fait autorité et non qui a autorité -. Comment peut-il ensuite regretter le respect traditionnel (« le respect se perd mon cher ! ») ? Attitude paradoxale et incohérente.

Mais cette attitude n’est guère étonnante dans un pays où le moindre citoyen qui a tapé dans une boîte de conserve sait mieux que le sélectionneur quelle Equipe de France il doit présenter face à l’Allemagne. On pourrait ajouter où le moindre catholique – ou athée, ne nous gênons pas – conteste le moindre propos du Pape en bon théologien qui saurait tout de l’apocatastase (je frime parce que je sais ce que c’est et que je me rappelle le mot).

Conclusion

Nous n’avons pas évoqué ici le climatoscepticisme à l’américaine. Il pourrait se résumer à « on se fiche du réchauffement, nous ferons du business dans la climatisation ».

C’est la typologie étrange du climatoscepticisme à la française qui est en cause. En se réfugiant dans le déni pour des pétitions de principes idéologiques, ils se « tirent une balle dans le pied  » et refusent l’opportunité de redonner à la France les moyens et l’élan qu’ils souhaitent.

Etrange, mais c’est ainsi. Car en France, l’important n’est pas de cheminer vers la vérité, l’important est d’avoir raison. Triste perversion d’un cartésianisme incompris et donc devenu vide de sens.

A la décharge de mes chers climatosceptiques, nos écologistes politiques ont honteusement brouillé le débat et durablement desservi une cause qui n’aura été que le support de leurs ambitions personnelles.

 

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