Direction des Ressources Humaines ?

drh-direction-ressources-humainesSi vous êtes salariés, vous avez tous eu affaire à la Direction des Ressources Humaines, la fameuse DRH.

Un temps de néologismes

Notre époque n’est probablement pas si différente qu’on le croit généralement de celles qui l’ont précédée. C’est intéressant de se valoriser d’une certaine manière par des sentences médiatiques telles que « une période sans précédent », « une nouvelle civilisation », « le monde ne sera plus jamais comme avant ». Mais les archéologues, trop silencieux sur ce point, pourront vous dire qu’on retrouve en d’autres mots ce type de considération sur des tablettes cunéiformes. Et il suffit de relire, un peu, la République pour constater que le grand Platon n’échappait pas à ce tic de langage.

Néanmoins, les 20 ou 30 dernières années ont vu la floraison d’une myriade de néologismes. Le politiquement correct en est une source inépuisable : on ne dit plus « concierge » mais « gardienne », « aveugle » mais « non-voyant », « nain » mais « personne de petite taille ».

L’apparition de nouvelles techniques ou technologies en est également une source, légitime quant à elle. A concepts nouveaux, mots nouveaux, même l’Eglise catholique (voir le Lexicon Recentis Latinitatis, ParvumVerborum Novatorum Lexicum) se voit obligée d’inventer de nouveaux mots latins pour des innovations car rappelons aux distraits que Cicéron n’avait pas le téléphone et que Jules César ne twittait pas pendant les séances du Sénat.

Oublions les expressions journalistiques éphémères telles la démodée « bouteille à l’encre » et « le bébé jeté avec l’eau du bain » qui doit être grand-père. A moins que le « je suis dans l’action » qui remplace le « je fais », ou le « faire France » successeur de « être patriotes » (je n’ai pas dit nationalistes), ne soient le signe d’un recentrage anthropologique ou d’un changement de paradigme. Et vous aurez noté que ces deux dernières expressions sont également des substituts à « changement d’état d’esprit ».

« Direction des Ressources Humaines » échappe-t-il à ces catégories et n’est-il qu’une mode vide de sens ?

Une réalité d’entreprise

Une nouvelle économie de services

Il n’a échappé à personne que les sociétés modernes, occidentale en particulier, sont passées de la prépondérance du secteur primaire (agriculture, pêche et exploitations minières) et du secteur secondaire (industrie) ou secteur tertiaire (économie de services).

Dans une économie tertiaire, la ressource principale n’est plus la terre nourricière, ni l’usine et ses machines mais l’homme, son intelligence et sa capacité à traiter des informations.

Le terme « Direction des Ressources Humaines » prend donc bien en compte cette évolution et semble en manifester une prise de conscience salutaire. Il mérite donc d’être retenu avec plus de considération que certains néologismes fantaisistes quand ils ne sont pas simplement pédants.

Les spécialistes du plan social ?

Certains ne manqueront pas de relever que le rôle le plus spectaculaire des Directions des Ressources Humaines est souvent d’organiser les plans d’économies qui se traduisent assez généralement par des plans sociaux et donc des licenciements francs ou déguisés derrière les désormais célèbres « suppressions de postes sans licenciements ».

Il est donc étrange de voir une direction se débarrasser de la ressource qu’elle est censée gérer. Mais constatons en premier lieu que les Directions des Ressources Humaines n’ont pas d’autonomie de décision et ne font que ce qu’on leur demande de faire. Existe-t-il des départements dans l’entreprise qui puissent imposer leur volonté à la Direction ? Etonnamment oui. Dans les professions fortement réglementées, les services divers qui contrôlent la déontologie (Conformité, Audit, Contrôle Interne) sont – du moins théoriquement – en mesure d’imposer leurs décisions au management même si le rapport de forces n’est pas nécessairement simple.

Le court-termisme du management

Or il ne faut pas oublier que dans les grandes sociétés, les patrons ne sont plus que rarement les propriétaires. Les Martin Bouygues ou François-Henri Pinault sont l’exception plus que la règle. Ces patrons salariés doivent rendre des comptes à un conseil qui attend avec impatience une hausse des résultats.

Et pour améliorer le résultat rapidement, il est plus aisé de diminuer les charges que d’augmenter les produits. Pour augmenter les produits, il faut – pour faire court – augmenter les ventes en quantité ou en prix, ce qui signifie un investissement en recherche de productivité, en innovation ou en conquête de marchés nouveaux. Toutes choses plus longues et plus risquées à mettre en oeuvre qu’un plan d’économies.

Or dans une économie tertiaire, les coûts principaux sont les salaires et les systèmes d’information. On licencie donc et on taille dans l’innovation technologique, ressources mêmes de la production. De nombreuses sociétés sont donc la confirmation de la petite histoire agricole suivante. Un paysan avait un cheval et pour faire des économies, il a appris à son cheval à manger de moins en moins : malheureusement, le jour où il a atteint son objectif, son cheval ne mangeait plus du tout et mourut. Le cas actuel d’Alstom ne doit pas en être très loin.

La DRH est acquittée

Il est donc injuste d’accuser les Directions des Ressources Humaines du court-termisme de leurs dirigeants. Et beaucoup de salariés ont connu de ces DRH qui, lors d’un plan social, faisaient partie de la charrette de licenciements qu’ils mettaient en place.

Admettons donc que la Direction des Ressources Humaines est une fonction légitime voire indispensable dans notre économie qui est réellement d’un type nouveau. Est-elle pour autant un nouveau métier ? Nous verrons que le terme regroupe des réalités diverses qui en font toutes les difficultés actuelles.

3 métiers pour une seule fonction

En fait, la Direction des Ressources Humaines regroupe 3 métiers radicalement différents. Ces 3 métiers supposent 3 types de compétences rarement réunies en une seule personne, ce qui serait une gageure :

  • l’administration du personnel : à dominante comptable
  • la gestion de carrières : à dominante psychologique et technique
  • les relations sociales : à dominante juridique voire politique

L’administration du personnel

Sa mission est le paiement des rémunérations et l’administration des congés et absences. C’était celle de l’ancien Directeur du Personnel.

L’établissement des feuilles de paie suit une procédure proche de la comptabilité et la gestion des congés suppose des méthodes qui en sont proches.

Une mobilité d’effectifs entre services comptables – voire de contrôle de gestion – et administration du personnel est donc tout à fait logique, légitime, voire souhaitable.

La gestion de carrière

Dans l’ordre chronologique, sa mission est d’analyser avec les services les nécessités d’embauche, de mobilité et, éventuellement, de suppression de postes.

En fonction, de ces besoins, il lui revient d’établir un profil de poste, trouver le candidat adéquat. Pour les personnes inscrites au personnel, il s’agit ensuite de s’assurer de leur adéquation au poste, de l’opportunité d’une mobilité.

Il est nécessaire de connaître le salarié afin de l’affecter au poste où il sera le plus efficient, de lui assurer la formation nécessaire.

Certes, si la stratégie du management est de « presser le citron », la dimension psychologique de la gestion de carrière est assez limitée. Mais si on veut bien se rappeler le « il n’est de richesses que d’hommes » de Jean Bodin, cet aspect qui est le coeur de la gestion de la « ressource humaine » doit encore être développé et n’est que trop négligé.

Les relations sociales

Certes, certains ont en France une vision négative des relations sociales. Il y a en effet un syndrome assez répandu dans notre cher pays, c’est l’allergie aux syndicats. Il faut admettre qu’ils sont dans l’ensemble plutôt irritants et donc allergènes. Mais la réalité est plus complexe que ne le montre la caricature des mouvements syndicaux d’échelle nationale.

Il ne faut pas en effet oublier que le « C » de CGT, CFDT voire CFTC signifie « confédération » et qu’en fait sont engagés dans les relations sociales des syndicats plutôt indépendants, affiliés à une confédération. Et ces syndicats ont une indépendance supérieure à l’idée commune : les confédérations sont trop inquiètes de perdre pied dans une entreprise pour ne pas laisser la bride sur le cou d’un syndicat d’entreprise.

Il est en outre possible de rêver d’un syndicalisme français qui apporterait sa contribution positive à l’entreprise à l’image des syndicats allemands. Mais la place du syndicalisme en France est une toute autre affaire.

Car, volens nolens, le droit du travail impose et imposera des relations sociales codifiées entre employeur et salarié. Ces relations sont encadrées par la loi et peuvent concerner la politique d’entreprise si l’on veut bien comprendre la politique comme l’art de « rendre possible ce qui est souhaitable ».

Conclusion

La Direction des Ressources Humaines est donc une notion parfaitement pertinente. Elle ne sera cependant réellement pertinente que quand on considèrera que le salarié, l’Homme, est la ressource fondamentale de l’entreprise même si celle-ci n’est pas une collectivité comme une autre. Et nous reviendrons sur le concept absurde d’entreprise citoyenne, expression en vogue que nous avons oublié de citer précédemment.

Pour que les Directions des Ressources Humaines puissent accomplir avec efficacité la mission que traduit si bien leur nom, il faut cependant tenir compte qu’elles regroupent 3 métiers bien différents et 3 types de compétences pratiquement inconciliables.

Au Directions des Ressources Humaines de commencer par  optimiser leur propre ressource humaine.

Petite bibliographie

 

Climatosceptiques et droite française

Climato-sceptiques et droite française

« Mais c’est pourtant vrai que l’Antarctique se rafraichit. Le réchauffement est donc un mythe. » (signé Un Climatosceptique)

J’entends beaucoup d’électeurs qui se revendiquent de la droite s’afficher clairement « climatosceptiques » si on veut bien me pardonner ce néologisme.

Et les arguments en sont parfois surprenants et en contradiction avec leurs propres pétitions de principes.

Arguments des climatosceptiques de droite

Le GIEC serait un lobby aux mains des écologistes

Le GIEC est un organisme financé par les Nations Unies dont l’objectif est de faire la synthèse de toutes les recherches en matière de climat. Le GIEC ne fait aucune recherche. Il analyse les milliers de publications sur le climat ou les sujets immédiatement connexes. Cette analyse suppose comparaison, demandes de précisions, recherches d’incohérence. Le volume traité justifie la publication pluriannuelle de ses rapports.

Signalons que les publications traitées peuvent provenir d’organismes de recherche publique ou privée – même des industries pétrolières ou charbonnières qu’on imagine mieux dans le rôle de lobbyistes que nos élus EELV plus occupés à leurs bisbilles politicardes internes -.

Certes, un jour, le GIEC a laissé passer une publication erronée sur la fonte des glaciers de l’Himalaya. Il se doutait de la bronca qui n’a pas manqué de se déchaîner. Mais sur les milliers de publications, le taux d’erreur semble faible. A moins que la vigilance des climatosceptiques ne soit que superficielle.

D’autres scientifiques nient le réchauffement

Certes, d’autres scientifiques nient le réchauffement global. Mais que connaît par exemple un biologiste sur l’astronomie ou un mathématicien sur la géologie ? Le statut de scientifique donne une légitimité sur le domaine dudit scientifique. Certes, un scientifique est censé raisonner correctement mais il n’a pas l’exhaustivité des connaissances et de la culture dans toutes les matières scientifiques :

  • Claude Allègre est géochimiste : son domaine est donc la formation des roches mais, lors d’une polémique célèbre, il a eu tort face à Haroun Tazieff en vulcanologie, matière cependant voisine.
  • Vincent Courtillot est géologue. Il est connu pour sa prise de position sur la disparition des dinosaures. Selon lui, les trapps du Deccan en sont responsables et non l’astéroïde du Chixculub. Manière de dire que les géologues sont plus forts que les astronomes ?
  • ne parlons pas de journalistes météo ou autres …

Les scientifiques – climatosceptiques ou « réchauffistes » – dont les publications sont analysées par le GIEC sont beaucoup plus nombreux que les quelques voix qui se singularisent. Le GIEC tient compte de tous les arguments « pour ou contre ».

La Terre aurait connu d’autres réchauffements climatiques

C’est tout à fait exact. Mais le processus était beaucoup plus lent. Les espèces ont eu le temps de s’adapter – ou non – le plus souvent en migrant – détail sur lequel nous reviendrons. Mais parmi ces espèces ne figurait pas l’espèce humaine qui sait très bien s’adapter à condition que ça n’aille pas trop vite et que ça ne coûte pas trop cher.

Le gouvernement mondial

L’argument est que le réchauffement étant global, il impose des mesures globales qui vont à l’encontre de la souveraineté des états. Il ne s’agit donc pas d’un argument complotiste mais clairement souverainiste. Or le souverainisme est largement construit sur une illusion même si ses motivations sont pertinentes et légitimes : nous y reviendrons.

Nous avons évoqué la théorie du complot. Il faut admettre que certains arguments climatosceptiques en sont proches.

Une nostalgie

Une frange de la population a connu sa pleine activité et sa pleine prospérité sous Pompidou. Il s’agit d’une population vieillissante (plus de 75 ans) mais généralement en bonne condition, active, participant à la vie associative mais qui est quasi-maladivement atteinte d’une nostalgie contradictoire des années Pompidou. On peut leur ajouter les générations à qui ils ont transmis cette nostalgie.

C’était certes une époque où on pouvait « gagner plus en travaillant plus », promesse non tenue il y a peu, promesse qu’on nous refera sous peu (NDLR du 31/08/2016 : il n’a fallu attendre qu’une seule journée : voir le discours de Sarkozy devant le MEDEF). Mais ils oublient que ces courtes années de prospérité ont été dues à la conjonction de plusieurs facteurs : fin de la reconstruction, achèvement de la restructuration gaullienne de l’Etat, pétrole bon marché et libérations tous azimuts consécutives à Mai 68 – que généralement ils abhorrent paradoxalement -. Conjuguez ces facteurs à une propension à l’extrapolation exponentielle, les lendemains chanteraient nécessairement, en anglais ou en russe selon l’orientation.

C’était donc l’époque du fuel, de l’automobile et de la croissance. Comme si l’écologie était antinomique avec la croissance ! Et nous arrivons ici au non-dit.

Le non-dit

Les partis autoproclamés écologistes ont accaparé l’écologie qui est une science. Certes, l’écologie n’est pas une science autonome comme les mathématiques. Mais elle constitue un carrefour de nombreuses disciplines (physique, chimie, biologie, géologie, mathématiques, …) ce qui justifie pleinement son statut de science. Et ses scientifiques doivent désormais être appelés écologues pour les distinguer des écologistes – sous-entendu politiques – dont les préoccupations s’avèrent plus politiques qu’environnementales.

Nos climatosceptiques développent donc un syllogisme aussi étrange qu’erroné :

  • le réchauffement climatique est une idée d’écologistes
  • les écologistes sont de gauche
  • or je suis de droite
  • donc « les écologistes ne font rien qu’à dire des bêtises »
  • donc il n’y a pas de réchauffement climatique
  • et ceux qui sont de très mauvaise foi pensent : « et en plus ça m’ennuierait si c’était vrai », syndrome psychologique qui s’appelle le déni. Or, il y a des dénis de vérité qui ressemblent à s’y méprendre à des dénis de grossesse.

Et pourtant

Ces mêmes climatosceptiques devraient au contraire prendre le parti de la prévention d’un réchauffement climatique. Car les mesures nécessaires correspondraient exactement à leurs souhaits. Je les mentionne pour mémoire et vous laisse le soin de deviner si je les partage ou non.

L’immigration

Les premiers pays touchés par le réchauffement climatique seront les pays tropicaux. Certaines études suggèreraient que la crise syrienne, qui a les effets désormais bien connus, aurait été déclenchée par une baisse des rendements agricoles liée au réchauffement. Ce fait demeure à vérifier mais ce scenario futur est parfaitement plausible.

Ce phénomène enclenchera des flux migratoires en dominos. Et l’arrivée actuelle de migrants syriens ou irakiens semblera alors le souvenir d’une époque heureuse.

Au passage, ce point rappelle que le meilleur remède contre l’immigration est le développement des pays d’origine. Le mythe de l’immigré profiteur est une paresse intellectuelle même si le phénomène existe. Et le nier est de l’angélisme stupide.

Le djihadisme

Le djihadisme est principalement financé par le pétrole, directement ou par des états pétroliers qui achètent leur paix ou propagent leur idéologie à orientation religieuse.

Diminuez la consommation de pétrole et vous assécherez les sources de financement des djihadistes. Et les mécontents des pays arabes adopteront une démarche plus raisonnée en prenant exemple sur la Tunisie.

La croissance

Beaucoup parlent de la croissance sans trop savoir ce qu’elle est en réalité ni à quoi elle peut vraiment servir. Mais il est certain qu’on améliore la croissance en réduisant les importations.

Allons vers une plus grande indépendance énergétique et nous irons vers la croissance par baisse des importations. Le problème est qu’en France, nous disposons de peu de sources d’énergies dites « carbonées ». En quoi utiliser des énergies alternatives serait un problème idéologique ? Certes, il peut se poser des questions techniques ou économiques. Mais le Soleil n’a pas sa carte à EELV et le vent ne vote pas Mélenchon.

Les éoliennes sont laides ? Question de point de vue. Elles font du bruit ? Oui il y a dix ans, plus maintenant. Elles tuent les oiseaux ? Les moulins à vent aussi, les oiseaux apprendront à les éviter : les poules ne se jettent plus sous les roues n’est-ce pas ? Et interdit-on les avions ? En outre, elles sont plus réversibles que les centrales nucléaires – auxquelles je précise ne pas être opposé bien que prudent -.

La transition énergétique n’a non plus aucune couleur politique. Et la croissance des 30 Glorieuses a été aussi celle d’une période de transition énergétique : du charbon au pétrole et au nucléaire, du train à l’automobile et, j’ai failli dire, du pigeon voyageur au téléphone.

Un retour à une saine tradition

Les énergies alternatives ne pourront se répandre largement en ville, lieu préférentiel des économies d’énergie. Donc elles pourront revitaliser nos campagnes et nos villages et redonner un souffle à des pays pour lesquels s’achève le temps de l’agriculture intensive.

Quant aux entreprises, administrations et particuliers, ils apprendront à redécouvrir les vertus de l’économie d’énergie et plus généralement de moyens. C’est la gestion en « bon père de famille » dont le climatosceptique de droite pleure la disparition par ringardisation stupide.

Un refus de l’autorité

En déniant l’aspect scientifique des conclusions du GIEC – quand il les a lues -, le climatosceptique de droite révèle qu’il est en fait un soixante-huitard qui s’ignore.

Car en traitant comme opinion, ce qui est une vérité scientifique (son taux de vraisemblance inclus), il manifeste un refus de l’autorité dans l’acception d’auctoritas – qui fait autorité et non qui a autorité -. Comment peut-il ensuite regretter le respect traditionnel (« le respect se perd mon cher ! ») ? Attitude paradoxale et incohérente.

Mais cette attitude n’est guère étonnante dans un pays où le moindre citoyen qui a tapé dans une boîte de conserve sait mieux que le sélectionneur quelle Equipe de France il doit présenter face à l’Allemagne. On pourrait ajouter où le moindre catholique – ou athée, ne nous gênons pas – conteste le moindre propos du Pape en bon théologien qui saurait tout de l’apocatastase (je frime parce que je sais ce que c’est et que je me rappelle le mot).

Conclusion

Nous n’avons pas évoqué ici le climatoscepticisme à l’américaine. Il pourrait se résumer à « on se fiche du réchauffement, nous ferons du business dans la climatisation ».

C’est la typologie étrange du climatoscepticisme à la française qui est en cause. En se réfugiant dans le déni pour des pétitions de principes idéologiques, ils se « tirent une balle dans le pied  » et refusent l’opportunité de redonner à la France les moyens et l’élan qu’ils souhaitent.

Etrange, mais c’est ainsi. Car en France, l’important n’est pas de cheminer vers la vérité, l’important est d’avoir raison. Triste perversion d’un cartésianisme incompris et donc devenu vide de sens.

A la décharge de mes chers climatosceptiques, nos écologistes politiques ont honteusement brouillé le débat et durablement desservi une cause qui n’aura été que le support de leurs ambitions personnelles.

 

Rigueur et austérité, ce n’est pas la même chose !

Les mots ont un sens que diable ! Or ils sont de plus en plus utilisés pour exprimer ce qui n’est pas (la fameuse communication), et de moins en moins pour exprimer ce qu’ils sont censés signifier, c’est-à-dire leur définition dans tout dictionnaire sérieux.  Application pratique :

Rigueur :

1. (acception hors contexte). 2. dureté extrême d’une règle, d’une obligation, d’une action. 3. (acception hors contexte). 4.Grande exactitude, rigueur intellectuelle

Austérité:

1. sévérité, rigorisme de moeurs, de comportement. Economie : Politique d’austérité , visant à la diminution des dépenses de consommation.

Les deux termes n’ont donc ni la même signification, ni la même connotation.

Tout économiste sérieux sait et dit, fût-il allemand, qu’une politique d’austérité a un effet récessif qui, à court terme, produit l’effet inverse de celui qui était recherché : bref, l’austérité est contreproductive.

En revanche, on remarque que la rigueur signifie d’abord, le sérieux, l’honnêteté et la constance dans l’effort. La rigueur n’a donc rien d’incompatible avec une politique de relance, elle exige cependant que chaque élément de cette politique soit financé, non seulement en montant mais aussi en maturité.

Les ressources nécessaires pour financer un « coup de pouce » au SMIC et des investissements d’infrastructure ne sont pas de même nature et de même durée. Le critère de financement est donc l’outil premier de sélection dans une politique de rigueur.

L’aspect stratégique d’une mesure est d’un autre domaine. La politique de rigueur n’est en effet pas un fin en soi. Elle est au service d’une stratégie. Mais savons-nous simplement ce que nous voulons ? C’est la question de bon sens à la base d’une stratégie. Car il est difficile de dessiner un itinéraire quand on ignore la destination. Ce que disait déjà Sénèque dans Lettre à Lucilius n°LXXI (version latineversion française) :

Ignoranti quem portum petat nullus suus ventus est (« Aucun vent n’est propice à celui qui ne sait vers quel port il va »)

Idolâtrie de la croissance

La Croissance ou la légendaire Corne d'Abondance

La Croissance ou la légendaire Corne d’Abondance ?

 

La Croissance, notez la majuscule, est devenue une idole. Peuples et rois ne jurent que par elle. Pas un jour sans que son nom ne soit prononcé comme la solution de tous nos problèmes. Mais malheureusement, la Croissance n’est pas toujours là où on l’attend, aussi généreuse qu’on l’espère et semble trop souvent propices à d’autres peuples. Alors, on la conspue, on la méprise, on la nie et on lui dresse comme rivales de nouvelles idoles.

Car gare aux dieux qui oublient les Hommes car les Hommes les oublient. En lui octroyant sa victoire au Pont Milvius, le Christ n’a-t-il pas incité Constantin et l’Empire après lui à abandonner Jupiter, Mars et tout l’Olympe ? Cet exemple, dénué de prosélytisme mais non d’historicité, autorise à se demander s’il en est des dieux comme des idées ou plus généralement des paradigmes.

Car s’il est peu probable qu’Aphrodite existe, il faut espérer que la Beauté et l’Amour existent. A l’inverse, les guerres éclatent et éclateront que Mars ou Arès existe ou non. Mais ces idoles ont été oubliées parce que les Hommes ne savaient plus ce que signifiaient ces dieux, les histoires archétypales qu’ils vivaient et ce qu’ils nous disaient des Hommes. Il a manqué à ces dieux une « théologie » qui ne faisait pas défaut au christianisme.

Pour en finir avec cette métaphore religieuse, la Croissance n’est-elle qu’une idole, un slogan d’usage commode quand le politique doit dans les 90 s capter l’attention de l’électeur qui ensuite passe à autre chose ?

C’est le problème des termes trop communs voire banalisés : tout le monde croit savoir, bien évidemment ce qu’ils signifient, et tirent des conclusions qui ont quelques difficultés à être pertinentes compte tenu du point de départ erroné.

Un sondage d’il y a quelques années – dont nous avons malheureusement perdu la référence – montrait qu’une large majorité des sondés croyait que la croissance était celle du pouvoir d’achat. Dans ce cas, l’évocation du terme Croissance sonne un peu comme « Du pain et des jeux ! » car qui refuserait un pouvoir d’achat supérieur, quitte à ne pas l’utiliser ?

Nous entamons donc ici une réflexion sur la Croissance pour tenter d’y discerner sa signification, ses potentialités et ses incapacités. Et pour ce faire, il faudra bien repartir de sa définition. Les économistes chevronnés riront peut-être de ce rappel aux évidences mais d’une part, reprendre un problème à son point de départ n’est jamais totalement inutile, d’autre part, il y a moins d’économistes chevronnés qu’on ne le croit, surtout dans un pays qui lors d’un championnat de football compte 60 millions de sélectionneurs – bébés compris – ou qui lors de l’élection d’un Pape se découvre 60 millions de théologiens.

… à suivre

 

Guerre commerciale avec la Chine

L’Europe, pour une fois unie, a décidé de surtaxer les importations de panneaux solaires chinois. La Chine riposte et s’en prend à ses importations de vin.

Peu importe, nous savons fabriquer des panneaux solaires, ils sont juste plus chers. Les Chinois ne sont pas près de savoir faire un Haut-Brion, une Romanée-Conti ou un Château-Yquem.

Quand les Européens, les Français, auront compris que tout a un prix, la qualité en particulier, la Chine ne sera plus qu’un « tigre de papier ».

Des crises en général, de celle-ci en particulier

Une des chaines documentaires du câble diffuse régulièrement une brève rétrospective des journaux télévisés de 20h des années 60 à nos jours. La phrase « devant l’aggravation de la crise » revient avec une régularité d’autant plus surprenante qu’on l’entend même dans des émissions de la célèbre période des « Trente Glorieuses » donc avant le choc pétrolier consécutif à la Guerre du Kippour de 1973. Faut-il nier pour autant la crise actuelle ? Certainement pas. Mais il semblerait qu’il existe des crises dans la Crise séparées par des périodes de rémission relative, constatées uniquement a posteriori.

En fait, qu’est-ce qu’une crise ? C’est un changement d’état dont la brutalité engendre tensions et souffrances diverses. En résumé, il n’y a crise que lors qu’un paramètre change brutalement, que ce paramètre soit un prix (pétrole par exemple), un ratio (endettement) ou un changement de statut (crise politique). Pour éviter une crise, il faut donc chercher la régularité et les évolutions douces. Or le contexte des sociétés, c’est-à-dire la complexité de leurs interactions internes et externes, ne peut en aucun cas garantir cette stabilité : c’est en effet un contexte « chaotique » selon la terminologie mathématique (voir le post « Le Papillon de Rio » du 27 juin).

La seule solution pour prévenir les crises est la mise en place de mécanismes régulateurs voire amortisseurs. On pourrait les appeler « contracycliques » si les théories des cycles économiques étaient mieux qu’empiriques. Mais faisons fi de cette réserve.

Or qu’observe-t-on ? En période de croissance relative, l’appétence pour plus de croissance enclenche un emballement qui débouche sur … une crise. L’exemple de la bulle immobilière américaine alimentée par la politique monétaire d’Allan Greenspan est, je l’espère, dans toutes les mémoires. Et a contrario, en période de récession, la tendance sera aux économies, donc aux licenciements, et globalement à toutes les frilosités qui entretiennent savamment une récession.

Faut-il donc être laxiste ? Que nenni ! Il faut plutôt transférer les périodes de gestion rigoureuse sur les périodes fastes et relâcher la pression en période de crise.

En période faste, les restructurations toujours nécessaires peuvent être envisagées pour un coût moindre, tant au plan financier qu’humain. Le coût de la formation, de la restructuration venant en déduction du résultat positif est en effet déduit des impôts. En outre, les licenciements éventuels sont moins douloureux pour le salarié, et pour la protection sociale, dans un contexte de croissance.

A contrario, en période de récession, demander des efforts à des salariés qui ne sont même pas sûrs d’en bénéficier est moralement discutable et inefficace puisqu’en période difficile, chacun pense encore plus que d’habitude à son intérêt propre plutôt qu’à celui de son entreprise.

Ces remarques valent pour tous les salariés, managers y compris. En période faste lors d’une fusion, le cadre en doublon peut quitter l’entreprise avec une indemnité réconfortante et la perspective d’un redémarrage. En période difficile, ce même cadre passera plus de temps à sauver son poste, j’allais dire sa peau, qu’à participer à la réussite de la restructuration.

Ce constat semble évident et de bon sens et je suis preneur de contre-arguments. Et pourtant, c’est l’inverse qui se produit. Pourquoi ? Une explication simple en est la paresse intellectuelle et l’inertie. « Quand les choses vont bien profitons-en et croisons les doigts pour éviter la crise » est le principe de gestion le plus largement répandu et accepté bien qu’il ne fasse l’objet d’aucun enseignement dans les business schools, explicitement du moins.

Mon post précédent pouvait être pris comme une pique contre l’Islam. Alors je vais essayer de me racheter. En Islam, la « Grande Guerre Sainte  » (djihad al-akbar) est la guerre spirituelle (les chrétiens parlent plutôt de « combat spirituel ») qu’il faut mener pour s’améliorer et améliorer le monde. Tout le monde connaît malheureusement la « Petite Guerre Sainte » (djihad al-ashgar) que mènent certains musulmans sans grande imagination ni ambition quant aux desseins d’Allah.

Alors même en période de paix menons la « Grande Guerre Sainte » de la croissance. En période de lutte économique, il sera temps de relâcher la pression pour l’unité sociale, seul remède durable aux crises.

Bâle III. Résultat des tests au 31 décembre 2011

Traduction libre mais fidèle du communiqué de presse de la BIS du 20 septembre intitulé « Quantitative impact study results published by the Basel Committee« . NB : pour ceux qui ne sont pas habitués à cette notation, qui devrait pourtant être standard, 1 G€ = 1 milliard d’€.

Le Comité de Bâle a publié aujourd’hui les résultats de son exercice de simulation de Bâle III. L’étude se fonde sur le processus de reporting précis établi par le Comité afin de vérifier périodiquement les conséquences des contraintes de Bâle III pour les marchés financiers.;  les premiers résultats basés sur les données de juin 2011 ont été publiés en avril 2012. 209 banques au total ont participé à l’étude, 102 banques du Groupe 1 (capital Tier 1 capital supérieur à 3 G€ et activités internationales) et 107 banques du Groupe 2 (les autres banques).

La mise en place de Bâle III autorise une phase de transition dans l’implémentation des nouveaux standards, cependant l’exercice de simulation suppose la mise en place de la totalité des prescriptions de Bâle III sur la base des données du 31 décembre 2011 (…). Aucune hypothèse n’a été formulée quant à la rentabilité des banques ou à d’éventuelles options stratégiques telles que modification du capital ou recomposition du bilan. Pour cette raison, les résultats de l’étude ne peuvent être comparées aux estimations du secteur bancaire lui-même.

Sur la base des données du 31 décembre 2011 et en appliquant les changements de définition du capital et de la pondération des risques par classe d’actifs, la ratio Tier1 capital (CET1) du Groupe 1 ressort à 7.7%, à comparer avec l’exigence minimum de 4.5% de Bâle III. Afin que l’ensemble des banques du Groupe 1 atteigne cette exigence minimum de 4.5% une augmentation du CET1 de 11.9 G€ est nécessaire. La pénurie de capital monte à 374.1 G€ pour atteindre le niveau cible de 7.0% de CET1 (en incluant le « capital conservation buffer » – NDT : je ne me risque pas à traduire); ce montant inclut la surcharge pour les banques « systémiques » dans les cas où elle s’applique. A titre de comparaison, le total des profits après impôts et avant paiement du dividende était de 356 G€ en 2011 pour les banques du Groupe 1. Par rapport à la simulation de juin 2011, la pénurie de CET1 a diminué de 26.9 G€ au regard de l’exigence minimum de 4.5% et de 111.5 G€ au regard du CET1 cible de 7%.

En ce qui concerne les banques du Groupe 2, le ratio CET1 moyen s’élève à 8.8%. Pour atteindre le nouveau ratio CET1 de 4.5%, le capital supplémentaire nécessaire est estimé à 7.6 G€ et à 21.7 G€ pour atteindre le ratio cible de 7%. Pour mémoire, la somme des profits après impôt et avant distribution des banques du Groupe 2 a été de 24 G€ pour 2011. …

Quelques commentaires rapides :

1/qui peut se représenter ces montants vertigineux ? le spectateur du journal de 20h, statistiquement moyen, donc non nécessairement médiocre, entend « 374 milliards d’€ ». Combien ne visualisent encore que les francs ? Cette somme représente environ 2450 milliards de francs. Et parmi eux, combien font-ils la conversion implicite en anciens francs ? Et là la somme représente 245 000 milliards de centimes, 245 millions de millions de centimes. Ce n’est pas anodin. Les représentations mentales de l’électeur ou du citoyen ne correspondent plus aux montants en jeu. A contrario, celui qui entend « 374 milliards d’€ » peut parfaitement se représenter cette somme en centimes et comprendra implicitement soit 57.1 M€. Je crains qu’en fait plus personne ne se comprenne.

2/ mais ces montants sont-ils ausi vertigineux que nos représentations ? le communiqué de presse de la BRI laisse entendre que le déficit en capitaux propres est pratiquement égal au montant des bénéfices avant distribution. Il semble donc que la solution soit simplissime : les banques suspendent la distribution du dividende pendant un an, mettent les profits dans leur report à nouveau comptable qui fait bien partie du Tier 1 et le tour est joué. Il est même envisageable pour ne pas traumatiser les actionnaires d’étaler cette mesure sur deux ou trois ans.

3/ le manque de fonds propres pour vertigineux qu’il paraît semble donc assez aisé à pallier puisqu’il n’est même pas nécessaire ne procéder à un appel de fonds aux actionnaires actuels ou nouveaux

A moins que les éléments fournis par les banques ne cachent la réalité …

A moins que les banques ne soient pas en mesure de connaître réellement leur situation …

Deux hypothèses qui n’ont rien de fantaisiste : nous y reviendrons.

Bernard Arnault le Belge (suite)

C’est notre deuxième post sur ce sujet. Mais il n’est plus question de viser Bernard Arnault personnellement. Si l’on en croit un article du Mediapart d’aujourd’hui (« Comment Bernard Arnault énerve les patrons »), ses pairs s’en chargent.

Il s’agit plutôt de parler des manifestations organisées par le syndicat belge FGTB (Fédération Générale des Travailleurs Belges) dans le quartier chic d’Ixelles (au sud de Bruxelles).

Première réflexion, les Belges montrent là un certain désintéressement. Ils pourraient se réjouir que de riches étrangers viennent payer leurs impôts. S’agit-il d’une prise de conscience fiscale européenne ? Ce serait une bonne et belle nouvelle. Mais espoir déçu, le maire d’Uccle fait les doux yeux aux exilés fiscaux français (Le Monde du 15 septembre)

Mais la représentante de la FGTB, Madame Demelenne, demande « que les revenus financiers soient taxés à la même hauteur que les revenus du travail, de l’ordre de 28 % ». Cette demande pose effectivement une question fondamentale de la fiscalité.

Quelque soit la manière dont vous percevez une somme donnée (salaire, dividende, allocations diverses, droits d’auteur, etc …), cette somme vous donne le même pouvoir d’achat, si vous la dépensez, ou contribue de la même manière à la constitution de votre patrimoine si vous l’investissez. Donc pourquoi la fiscalité des revenus dépend-elle de leur nature ? Généralement parce que la politique fiscale cherche à favoriser telle ou telle catégorie de revenus (pour des raisons de stimulation d’un secteur économique donnée ou, de façon moins avouable, pour favoriser un électorat conquis ou à conquérir). Cependant, les raisons initiales de cette différence de taxation sont souvent oubliées et on ne les maintient plus que parce que ses bénéficiaires ne pourraient accepter qu’on abolisse ce qui est devenu un avantage fiscal.

En résumé :

  • sous l’angle de l’équité fiscale, il n’y a aucune raison que les revenus soient taxés selon des modalités différentes
  • cette différenciation peut se légitimer en fonction du rôle incitatif de la politique fiscale, plus difficilement par son rôle redistributif (ce qui est plutôt légitime)
  • elle a également un rôle fréquent de symbole politique ou de signal à une partie du corps électoral (ce qui est moins bien)
  • elle ne se maintient souvent que par l’oubli de ses motivations originelles et par un sens des « droits acquis » qui n’est pas l’apanage des syndicats

Pour ceux qui l’ignoraient encore (je serai curieux de savoir qui), la politique fiscale peut s’appuyer sur des règles simples mais sa mise en application se complique assez rapidement. Prenons un exemple, le valse-hésitation sur la fiscalité des allocations-familiales.

Pour certains, les familles aisées n’auraient pas besoin des allocations familiales. Ce principe a été considéré comme contraire à l’égalité : un enfant de « riches » et un enfant de « pauvres » ont les mêmes droits et besoins de base. Les allocations familiales furent un temps intégrées dans l’assiette imposable. Ce qui paraît logique : pour les ménages aisées, elles constituaient un appoint non vital donc tout à fait taxable au taux marginal.

Or la situation actuelle est la suivante : les allocations familiales payées par la Caisse d’Allocation Familiales sont exonérées dans tous les cas de figure, les compléments versés par l’entreprise sont assujettis à l’IRPP car considérés comme un complément de salaire. Un peu illogique n’est-ce pas ?

Mais c’est oublier une spécificité française. Les allocations sont payées sur le budget de la protection sociale et les impôts collectés sur le budget de l’Etat. Imposer les allocations familiales revenaient donc à faire un transfert de la protection sociale à l’Etat : or on ne mélange pas les deux budgets. Ceci illustre une difficulté supplémentaire de la fiscalité en France : il y a de facto deux fiscalités qui se superposent et qui, jalouses de leurs prérogatives, ne communiquent que peu. Mais ceci nous emmène trop loin …

Bernard Arnault le Belge

Bernard Arnault a fait sa fortune sur une certaine image du luxe français. Y serait-il parvenu sur l’image mondiale du luxe belge ? C’est douteux. Il doit donc au moins à la France l’image qu’elle a acquise au fil des siècles. Il peut payer sa contribution.

Socrate accepta de boire la cigüe car il considérait que la cité qui le condamnait injustement avait fait de lui ce qu’il était et qu’il devait donc fidélité à ses lois. Bernard Arnault n’est donc pas Socrate. Mais on le savait déjà.

Enfin quel que soit le gouvernement et sa politique, tant qu’il demeure dans le cadre de l’Etat de droit, se soustraire à l’impôt sous des prétextes économiques fallacieux revient à refuser la loi commune et se forger sa loi privée. C’est un retour à la barbarie, fût-elle en col blanc.

Les riches ne sont pas à maudire parce qu’ils sont riches : c’est là une forme de racisme. Cependant certains comportements donnent des verges pour se faire battre : « faire payer les riches » criera-t-on à gauche, « mort aux ploutocrates cosmopolites » entendait-on outre-Rhin.

Mais ici ce n’est pas de richesse et de réussite qu’il s’agit mais simplement de cupidité. Le problème n’est plus économique ni politique mais psychologique. Avec une fortune estimée à 41 milliards d’euros (principalement des actions de son groupe LVMH, donc risqués et mérités) quel est donc le problème de Bernard Arnault ? Une question de principe économique ? Allons voyons …

Une simple question : Bernard Arnault présente-t-il la feuille de soins de son psy à la Sécurité Sociale ?

Le "Papillon de Rio"

Dans un post tout récent (par plus tard que tout à l’heure en fait), nous avons évoqué la métaphore de ce fameux « papillon de Rio » dont le battement d’aile pourrait à terme provoquer une tornade en Australie ou aux Caraïbes selon les goûts touristiques ou les connaissances géographiques de celui qui la prononce.

Dès qu’on parle de « papillon », il faut reconnaître qu’il y a une connotation poétique, bien supérieure à celle de « tractopelle », qui favorise la mémorisation faute de mettre l’accent sur l’exactitude.

Cette fameuse métaphore illustre en fait le caractère imprévisible des phénomènes complexes qu’on appelle « chaotiques ».

Il faut donc revenir sur ce qu’on appelle un « phénomène chaotique ». En fait, ce n’est pas une grosse pagaille, mais un phénomène parfaitement déterministe apériodique. Ceci signifie qu’on peut parfaitement expliquer le déroulement du phénomène mais qu’il ne répète jamais. Donc pour le prédire, il faut effectuer le calcul de l’origine à la date de la prévision voulue. Implicitement cela signifie également, et c’est là toute la difficulté, que la précision la plus totale est indispensable car le moindre écart revient à décrire le phénomène à un tout autre moment qui peut être dans 10 s, 10 ans ou 10 ères géologiques. C’est ce qu’on appelle la « sensibilité aux conditions initiales ».

Un exemple classique de ce type de phénomène est le mouvement d’un pendule. Le mouvement d’un pendule simple, petite boule unique accrochée à son unique ficelle fixée à son unique clou, est parfaitement prévisible car périodique et, n’hésitons pas à le dire, franchement monotone, même en prenant en compte le frottement de l’air. Imaginez qu’à la boule de ce pendule, on accroche un autre pendule, eh bien non, vous ne pouvez imaginer à quel point les choses se gâtent. Pourtant, si vous savez écrire l’équation du pendule simple, vous saurez écrire celle du pendule « articulé », mais vous avez basculé dans le monde du « chaos ».

Mais ce n’est pas pour autant le n’importe quoi. Car si on dessine le mouvement sur un graphique, on pourra retenir comme coordonnées les variables les plus significatives, ici par exemple les deux angles que font les deux pendules par rapport au temps. Ce graphique représente ce qu’on appele l’ « espace des phases » ou degrés de liberté. Et la courbe fera une infinités de boucles qui se couperont, se recouperont, sans jamais se chevaucher mais qui finiront par dessiner une frontière floue qui ne sera, a priori, jamais dépassée, qu’on appelle « attracteur étrange » (voir un exemple sur Wikipedia). Le chaos est décidément très poétique. Mais il ne dépasse jamais certaines limites.

Donc le battement d’ailes d’un papillon à Rio peut avoir des conséquences imprévisibles mais il y a fort à parier que l’attracteur étrange de son incidence climatique dépassera difficilement Sao Paulo.

Nous parlions du « Papillon de Rio » dans la cas du calcul de la VaR (value-at-risk) d’un portefeuille. C’était parfaitement approprié. La valorisation d’un portefeuille peut elle aussi varier dans un périmètre qui n’est rien d’autre que son « attracteur étrange » qu’on peut modéliser et donc contre lequel on peut se prémunir avec plus ou moins de sagesse.

Règlementation bancaire. La VaR (value-at-risk)

Il faut encadrer l’activité bancaire car les banquiers font n’importe quoi :

  • quand ils gagnent de l’argent, il se servent des bonus délirants (Antoine Zacharias chez Vinci n’était pourtant pas banquier)
  • quand ils perdent de l’argent, ils mettent l’économie en danger

et ce n’est pas faux …

Que faire de ces gens-là, car on en a quand même parfois besoin quand on veut investir :

  • pour acheter son logement, il vaut encore mieux compter sur son banquier que sur la famille qui est soit démunie, soit clairement déterminée à vous laisser payer des droits de succession sur un héritage qui arrivera trop tard.
  • pour investir dans son entreprise, il vaut mieux compter sur son banquier que sur un « business angel », espèce rarissime de ce côté-ci de l’Atlantique, qui ne vous prêtera que s’il est sûr que l’affaire est prometteuse et qu’il pourra vous la piquer dès qu’elle aura atteint son rythme de croisière.

On impose donc une réglementation bancaire fondée sur le principe de bon sens suivant : la banque doit avoir assuré ses arrières. En terme financiers et plus académiques, ses fonds propres doivent lui permettre de faire face aux risques liés à ses engagements.

Et pour faire court, le grand principe de base de la réglementation bancaire est que vos fonds propres doivent être un pourcentage (8% si ma mémoire est bonne) de votre VaR (« value-at-risk »).

La VaR. Qu’est-ce que cette bête-là ?

La VaR est une notion tout à fait intéressante, et n’hésitons pas à le dire pertinente, élaborée par la banque J.P. Morgan dans le cadre d’un système de contrôle (ou plutôt d’auto-contrôle) appelé RiskMetrics. Il s’agissait de mesurer sur un portefeuille donné le risque encouru en répondant à la question suivante « quel est le montant V tel que, d’ici demain, j’ai 5% de probabilité – on n’ose dire de chances – de perdre V ou plus ». C’est ce qu’on appelle une VaR 95% à 1 jour.

Cette notion avait l’avantage d’obliger le gestionnaire du portefeuille d’actif à se poser de bonnes questions sur son exposition et sa couverture et lui donner une idée concrète, parfois effrayante, d’un risque dont il est impossible d’avoir une idée intuitive. Mais, pour un trader, il s’agissait d’un chiffre synthétique qui donnait une vision synthétique et rapide alternative à la connaissance approfondie et détaillée qu’il a naturellement de son portefeuille, s’il est un minimum sérieux et compétent, ce qui n’est jamais garanti.

Or la VaR présente les inconvénients de ses qualités, phrase qui ne voudrait rien dire, si la pratique ne la confirmait. On a trouvé l’idée tellement bonne qu’on a essayé de la mettre à toutes les sauces :

  • en termes réglementaires, on est passé de la VaR 95% 1 jour que nous vous avons expliquée à la VaR 99% 10 jours. ce qui pose un problème
  • on a généralisé au point d’obtenir LA VaR de toute une banque

La VaR 99% 10 jours

Qu’un trader souhaite anticiper ce qui peut lui tomber dessus le lendemain est une garantie de sérieux et de santé mentale car c’est un métier difficile. Mais comment passer d’une prévision au lendemain à une prévision à dix jours. Demandez à un météorologue ce qu’il en pense, et il vous parlera de modèles à établir, de super-calculateurs à élaborer et d’incertitude sur le résultat. Et non, il ne vous assènera pas la célèbre métaphore du « papillon de Rio » car elle est fausse.

Pour les marchés, la difficulté est pire car si la météo ne dépend, par définition, que du temps qu’il fait, les marchés dépendent aussi du temps qu’il fait. Ils varient, tout le monde le sait, de déclarations de tel ou tel homme politique, directeur de Banque Centrale ou chef d’entreprise, voire des états d’âme, justifiés ou non, de telle  nation. L’exercice est donc on ne peut plus acrobatique.

Donc première question pourquoi vouloir prévoir à dix jours (ouvrés) ? Parce que ça fait deux semaines. Et pourquoi deux semaines ? Parce que si on avait dit une semaine, on aurait eu l’air très imprévoyant voire futile et à un mois on aura eu trop visiblement l’air de jouer les Nostradamus. Le choix des dix jours est donc plutôt arbitraire.

Et pourquoi établir un horizon de confiance à 99% et non 95% ? Parce que une chance sur cent est intuitivement équivalent de l’improbable voire de l’impossible. Car si personne n’est assez fou pour jouer à la roulette russe avec une carabine, il y a des amateurs de roulette russe au six coups et, à peu près n’importe qui serait prêt à jouer à la roulette russe pour 1M € avec un barillet hypothétique de cent positions chargé d’une seule balle. Le 1% est donc tout aussi arbitraire que le 10 jours.

Comment donc passe-t-on de la VaR opérationnelle primitive 95% 1 jour à la Var réglementaire 99% 10 jours ? Facile avec les probabilités, il suffit de supposer une loi de distribution des variations des marchés (des « rendements ») qui soit « normale » et n’importe quel élève de deuxième année de licence (saudf en langue, droit, philo ou psycho, ce qui commence à faire du monde) passe de l’une à l’autre par l’application d’un simple coefficient multiplicateur, ce que tout le monde fait allègrement.

Mais qu’est-ce que cette loi « normale » ? Un instrument très utile, sauf pour décrire la normalité … Car elle suppose que les évènements d’un jour sont indépendants de ceux de la veille et n’influencent pas ceux du lendemain. Inutile d’être un ancien de l’ENSAE pour comprendre que l’hypothèse est hardie, voire inconsciente en période de crise. Tout le monde sait bien que les décisions de Sarkozy et de Merkel d’avant-avant-hier ont une influence sur les élections grecques de juin. Inutile de fournir un autre exemple.

La VaR globale

Rappelons qu’à ses débuts, la VaR était un outil de mesure du risque d’un portefeuille de taille limitée. Une banque de marché est un ensemble de portefeuilles, plutôt nombreux, de tailles limitées qui finissent par faire de (très) gros engagements.

Si les risques de ces portefeuilles étaient totalement indépendants, le calcul d’une VaR globale serait simple. On sait additionner les risques d’évènements indépendants pour établir un risque global, quoique …

En tout cas, dans une banque, les risques ne sont pas indépendants. Un exemple simple : un portefeuille peut être détenteur d’un actif (« long ») ou vendeur d’icelui (« short »). Avec un peu de chance, la banque n’est ni acheteuse, ni vendeuse de cet actif si le portefeuille 1 est détenteur de la quantité d’actif dont le portefeuille 2 est « short ». La banque est dans ce cas non exposée au global (« flat »).

En outre, deux portefeuilles peuvent être exposés à des actifs dont la valeur est liée. Par exemple, des valeurs liées au pétrole seront liées au cours du dollar puisque le pétrole est libellé en dollar.

Il est donc nécessaire pour calculer le risque global d’une banque de bien maîtriser la corrélation de ces risques. Et là, ça se gâte franchement. Dans un article prochain, nous vous en ferons la démonstration.

Mais pire que tout cela, il est évident que résumer le risque de toute une activité à un chiffre unique, fût-il la VaR 99% 10 jours est une aberration. Est-il nécessairement d’avoir recours aux théories de l’information, de la complexité pour comprendre qu’un nombre unique, en le supposant exact, hypothèse déjà hardie, véhicule nécessairement moins d’informations qu’un tableau de chiffres, les explications de ceux qui l’ont élaboré et les questions des ceux qui le lisent ?

C’est pourtant, à peine caricaturé, le fondement de la réglementation bancaire qu’on nous assène régulièrement depuis des mois.

A suivre …

La Bourse et les "investisseurs". Facebook, la suite.

Que Facebook ait été surévalué lors de son introduction en Bourse, c’est probable. Mais que les investisseurs se plaignent à peine 3 jours après est une grande première (cf. LeMonde.fr du 23 mai).

C’est en tout cas l’illustration non de la perversion de la Bourse elle-même mais du comportement de ceux qui osent s’appeler « investisseurs » sans vergogne aucune. Car qu’est-ce qu’un investissement de 3 jours ? Une plaisanterie ou, plus simplement, une sottise. Ce qui n’empêchera pas ces mêmes « investisseurs » de porter aux nues Warren Buffet.

Car que dit Warren Buffet ? « Un investissement est quelque chose que vous achèteriez même si la Bourse fermait pendant 10 ans ». Un horizon 1200 fois plus long.

Dans un bilan, les actions sont les ressources les moins exigibles. L’actionnaire investit ses fonds pour une durée illimitée dans l’espérance d’une plus-value. Mais une plus-value à long terme. Car si vous faites une plus-value à court terme, cela signifie :

  • soit que vous avez acheté sous sa valeur : vous avez escroqué le vendeur
  • soit que vous avez vendu au-dessus de sa valeur : vous avez escroqué l’acheteur
  • soit que vous avez fait les deux : vous êtes un gros malin mais un bel escroc et de toute manière vous allez un jour vous croire trop malin et vous faire arnaquer par plus filou que vous, ce qui sera bien fait.

Car il est exceptionnel que la valeur intrinsèque d’une action puisse exploser d’un jour à l’autre. Ce peut être le cas lors d’une OPA, de la découverte d’un brevet qui vous ouvre un marché exceptionnel, d’un nouveau gisement pour les industries extractives. Une plus-value brusque peut donc être légitime même si elle est rare.

Elle ne devrait en tout cas pas s’observer dans les premiers jours de cotation. Si le cas est fréquent, cela signifie que l’introduction donne lieu à une micro-bulle spéculative, micro car portant sur une valeur précise et sur une courte durée.

Donc depuis les années 80, l’investissement en actions a largement été dénaturé :

  • les détenteurs (que je n’ose plus appeler « investisseurs ») achètent dans la perspective d’une plus-value à moyen terme au mieux
  • le rendement offert, le dividende, est réduit à sa plus simple expression : cause ou effet, nous en reparlerons
  • la grande mode du ROE a tué le paiement du dividende en action et a privilégié le financement par le crédit (sous forme d’obligations ou de prêts bancaires plus ou moins sophistiqués)

Il est donc logique de dénigrer la Bourse quand elle devient « casino ». Mais il faut se rappeler que, dans son esprit, la Bourse devrait être à l’opposé de la spéculation puisque la détention d’actions a une vocation de long terme.

Il faudrait dans un premier temps réhabiliter le dividende. Il doit devenir, si les résultats de l’entreprise le permettent, une rémunération de la prise de risque de l’actionnaire afin que la plus-value ne soit pas sa seule perspective. Dans ce contexte, il faut que le dividende soit de l’ordre du rendement d’une obligation de même niveau de risque.

Certains proposent même de mettre fin aux cotations en continu, de procéder à un fixing quotidien voire hebdomadaire selon la liquidité des valeurs afin de limiter la spéculation. Cette mesure est plus discutable, elle pourrait entrainer une forte volatilité qui découragerait l’investissement de long terme.

Il est en tout cas, à contre-courant des idées à la mode, nécessaire de réhabiliter l’investissement (le vrai !) en Bourse. C’est encore le mode de mode de financement de l’entreprise le plus stable et le moins coûteux.

Encore faut-il ne pas se tromper de régulation.

Facebook en Bourse

Que dire de cette introduction en Bourse ? Que je n’achèterais pas … La valeur économique de Facebook dépend de son volume de publicités. Or si vous fréquentez Facebook, vous regardez assez peu les publicités, ce n’est pas dans l’ « ambiance » de Facebook. Au mieux, acheteriez-vous un jeu.

Est-ce un hasard si General Motors vient d’annoncer qu’il cessait la publicité sur Facebook pour cause de faible retour ? Et sans être GM, par expérience personnelle, je peux vous assurer que malgré une couverture de 95% de la cible, un taux de clics excellent selon les critères Facebook, des « j’aime », des « poke », etc … le taux de retour est très faible. Si deux entreprises, comme GM et une (T)TPE comme la mienne ont un vécu similaire …

Facebook est-il à terme condamné ? Même si des déceptions en Bourse sont à craindre, parions que Facebook finira à la façon de Wikipedia, géré par une fondation de passionnés. Car Facebook correspond à un besoin de convivialité et de lien social. Sa monétisation potentielle est beaucoup plus hypothétique.

Faut-il pour autant condamner la Bourse tel le Mélenchon tonitruant ? Pas si sûr, certes le discrédit actuel est fort. Mais « abusus non tollit usum » (l’abus ne condamne pas l’usage) et la Bourse devrait redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cessé d’être : un lieu de financement de l’économie, au risque important mais maîtrisable. Or c’est devenu un casino, et tout le monde sait que tous les joueurs espèrent y gagner mais que seul le propriétaire du casino est gagnant.

Il y a dette et dette

Les dettes publiques européennes sont au coeur de la crise. Le consensus est général, il faut diminuer la dette. Certes, mais comment ?

La préférence pour la réduction des dépenses

Le réflexe de bon sens est qu’il faut diminuer les dettes. Il est étrange de constater que c’est une réflexe aussi naturel en gestion familiale qu’en finances publiques. Connaissez-vous beaucoup de familles en difficultés financières où pour faire face à une situation difficile on décide d’augmenter ses recettes, par exemple en trouvant un travail mieux rémunéré ? Non, car la mobilité professionnelle est délicate en des temps de chômage élevé. Donc, on diminue les dépenses. Il en va de même en finances publiques.

En outre, si couper les dépenses a des effets à court terme, les effets d’une augmentation des recettes se font attendre : il faut trouver un nouveau travail, passer le cap de la période d’essai, ou plus souvent du CDD, etc …

Il en va de même en gestion d’entreprise : il est plus rapide de licencier, même en France, que de développer un nouveau produit ou de conquérir un nouveau marché.

En matière de finances publiques, les délais sont encore plus longs puisqu’il faut généralement procéder à des investissements de taille bien supérieure à ceux d’une entreprise ou engager des réformes structurelles qui nécessitent concertation sociale, débat législatif, décrets d’application, bref un délai minimum de deux ans, incompatible avec les impératifs électoraux cadencés par des élections nationales ou locales fréquentes.

Une réhabilitation de la logique comptable

Or n’importe quel expert comptable vous dira qu’une structure de bilan saine est celle où les emplois d’une durée de vie donnée sont appuyés sur des ressources de même durée de vie. Ce qui signifie quoi en langage clair ?

Qu’un investissement (une machine, des locaux) d’une durée de vie de 20 ans soit financé par un emprunt sur 20 ans est parfaitement légitime et logique.

Petite démonstration de bon sens. Si une entreprise achète un investissement au comptant, donc sur sa trésorerie, cela signifie qu’elle dispose d’une forte trésorerie qu’elle aura généralement mis plusieurs années à accumuler. Pendant ces années-là, l’entreprise a en quelque sorte thésaurisé sans se développer. Elle aura donc certainement manqué des opportunités d’extension de ses marchés ou de développement de nouveaux produits.

En revanche, si une entreprise investit, cela signifie qu’elle suppose des résultats positifs à terme. Certes le risque d’erreur existe mais la prise de risque est le moteur de l’esprit d’entreprise. L’entreprise a donc établi un plan à terme qui montre que les produits de l’investissement compenseront le remboursement des échéances de l’emprunt. Et d’ailleurs comptablement, si l’emprunt et l’investissement ont même maturité, les remboursements à chaque échéance de la part de capital de l’emprunt seront compensés par l’amortissement de l’investissement. Au total, l’emploi net (montant initial de l’investissement moins amortissements) sera équilibré par la ressource nette (reste à payer de l’emprunt).

Quand on vous dit que la comptabilité, c’est magique ! Encore faut-il la considérer comme un outil de pilotage économique de l’entreprise. Pour ce faire, il faut lire (et construire) son bilan non sous le point de vue actif/passif ou débit/crédit mais comme un tableau emplois-ressources. Nous reviendrons souvent sur ce point.

De la même manière, cet équilibre par maturité est tout à fait légitime dans une gestion familiale et en matière de finances publiques qui nous intéresse ici.

L’origine de la dette est plus importante que son montant

La dette de l’Etat en France est de l’ordre de 90% du PIB. Que signifierait ce chiffre, ramené à une gestion familiale ? Que la famille a une dette globale équivalente à 90% d’une année de revenu.

Supposons un couple qui perçoit deux salaires médians, soit deux fois 1653 € (salaire médian en novembre 2011). Il disposera d’un revenu brut annuel de 39672 €. 90% de ce montant font 35705 €. Compte tenu du nombre de foyers endettés pour le logement, sans même compter d’autres crédits à la consommation (automobile, électro-ménager, etc …), une assourdissante clameur devrait monter de nos villes et villages, s’il fallait hurler autant que pour la dette de l’Etat. Or qui penserait à considérer qu’un couple endetté à hauteur de 3 fois (300% !) son revenu annuel pour l’achat de sa maison est en faillite potentielle ? Personne. Pourquoi ? Parce que cette dette remplace le loyer qu’il aurait à payer et que l’emploi de cette dette est sur le long terme.

Convaincu par cet exemple ? Donc le montant des dettes n’est pas en soi le problème. Or il y a un problème que nous ne souhaitons aucunement minimiser. Mais pour traiter d’un problème, il faut en identifier clairement l’origine et la nature.

La dette actuelle a deux origines principales.

La première est, disons, conjoncturelle. La crise financière de 2007-2008 a nécessité une avance de fonds des Etats aux économies pour éviter un remake de la crise de 1929. Cet endettement est légitime en tant que mesure d’urgence. Mais on peut aussi considérer que cette crise financière a une origine structurelle plus ancienne. Ce qui est parfaitement exact. Mais ce n’est pas parce qu’un incendie couve depuis longtemps qu’il ne faut pas l’éteindre en urgence quand il éclate. Nous reviendrons sur les causes plus lointaines de cette crise.

La seconde est, pour la France du moins, structurelle. La dette actuelle est, environ pour les deux tiers, due aux déficits annuels cumulés depuis 1979. Il s’agit donc de mauvaises habitudes anciennes auxquelles il faudrait remédier dans l’urgence : cet exercice est généralement difficile. Mais il est nécessaire dans un premier temps d’examiner en détail la composition de ces déficits. Nous reviendrons également sur ce point.

A suivre …

Croissance 1er trimestre 2012

  • 1er trimestre 2012 : croissance = 0%
  • 3ème trimestre 2011 : croissance révisée = 0.1%
  • 2011 : croissance révisée : 1.%

Prévisions 2012

  • gouvernement : 0.7%
  • FMI : 0.5%
  • Commission Européenne : 0.5%

Prévisions 2013

  • gouvernement : 1.75%
  • FMI : 1%
  • Commission Européenne : 1.3%

(source Indicateurs conjoncturels. Banque de France. 11 mai 2012)

Au passage, il est légitime de se demander pourquoi depuis plusieurs dizaines d’années, les gouvernements quels qu’ils soient surestiment les prévisions de croissance.

(voir historique de la croissance française)

Croissance. Historique 1950-2010

Évolution du PIB en volume en France
1950 1951 1952 1953 1954
8.5 5.7 2.9 3.5 5.5
1955 1956 1957 1958 1959
5.3 4.9 5.4 2.7 2.6
1960 1961 1962 1963 1964
8.3 4.8 6.9 6.2 6.4
1965 1966 1967 1968 1969
4.8 5.2 4.9 4.5 7.1
1970 1971 1972 1973 1974
6.2 5.3 4.5 6.6 4.7
1975 1976 1977 1978 1979
-1.1 4.4 3.6 3.9 3.4
1980 1981 1982 1983 1984
1.6 1.0 2.4 1.2 1.5
1985 1986 1987 1988 1989
1.6 2.3 2.4 4.7 4.2
1990 1991 1992 1993 1994
2.6 1.0 1.5 -0.7 2.2
1995 1996 1997 1998 1999
2.0 1.1 2.2 3.4 3.3
2000 2001 2002 2003 2004
3.7 1.8 0.9 0.9 2.5
2005 2006 2007 2008 2009
1.8 2.5 2.3 -0.1 -2.7
2010
1.5
Source : Insee, comptes nationaux, base 2005.