Il serait peut-être temps de lire Fillon !

Faire (François Fillon)Alain Juppé se reproche – amèrement – de ne pas avoir lu le programme de François Fillon. La primaire est passée avec la surprise qui n’aura échappé à personne. François Fillon est en route vers une élection présidentielle qui n’est pas gagnée, loin s’en faut. Car pour lui les difficultés commencent aujourd’hui.

Afin de ne pas commettre l’erreur d’Alain Juppé, il reste environ six mois pour se faire une idée personnelle de son programme – ne laissons pas les autres penser pour nous -. Mais il faut aussi en comprendre la vision sous-jacente. Notre période économiste a trop tendance à voir dans le taux de croissance l’horizon indépassable des sociétés humaines.

Fillon libéral ? Le libéralisme n’est qu’un instrument : quel est pour François Fillon sa finalité ?

Fillon conservateur ? Son programme, « radical » comme il le dit lui-même, suppose s’il est appliqué, même en partie, des changements d’une ampleur incompatible avec un quelconque conservatisme. « Réactionnaire » serait-il plus adapté ? Au sens premier du terme, Fillon réagit mais veut-il revenir à un âge d’or fantasmé par certains chroniqueurs qui ont fini par en faire leur fonds de commerce ?

Emettons une hypothèse : et si François Fillon était simplement gaulliste ?

Qu’est-ce que le gaullisme ? Répétons cette citation que tout le monde connaît pour l’oublier aussitôt ;

Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a en moi d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J’ai d’instinct l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S’il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j’en éprouve la sensation d’une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang : que seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans grandeur.

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome 1, Plon, 1954

Les passages surlignés traduisent, à notre avis, la philosophie sous-jacente du programme de François Fillon et ces « éléments de langage » étaient présents dans son discours de Lyon dans l’entre-deux tours : il suffisait de les écouter. Et les commentateurs s’interrogent depuis hier sur les « valeurs françaises » que François Fillon évoquait dans son discours de victoire parce qu’ils ont oublié cette profession de foi du Général.

Il me semble que la valeur qu’il veut restaurer est simplement la grandeur. Par orgueil personnel ou par nationalisme exacerbé et dangereux ? Difficile de voir un sociopathe dans sa personnalité.

Non car force est de constater que la France est obsédée par le déclin. Que ce déclin soit réel ou supposé n’est pas le sujet, il est vécu, ressenti et inhibe toutes les potentialités des Français qui font, qui sont la France. Rendons-leur la grandeur, ils retrouveront la générosité. Et c’est ce cercle vertueux qu’espère le programme de François Fillon.

Sacré pari tout de même !

Alors lisons François Fillon :

Vaincre le terrorisme islamique (François Fillon)La France peut supporter la vérité (François Fillon)

Et pour ceux qui voudraient mieux comprendre comment François Fillon est devenu candidat de la droite aux Présidentielles 2017 après 5 années de présidence Sarkozy et le psychodrame des élections de novembre 2012 à la présidence de l’UMP, nous vous renvoyons à notre page François Fillon.

Ces années méritent un regard rétrospectif. Elles expliqueront la constitution de l’équipe qui partira à la conquête de la Présidence à compter d’aujourd’hui. Et la suite peut-être …

Election de Donald Trump : un peu de recul

Après l’élection de Donald Trump, une conclusion s’impose : personne n’a rien vu venir. Mais en remontant le temps, force est de constater que nous ne voyons pas venir grand-chose :

  • 2016 : Brexit
  • 2014 : prise de Mossoul par Daech
  • 2012 : élection de Hollande et non de Strauss-Kahn
  • 2002 : Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles
  • 2001 : 11 septembre, les New-yorkais ont vu venir les avions mais trop tard …
  • et plus loin, Pearl Harbour, Hitler, la Première Mondiale

aveuglement-autre-histoire-notre-monde-marc-ferroDans L’Aveuglement. Une autre histoire de notre monde paru chez Tallandier en 2015, Marc Ferro avec le recul de l’historien tente d’expliquer les causes de notre aveuglement permanent et donne donc quelques pistes.

À l’heure où l’on n’a jamais été autant informé, où les experts se bousculent, où les éléments d’analyse se multiplient, disponibles aujourd’hui quasiment en temps réel, l’implacable catalogue des situations que l’on n’a pas anticipées ne cesse de s’allonger. Moments critiques où pays entiers, dirigeants politiques ou simples citoyens, n’ont pas su, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu après coup voir la réalité des faits. Tous ont été en proie à différentes formes d’aveuglement : manque de discernement ou de connaissances, déni, crédulité, poids des illusions ou des doctrines. Aveuglés aussi faute de courage devant les tragédies ou les convulsions en cours. (Quatrième de couverture)

Mais après tout, la catastrophe n’est-elle pas précisément ce qu’on n’a pas prévu ? Tout le monde connaît le Titanic mais personne ne connaît les milliers de navires qui ont évité un iceberg.

Et pourtant prévenir doit être possible.

Un exemple oublié : le célèbre bug de l’an 2000.

A posteriori, de nombreux commentateurs, de ceux « à qui on ne la fait pas », ont considéré qu’il n’y avait là rien d’autre qu’un prétexte à générer du chiffre pour les sociétés de service. Et pourtant, tous ceux qui ont participé à cette « chasse au bug » peuvent témoigner de l’ampleur des corrections qui ont dû être faites.

Tout le monde avait oublié qu’il y aurait un an 2000 – tout le monde ne croyait pas à la fin du monde en 1999 annoncée par Nostradamus et Paco Rabanne – mais cette négligence a su être réparée.

Un exemple controversé : la vaccination contre la grippe H1N1

La campagne ne servait selon les commentateurs cités précédemment qu’à générer du chiffre pour les sociétés pharmaceutiques (NB : la répétition est volontaire, l’autre a toujours tort de vouloir gagner de l’argent).

Le taux de vaccination a été inférieur aux prévisions. Mais l’épidémie a été mineure. N’y avait-il donc aucun danger ? On oublie généralement qu’il est inutile de vacciner tout le monde et qu’il suffit de vacciner une population ciblée pour cantonner la propagation d’une épidémie. Ce qui a été fait.

Il est donc possible de limiter les risques. Il faudrait pour ce faire que la confiance règne. Mais chacun préfère minimiser son risque personnel et immédiat qu’anticiper un risque global dont pâtira l’autre et qui l’entrainera inéluctablement. Vision étroite et à court terme car l’altruisme peut être un égoïsme intelligent.

Tout rapprochement avec ceux qui ne « croient » pas au réchauffement climatique est parfaitement prémédité.

 

Direction des Ressources Humaines ?

drh-direction-ressources-humainesSi vous êtes salariés, vous avez tous eu affaire à la Direction des Ressources Humaines, la fameuse DRH.

Un temps de néologismes

Notre époque n’est probablement pas si différente qu’on le croit généralement de celles qui l’ont précédée. C’est intéressant de se valoriser d’une certaine manière par des sentences médiatiques telles que « une période sans précédent », « une nouvelle civilisation », « le monde ne sera plus jamais comme avant ». Mais les archéologues, trop silencieux sur ce point, pourront vous dire qu’on retrouve en d’autres mots ce type de considération sur des tablettes cunéiformes. Et il suffit de relire, un peu, la République pour constater que le grand Platon n’échappait pas à ce tic de langage.

Néanmoins, les 20 ou 30 dernières années ont vu la floraison d’une myriade de néologismes. Le politiquement correct en est une source inépuisable : on ne dit plus « concierge » mais « gardienne », « aveugle » mais « non-voyant », « nain » mais « personne de petite taille ».

L’apparition de nouvelles techniques ou technologies en est également une source, légitime quant à elle. A concepts nouveaux, mots nouveaux, même l’Eglise catholique (voir le Lexicon Recentis Latinitatis, ParvumVerborum Novatorum Lexicum) se voit obligée d’inventer de nouveaux mots latins pour des innovations car rappelons aux distraits que Cicéron n’avait pas le téléphone et que Jules César ne twittait pas pendant les séances du Sénat.

Oublions les expressions journalistiques éphémères telles la démodée « bouteille à l’encre » et « le bébé jeté avec l’eau du bain » qui doit être grand-père. A moins que le « je suis dans l’action » qui remplace le « je fais », ou le « faire France » successeur de « être patriotes » (je n’ai pas dit nationalistes), ne soient le signe d’un recentrage anthropologique ou d’un changement de paradigme. Et vous aurez noté que ces deux dernières expressions sont également des substituts à « changement d’état d’esprit ».

« Direction des Ressources Humaines » échappe-t-il à ces catégories et n’est-il qu’une mode vide de sens ?

Une réalité d’entreprise

Une nouvelle économie de services

Il n’a échappé à personne que les sociétés modernes, occidentale en particulier, sont passées de la prépondérance du secteur primaire (agriculture, pêche et exploitations minières) et du secteur secondaire (industrie) ou secteur tertiaire (économie de services).

Dans une économie tertiaire, la ressource principale n’est plus la terre nourricière, ni l’usine et ses machines mais l’homme, son intelligence et sa capacité à traiter des informations.

Le terme « Direction des Ressources Humaines » prend donc bien en compte cette évolution et semble en manifester une prise de conscience salutaire. Il mérite donc d’être retenu avec plus de considération que certains néologismes fantaisistes quand ils ne sont pas simplement pédants.

Les spécialistes du plan social ?

Certains ne manqueront pas de relever que le rôle le plus spectaculaire des Directions des Ressources Humaines est souvent d’organiser les plans d’économies qui se traduisent assez généralement par des plans sociaux et donc des licenciements francs ou déguisés derrière les désormais célèbres « suppressions de postes sans licenciements ».

Il est donc étrange de voir une direction se débarrasser de la ressource qu’elle est censée gérer. Mais constatons en premier lieu que les Directions des Ressources Humaines n’ont pas d’autonomie de décision et ne font que ce qu’on leur demande de faire. Existe-t-il des départements dans l’entreprise qui puissent imposer leur volonté à la Direction ? Etonnamment oui. Dans les professions fortement réglementées, les services divers qui contrôlent la déontologie (Conformité, Audit, Contrôle Interne) sont – du moins théoriquement – en mesure d’imposer leurs décisions au management même si le rapport de forces n’est pas nécessairement simple.

Le court-termisme du management

Or il ne faut pas oublier que dans les grandes sociétés, les patrons ne sont plus que rarement les propriétaires. Les Martin Bouygues ou François-Henri Pinault sont l’exception plus que la règle. Ces patrons salariés doivent rendre des comptes à un conseil qui attend avec impatience une hausse des résultats.

Et pour améliorer le résultat rapidement, il est plus aisé de diminuer les charges que d’augmenter les produits. Pour augmenter les produits, il faut – pour faire court – augmenter les ventes en quantité ou en prix, ce qui signifie un investissement en recherche de productivité, en innovation ou en conquête de marchés nouveaux. Toutes choses plus longues et plus risquées à mettre en oeuvre qu’un plan d’économies.

Or dans une économie tertiaire, les coûts principaux sont les salaires et les systèmes d’information. On licencie donc et on taille dans l’innovation technologique, ressources mêmes de la production. De nombreuses sociétés sont donc la confirmation de la petite histoire agricole suivante. Un paysan avait un cheval et pour faire des économies, il a appris à son cheval à manger de moins en moins : malheureusement, le jour où il a atteint son objectif, son cheval ne mangeait plus du tout et mourut. Le cas actuel d’Alstom ne doit pas en être très loin.

La DRH est acquittée

Il est donc injuste d’accuser les Directions des Ressources Humaines du court-termisme de leurs dirigeants. Et beaucoup de salariés ont connu de ces DRH qui, lors d’un plan social, faisaient partie de la charrette de licenciements qu’ils mettaient en place.

Admettons donc que la Direction des Ressources Humaines est une fonction légitime voire indispensable dans notre économie qui est réellement d’un type nouveau. Est-elle pour autant un nouveau métier ? Nous verrons que le terme regroupe des réalités diverses qui en font toutes les difficultés actuelles.

3 métiers pour une seule fonction

En fait, la Direction des Ressources Humaines regroupe 3 métiers radicalement différents. Ces 3 métiers supposent 3 types de compétences rarement réunies en une seule personne, ce qui serait une gageure :

  • l’administration du personnel : à dominante comptable
  • la gestion de carrières : à dominante psychologique et technique
  • les relations sociales : à dominante juridique voire politique

L’administration du personnel

Sa mission est le paiement des rémunérations et l’administration des congés et absences. C’était celle de l’ancien Directeur du Personnel.

L’établissement des feuilles de paie suit une procédure proche de la comptabilité et la gestion des congés suppose des méthodes qui en sont proches.

Une mobilité d’effectifs entre services comptables – voire de contrôle de gestion – et administration du personnel est donc tout à fait logique, légitime, voire souhaitable.

La gestion de carrière

Dans l’ordre chronologique, sa mission est d’analyser avec les services les nécessités d’embauche, de mobilité et, éventuellement, de suppression de postes.

En fonction, de ces besoins, il lui revient d’établir un profil de poste, trouver le candidat adéquat. Pour les personnes inscrites au personnel, il s’agit ensuite de s’assurer de leur adéquation au poste, de l’opportunité d’une mobilité.

Il est nécessaire de connaître le salarié afin de l’affecter au poste où il sera le plus efficient, de lui assurer la formation nécessaire.

Certes, si la stratégie du management est de « presser le citron », la dimension psychologique de la gestion de carrière est assez limitée. Mais si on veut bien se rappeler le « il n’est de richesses que d’hommes » de Jean Bodin, cet aspect qui est le coeur de la gestion de la « ressource humaine » doit encore être développé et n’est que trop négligé.

Les relations sociales

Certes, certains ont en France une vision négative des relations sociales. Il y a en effet un syndrome assez répandu dans notre cher pays, c’est l’allergie aux syndicats. Il faut admettre qu’ils sont dans l’ensemble plutôt irritants et donc allergènes. Mais la réalité est plus complexe que ne le montre la caricature des mouvements syndicaux d’échelle nationale.

Il ne faut pas en effet oublier que le « C » de CGT, CFDT voire CFTC signifie « confédération » et qu’en fait sont engagés dans les relations sociales des syndicats plutôt indépendants, affiliés à une confédération. Et ces syndicats ont une indépendance supérieure à l’idée commune : les confédérations sont trop inquiètes de perdre pied dans une entreprise pour ne pas laisser la bride sur le cou d’un syndicat d’entreprise.

Il est en outre possible de rêver d’un syndicalisme français qui apporterait sa contribution positive à l’entreprise à l’image des syndicats allemands. Mais la place du syndicalisme en France est une toute autre affaire.

Car, volens nolens, le droit du travail impose et imposera des relations sociales codifiées entre employeur et salarié. Ces relations sont encadrées par la loi et peuvent concerner la politique d’entreprise si l’on veut bien comprendre la politique comme l’art de « rendre possible ce qui est souhaitable ».

Conclusion

La Direction des Ressources Humaines est donc une notion parfaitement pertinente. Elle ne sera cependant réellement pertinente que quand on considèrera que le salarié, l’Homme, est la ressource fondamentale de l’entreprise même si celle-ci n’est pas une collectivité comme une autre. Et nous reviendrons sur le concept absurde d’entreprise citoyenne, expression en vogue que nous avons oublié de citer précédemment.

Pour que les Directions des Ressources Humaines puissent accomplir avec efficacité la mission que traduit si bien leur nom, il faut cependant tenir compte qu’elles regroupent 3 métiers bien différents et 3 types de compétences pratiquement inconciliables.

Au Directions des Ressources Humaines de commencer par  optimiser leur propre ressource humaine.

Petite bibliographie

 

L’école et le contenu des programmes

Le débat sur le contenu des programmes scolaires (la « théorie du genre » par exemple) peut sembler stérile.

Sans être passéiste, quand on enquiquinait les enfants à leur apprendre les tables de multiplication et « 1515 Marignan », aucune polémique n’était envisageable puisque c’est vrai.

Donc si on essayait de leur apprendre d’abord des choses vraies et non la Vérité car « qu’est-ce que la vérité ? » demandait Ponce-Pilate à Jésus ?

Certes, il faut apprendre à penser. Mais c’est le rôle de matières comme les mathématiques et la philosophie. Ce n’est d’ailleurs qu’au Siècle des Lumières que les philosophes ont cessé d’être mathématiciens car Descartes, Pascal et Leibniz ont été … quoi ? de grands scientifiques ou de grands philosophes. Les deux. Quoique beaucoup de scientifiques anglo-saxons, tels que Bertrand Russell, ont aussi été des philosophes de haut niveau quoique négligés voire méprisés sur le continent. Car en Europe continentale, on ne jure que par la philosophie allemande et les post-modernes. Or comme disait Roger Nimier :

La philo n’est pas mal non plus. Malheureusement, elle est comme la Russie : pleine de marécages et souvent envahie par les Allemands. (in Le Hussard Bleu).

Cependant, au primaire comme au collège, il est un peu tôt pour enseigner la philosophie.

En revanche, au lycée, les élèves reçoivent un enseignement de philosophie pour le moins sommaire, quand ils l’écoutent. En terminale, je ne l’écoutais pas et je ne suis ni meilleur ni pire qu’un élève actuel.

En outre, l’enseignement du français hésite entre histoire de la littérature – chronologique ou thématique, peu importe – et apprentissage de l’expression écrite. Et les professeurs de français, par goût et par disposition personnels, privilégient souvent l’un au dépens de l’autre.

Il serait peut-être souhaitable de remplacer ces deux enseignements par deux matières qui seraient Expression écrite et orale, d’une part, Histoire de la pensée, scientifique, littéraire et philosophique, d’autre part.

Et ce dès la seconde, car apprendre à penser prend plus de trois années scolaires. C’est le travail d’une vie.

« En attendant les Barbares » de Constantin Cavafy

attendant barbares constantin cavafy

Le Point évoque cette semaine la question des « Barbares » dans l’article À quoi servent les Barbares ?. Mais avant d’y revenir, il peut être utile de rappeler un poème de Constantin Cavafy (1863 – † 1933) : « En attendant les Barbares ». N’est-ce pas la fonction et la noblesse du poète que de dire en peu de mots mais avec la plus grande harmonie ce que nous échouons à exprimer sur de longues et vaines pages ?

EN ATTENDANT LES BARBARES

— Qu’attendons-nous, rassemblés ainsi sur la place ?

— Les Barbares vont arriver aujourd’hui.

— Pourquoi un tel marasme au Sénat? Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer?

— C’est que les Barbares seront là aujourd’hui. Quelles lois voteraient les Sénateurs ? Quand ils viendront, les Barbares feront la loi.

— Pourquoi notre Empereur, levé dès l’aurore, siège-t-il sous un dais aux portes de la ville, solennel, et la couronne en tête ?

— C’est que les Barbares arrivent aujourd’hui. L’Empereur s’apprête à recevoir leur chef ; il a même fait préparer un parchemin qui lui octroie des appellations honorifiques et des titres.

— Pourquoi nos deux consuls et nos préteurs arborent-ils leur rouge toge brodée ? Pourquoi se parent-ils de bracelets d’améthystes et de bagues étincelantes d’émeraudes ? Pourquoi portent-ils leurs cannes précieuses et finement ciselées ?

— C’est que les Barbares seront là aujourd’hui, et ces coûteux objets éblouissent les Barbares.

— Pourquoi nos habiles rhéteurs ne pérorent-ils pas avec leur coutumière éloquence ?

— C’est que les Barbares arrivent aujourd’hui. Eux, ils n’apprécient ni les belles phrases ni les longs discours.

— Et pourquoi, subitement, cette inquiétude et ce trouble ? Comme les visages sont devenus graves ! Pourquoi les rues et les places se désemplissent-elles si vite, et pourquoi entrent-ils tous chez eux d’un air sombre ?

— C’est que la nuit est tombée et que les Barbares n’arrivent pas. Et des gens sont venus des frontières et ils disent qu’il n’y a point de Barbares.

— Et maintenant, que deviendrons-nous sans Barbares? Ces gens-là, c’était quand même une solution.

(traduit par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras)

Ce poème ne fait-il pas penser au Soumission de Michel Houellebecq ?

Climatosceptiques et droite française

Climato-sceptiques et droite française

« Mais c’est pourtant vrai que l’Antarctique se rafraichit. Le réchauffement est donc un mythe. » (signé Un Climatosceptique)

J’entends beaucoup d’électeurs qui se revendiquent de la droite s’afficher clairement « climatosceptiques » si on veut bien me pardonner ce néologisme.

Et les arguments en sont parfois surprenants et en contradiction avec leurs propres pétitions de principes.

Arguments des climatosceptiques de droite

Le GIEC serait un lobby aux mains des écologistes

Le GIEC est un organisme financé par les Nations Unies dont l’objectif est de faire la synthèse de toutes les recherches en matière de climat. Le GIEC ne fait aucune recherche. Il analyse les milliers de publications sur le climat ou les sujets immédiatement connexes. Cette analyse suppose comparaison, demandes de précisions, recherches d’incohérence. Le volume traité justifie la publication pluriannuelle de ses rapports.

Signalons que les publications traitées peuvent provenir d’organismes de recherche publique ou privée – même des industries pétrolières ou charbonnières qu’on imagine mieux dans le rôle de lobbyistes que nos élus EELV plus occupés à leurs bisbilles politicardes internes -.

Certes, un jour, le GIEC a laissé passer une publication erronée sur la fonte des glaciers de l’Himalaya. Il se doutait de la bronca qui n’a pas manqué de se déchaîner. Mais sur les milliers de publications, le taux d’erreur semble faible. A moins que la vigilance des climatosceptiques ne soit que superficielle.

D’autres scientifiques nient le réchauffement

Certes, d’autres scientifiques nient le réchauffement global. Mais que connaît par exemple un biologiste sur l’astronomie ou un mathématicien sur la géologie ? Le statut de scientifique donne une légitimité sur le domaine dudit scientifique. Certes, un scientifique est censé raisonner correctement mais il n’a pas l’exhaustivité des connaissances et de la culture dans toutes les matières scientifiques :

  • Claude Allègre est géochimiste : son domaine est donc la formation des roches mais, lors d’une polémique célèbre, il a eu tort face à Haroun Tazieff en vulcanologie, matière cependant voisine.
  • Vincent Courtillot est géologue. Il est connu pour sa prise de position sur la disparition des dinosaures. Selon lui, les trapps du Deccan en sont responsables et non l’astéroïde du Chixculub. Manière de dire que les géologues sont plus forts que les astronomes ?
  • ne parlons pas de journalistes météo ou autres …

Les scientifiques – climatosceptiques ou « réchauffistes » – dont les publications sont analysées par le GIEC sont beaucoup plus nombreux que les quelques voix qui se singularisent. Le GIEC tient compte de tous les arguments « pour ou contre ».

La Terre aurait connu d’autres réchauffements climatiques

C’est tout à fait exact. Mais le processus était beaucoup plus lent. Les espèces ont eu le temps de s’adapter – ou non – le plus souvent en migrant – détail sur lequel nous reviendrons. Mais parmi ces espèces ne figurait pas l’espèce humaine qui sait très bien s’adapter à condition que ça n’aille pas trop vite et que ça ne coûte pas trop cher.

Le gouvernement mondial

L’argument est que le réchauffement étant global, il impose des mesures globales qui vont à l’encontre de la souveraineté des états. Il ne s’agit donc pas d’un argument complotiste mais clairement souverainiste. Or le souverainisme est largement construit sur une illusion même si ses motivations sont pertinentes et légitimes : nous y reviendrons.

Nous avons évoqué la théorie du complot. Il faut admettre que certains arguments climatosceptiques en sont proches.

Une nostalgie

Une frange de la population a connu sa pleine activité et sa pleine prospérité sous Pompidou. Il s’agit d’une population vieillissante (plus de 75 ans) mais généralement en bonne condition, active, participant à la vie associative mais qui est quasi-maladivement atteinte d’une nostalgie contradictoire des années Pompidou. On peut leur ajouter les générations à qui ils ont transmis cette nostalgie.

C’était certes une époque où on pouvait « gagner plus en travaillant plus », promesse non tenue il y a peu, promesse qu’on nous refera sous peu (NDLR du 31/08/2016 : il n’a fallu attendre qu’une seule journée : voir le discours de Sarkozy devant le MEDEF). Mais ils oublient que ces courtes années de prospérité ont été dues à la conjonction de plusieurs facteurs : fin de la reconstruction, achèvement de la restructuration gaullienne de l’Etat, pétrole bon marché et libérations tous azimuts consécutives à Mai 68 – que généralement ils abhorrent paradoxalement -. Conjuguez ces facteurs à une propension à l’extrapolation exponentielle, les lendemains chanteraient nécessairement, en anglais ou en russe selon l’orientation.

C’était donc l’époque du fuel, de l’automobile et de la croissance. Comme si l’écologie était antinomique avec la croissance ! Et nous arrivons ici au non-dit.

Le non-dit

Les partis autoproclamés écologistes ont accaparé l’écologie qui est une science. Certes, l’écologie n’est pas une science autonome comme les mathématiques. Mais elle constitue un carrefour de nombreuses disciplines (physique, chimie, biologie, géologie, mathématiques, …) ce qui justifie pleinement son statut de science. Et ses scientifiques doivent désormais être appelés écologues pour les distinguer des écologistes – sous-entendu politiques – dont les préoccupations s’avèrent plus politiques qu’environnementales.

Nos climatosceptiques développent donc un syllogisme aussi étrange qu’erroné :

  • le réchauffement climatique est une idée d’écologistes
  • les écologistes sont de gauche
  • or je suis de droite
  • donc « les écologistes ne font rien qu’à dire des bêtises »
  • donc il n’y a pas de réchauffement climatique
  • et ceux qui sont de très mauvaise foi pensent : « et en plus ça m’ennuierait si c’était vrai », syndrome psychologique qui s’appelle le déni. Or, il y a des dénis de vérité qui ressemblent à s’y méprendre à des dénis de grossesse.

Et pourtant

Ces mêmes climatosceptiques devraient au contraire prendre le parti de la prévention d’un réchauffement climatique. Car les mesures nécessaires correspondraient exactement à leurs souhaits. Je les mentionne pour mémoire et vous laisse le soin de deviner si je les partage ou non.

L’immigration

Les premiers pays touchés par le réchauffement climatique seront les pays tropicaux. Certaines études suggèreraient que la crise syrienne, qui a les effets désormais bien connus, aurait été déclenchée par une baisse des rendements agricoles liée au réchauffement. Ce fait demeure à vérifier mais ce scenario futur est parfaitement plausible.

Ce phénomène enclenchera des flux migratoires en dominos. Et l’arrivée actuelle de migrants syriens ou irakiens semblera alors le souvenir d’une époque heureuse.

Au passage, ce point rappelle que le meilleur remède contre l’immigration est le développement des pays d’origine. Le mythe de l’immigré profiteur est une paresse intellectuelle même si le phénomène existe. Et le nier est de l’angélisme stupide.

Le djihadisme

Le djihadisme est principalement financé par le pétrole, directement ou par des états pétroliers qui achètent leur paix ou propagent leur idéologie à orientation religieuse.

Diminuez la consommation de pétrole et vous assécherez les sources de financement des djihadistes. Et les mécontents des pays arabes adopteront une démarche plus raisonnée en prenant exemple sur la Tunisie.

La croissance

Beaucoup parlent de la croissance sans trop savoir ce qu’elle est en réalité ni à quoi elle peut vraiment servir. Mais il est certain qu’on améliore la croissance en réduisant les importations.

Allons vers une plus grande indépendance énergétique et nous irons vers la croissance par baisse des importations. Le problème est qu’en France, nous disposons de peu de sources d’énergies dites « carbonées ». En quoi utiliser des énergies alternatives serait un problème idéologique ? Certes, il peut se poser des questions techniques ou économiques. Mais le Soleil n’a pas sa carte à EELV et le vent ne vote pas Mélenchon.

Les éoliennes sont laides ? Question de point de vue. Elles font du bruit ? Oui il y a dix ans, plus maintenant. Elles tuent les oiseaux ? Les moulins à vent aussi, les oiseaux apprendront à les éviter : les poules ne se jettent plus sous les roues n’est-ce pas ? Et interdit-on les avions ? En outre, elles sont plus réversibles que les centrales nucléaires – auxquelles je précise ne pas être opposé bien que prudent -.

La transition énergétique n’a non plus aucune couleur politique. Et la croissance des 30 Glorieuses a été aussi celle d’une période de transition énergétique : du charbon au pétrole et au nucléaire, du train à l’automobile et, j’ai failli dire, du pigeon voyageur au téléphone.

Un retour à une saine tradition

Les énergies alternatives ne pourront se répandre largement en ville, lieu préférentiel des économies d’énergie. Donc elles pourront revitaliser nos campagnes et nos villages et redonner un souffle à des pays pour lesquels s’achève le temps de l’agriculture intensive.

Quant aux entreprises, administrations et particuliers, ils apprendront à redécouvrir les vertus de l’économie d’énergie et plus généralement de moyens. C’est la gestion en « bon père de famille » dont le climatosceptique de droite pleure la disparition par ringardisation stupide.

Un refus de l’autorité

En déniant l’aspect scientifique des conclusions du GIEC – quand il les a lues -, le climatosceptique de droite révèle qu’il est en fait un soixante-huitard qui s’ignore.

Car en traitant comme opinion, ce qui est une vérité scientifique (son taux de vraisemblance inclus), il manifeste un refus de l’autorité dans l’acception d’auctoritas – qui fait autorité et non qui a autorité -. Comment peut-il ensuite regretter le respect traditionnel (« le respect se perd mon cher ! ») ? Attitude paradoxale et incohérente.

Mais cette attitude n’est guère étonnante dans un pays où le moindre citoyen qui a tapé dans une boîte de conserve sait mieux que le sélectionneur quelle Equipe de France il doit présenter face à l’Allemagne. On pourrait ajouter où le moindre catholique – ou athée, ne nous gênons pas – conteste le moindre propos du Pape en bon théologien qui saurait tout de l’apocatastase (je frime parce que je sais ce que c’est et que je me rappelle le mot).

Conclusion

Nous n’avons pas évoqué ici le climatoscepticisme à l’américaine. Il pourrait se résumer à « on se fiche du réchauffement, nous ferons du business dans la climatisation ».

C’est la typologie étrange du climatoscepticisme à la française qui est en cause. En se réfugiant dans le déni pour des pétitions de principes idéologiques, ils se « tirent une balle dans le pied  » et refusent l’opportunité de redonner à la France les moyens et l’élan qu’ils souhaitent.

Etrange, mais c’est ainsi. Car en France, l’important n’est pas de cheminer vers la vérité, l’important est d’avoir raison. Triste perversion d’un cartésianisme incompris et donc devenu vide de sens.

A la décharge de mes chers climatosceptiques, nos écologistes politiques ont honteusement brouillé le débat et durablement desservi une cause qui n’aura été que le support de leurs ambitions personnelles.

 

Polémique sur la Rive Droite

Polémique sur la Rive DroiteD’ordinaire, la Rive Gauche, évidemment germano-pratine, est le lieu des débats et de leurs pâles copies : les polémiques. Mais toute la presse, de droite ou libérale, ne bruisse que de la volonté farouche de la Mairie de Paris de rendre la Rive Droite aussi piétonne qu’elle l’a fait pour la Rive Gauche.

Les années Pompidou

Pour comprendre un problème, il faut souvent remonter à sa racine. Certes, c’est plus long qu’un slogan mais on n’est jamais obligé de ne pas réfléchir.

Un autre temps

Paris a été profondément marqué par Pompidou : le Centre Pompidou – surprenant mais réussi -, la Tour Montparnasse – verrue hideuse comparée à la réussite de la Défense -. Mais il a principalement marqué par ses orientations en matière de circulation automobile.

Rappelons que la mort l’a emporté le 2 avril 1974. Or, suite à la Guerre du Kippour, c’est le 22 décembre que l’OPEP déclenche la crise du pétrole :

  • les exportations de pétrole diminuent de 25 %
  • le prix du baril à l’exportation augmente de 17 %
  • par un de ces miracles dont l’économie a le secret, le prix du baril brut de pétrole passe de 5$ à 11$
  • et le montant des importations française de pétrole passe de 17 à 123 GF (milliards de francs)

Ce petit rappel avait pour objectif de préciser que Pompidou n’a connu que l’époque du pétrole bon marché et de la voiture-reine. Et comment lui faire grief ? Rares étaient ceux qui tiraient le signal d’alarme, encore plus rares ceux qui étaient disposés à l’entendre. En outre, il est toujours aisé de critiquer le passé avec les yeux d’aujourd’hui. A cet égard, quels problèmes aussi graves qu’insoupçonnés, nous échappent-ils aujourd’hui ?

Un urbanisme désormais inadapté

Bref. Fin des années 60, l’explosion de la circulation automobile nécessitait un réaménagement massif des voies de circulation parisiennes.

  • Une voie de dégagement Est-Ouest fut installée sur la Rive Gauche de la rue du Bac au Pont de l’Alma. Il faut avoir vu les bouchons au débouché de cette voie sur le Quai d’Orsay pour comprendre que la solution avait atteint ses limites.
  • une autre dans le sens Ouest-Est (pas bête !) sur la Rive Droite, jusqu’au Pont d’Iéna qui n’est pas actuellement mise en cause puis de la Concorde à la Gare de Lyon. Son utilisation tous les étés pour Paris-Plages était déjà sujet à polémique, imaginez donc la « piétonnisation » définitive.
  • l’avenue Charles-de-Gaulle de l’Etoile à la Défense, véritable autoroute à huit voies qui traverse de beaux arrondissements parisiens et Neuilly-sur-Seine. Cette autoroute montre aux mauvaises – ou simplement jalouses – langues d’une certaine gauche que mêmes les riches n’ont pas toujours le dernier mot. Et que même Sarkozy, à l’époque Maire de Neuilly, n’a rien pu y faire si ce n’est approfondir sa connaissance personnelle de la France d’en-bas.
  • et enfin la finalisation du boulevard périphérique qu’aucune personne saine d’esprit n’envisage pour le moment de rendre piéton même si certains aimeraient les remplir d’eau pour en faire les douves d’un Paris séparé d’une banlieue envahissante. Je plaisante et je ne vise personne en particulier : il y a de ces gens dans tous les partis et quartiers.

Mais il n’aura échappé à personne que le contexte a quelque peu évolué depuis l’époque faste du Président Pompidou. Si faste ? Voire … Car nous avions un PCF puissant qui maugréait sans fin contre « la vie chère ». Nous avons connu depuis un réel progrès : tout le monde râle désormais sur tout et sur tous. Le PCF serait-il mort de sa victoire culturelle ?

Pourquoi la « piétonnisation » ?

Tentons d’examiner la proposition d’Anne Hidalgo sans tenir compte d’éventuelles arrières-pensées politiques.

L’appel d’air

Depuis les années 60, tout démontre qu’une amélioration des conditions de circulation augmente par effet d’opportunité, la circulation jusqu’à saturation voire thrombose. C’est ce qu’on appelle un effet d’appel d’air ce qui est, en l’occurence, un comble.

Or, il ne reste plus beaucoup de voies de dégagement à Paris. Certes, il serait envisageable de recouvrir la Seine d’une autoroute huit voies. Mais la batellerie et les bateaux-mouche s’y opposent avec la dernière énergie.

La fuite en avant n’est donc pas une solution responsable.

La pollution atmosphérique et les gaz à effet de serre

La Commission d’Enquête Publique met en doute l’efficacité de la piétonnisation en matière de pollution. Car l’idée sous-jacente à ce doute est la suivante : un véhicule dans un bouchon émet plus de gaz nocifs qu’un véhicule qui roule à régime normal. Ce n’est certainement pas faux. Mais la voie de berge Rive Droite n’est pas exempte de bouchons et n’est en aucun cas une voie donc la fluidité fait le bonheur de ses usagers.

J’évoque les gaz à effet de serre pour une raison simple. Une certaine frange de la droite ne croit pas au réchauffement climatique pour des raisons étranges qui méritent un article à part. Elle ne peut donc en aucun cas retenir cet argument.

La réussite de la voie de berge Rive Gauche

En tant que privilégié qui réside tout près de cette voie, j’étais plutôt partagé à l’annonce de cette mesure. Certes la perspective de pouvoir me promener sur cette Rive Gauche me réjouissait. Je ne pouvais en effet en profiter qu’en période de circulation interdite lors de crues. Mais la circulation ne serait-elle pas détournée pour partie dans ma rue plutôt calme ?

Je suis pleinement rassuré. Il n’y a de bouchons que les week-ends à cause des badauds qui viennent profiter de la magie de la Rive Gauche piétonne. Et ils auraient tort de s’en priver.

Certes, il demeure des bougons – pas des bouchons, suivez donc -. Mais 40 ans après, nous avons droit deux fois par ans à une proportion similaire de bougons au sujet du changement d’heure. La presse leur en sait gré car ils lui fournissent de la copie à bon compte.

Alors ? Pour ou contre ?

Pour : remettre l’automobile à sa place dans Paris

Une ville n’est pas un lieu de transit et en aucun cas une autoroute. Et le boulevard périphérique a toute son utilité puisqu’il permet de contourner Paris, point de convergence historique d’une proportion excessive de routes de France.

Mais la circulation doit y être fluide afin de desservir ses activités et ses habitants propres. Cependant, Paris a de par sa position un rôle particulier à l’égard du pays et de sa banlieue, ce qui ne simplifie pas le débat.

Il n’empêche que les voies de berge constituent une diagonale du périphérique – ou plutôt un diamètre compte tenu de sa forme ovale -. Elles ne sont donc pour beaucoup qu’un raccourci d’un point à l’autre du périphérique.

Elles constituent aussi une solution de facilité. Demandez donc à un taxi au départ des Invalides de vous emmener Gare de Lyon. Il traversera la Seine pour emprunter la voie de berge Rive Droite alors qu’il pourrait tout aussi bien emprunter le boulevard Saint-Germain nettement moins saturé.

Pour le reste de la circulation parisienne, laissons faire les spécialistes. Parfois un simple aménagement de carrefour améliore de façon spectaculaire la circulation. Il suffit de voir ce qui fut fait il y a quelques années au carrefour de l’Ecole Militaire. Un aménagement de même nature de la Place de l’Alma compenserait pour une bonne part les éventuelles pertes de temps liées à une piétonnisation de la Rive Droite.

Pour : une compensation facile de l’appel d’air

La suppression des voies de berge n’empêcherait pas la circulation Ouest-Est sur la voie supérieure. Certes, elle sera plus encombrée. Mais peut-être cela découragera-t-il quelques Parisiens de prendre leur voiture pour aller Place de l’Hôtel de Ville ? Des taxis regarderont mieux leur GPS pour prendre des chemins de traverse. Et peut-être que certains automobilistes se mettront à la marche à pied ou à la bicyclette pour le plus grand bonheur de la Sécurité Sociale mais au grand dam des caisses de retraite puisqu’ils auront des chances de vivre plus vieux.

Or n’oublions pas qu’en situation de saturation, il suffit d’une circulation inférieure de 5% pour retrouver la fluidité que la Rive Gauche n’a pas vraiment perdue. Et je n’évoque pas la proportion de quidams qui s’engagent dans un carrefour quitte à le bloquer : peut-être veulent-ils avoir encore le droit de flanquer la pagaille, laissant les autres gérer leur incivilité.

Contre : la pollution atmosphérique

Retenons volontiers que l’écart ne sera pas nécessairement significatif et que cette raison est un effet d’annonce et – soyons enfin un peu polémique – un petit cadeau aux élus écologistes avec qui un maire, même socialiste, est obligé de composer.

Pour : revoir notre usage de l’automobile

Une mesure symbolique peut s’avérer inutile à court terme. Elle a néanmoins un effet pédagogique. Et il est nécessaire de repenser la place de l’automobile dans la ville.

Or la problématique est différente dans chaque ville qu’il s’agisse de Paris, de la banlieue ou de la province, d’une ville grande , moyenne ou petite. Et pour examiner ce problème à l’échelle de chaque ville, laissons faire les élus et les habitants de cette ville. A cet égard, je connais peu de Parisiens ou d’habitants du 7ème arrondissement qui soient mécontents de la piétonnisation de la Rive Gauche.

Contre : un peu de précipitation

Paris a une responsabilité à l’égard de sa banlieue et aussi du pays. La Mairie a-t-elle bien mesuré la vraie nuisance pour certains banlieusards ? Je pense que oui mais à sa décharge, la Mairie de Paris est ici soumise au mille-feuilles administratif dont notre cher pays a le secret.

Car il serait préférable pour tous – banlieusards compris – que le réseau de transport en communs s’améliore aux dépens de la circulation Paris-banlieue. Mais il suffit de consulter un panneau de travaux pour voir le nombre d’intervenants et donc la difficulté de la prise de décision.

Pour : une perspective économique positive

Il est assez étrange de constater que de nombreuses grandes villes de pays dont nous saluons et jalousons la performance économique (Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, …) s’orientent vers une limitation draconienne de la circulation automobile.

Comme ils réussissent économiquement, il est raisonnable d’en conclure qu’ils ont étudié la question et que la piétonnisation est profitable.

Enfin, et je contrarierais Arnaud Montebourg s’il me lisait, il n’y a pas de honte à faire de la croissance dans les services plus que dans l’industrie. Or à Paris qui regrette les usines du Quai de Javel ? Paris est une ville de services – rappelons que la Défense dépend de Paris -, tourisme inclus. Or en matière de tourisme, rappelons que Venise en tire sa prospérité sans une seule voiture ni voie de berge (je plaisante).

Rendre aux berges de la Seine toute leur beauté ne peut que contribuer à maintenir à Paris son statut de ville parmi les plus belles du monde.

Conclusion

Je suis toujours un peu ennuyé, étant de droite malgré une solide antipathie pour Sarkozy, de prendre la défense d’un élu socialiste. Mais, si j’ai apprécié Chirac comme Maire de Paris, ni Delanoé, ni Hidalgo ne m’ont fait regretter Tibéri. Je préfère donc parler de cette mesure indépendamment de la couleur politique de la mairie.

Je parierais volontiers qu’une telle mesure proposée par un maire de droite aurait reçu les applaudissements des électeurs de droite et les huées de ceux de gauche. Il semble souhaitable d’éviter d’examiner chaque problème au travers d’un filtre « politicard ». Et ce serait une bonne chose pour la France donc pour chacun de ses citoyens que la polémique lâche un peu de terrain devant de vrais débats.

Pour illustrer mon propos, je vous renvoie à deux articles du Point que j’ai vu mieux inspiré et je vous recommande surtout les commentaires des lecteurs qui donnent une excellente indication du niveau du débat. Scientifiquement, c’est un choc : on peut descendre sous le zéro absolu.

 

Rigueur et austérité, ce n’est pas la même chose !

Les mots ont un sens que diable ! Or ils sont de plus en plus utilisés pour exprimer ce qui n’est pas (la fameuse communication), et de moins en moins pour exprimer ce qu’ils sont censés signifier, c’est-à-dire leur définition dans tout dictionnaire sérieux.  Application pratique :

Rigueur :

1. (acception hors contexte). 2. dureté extrême d’une règle, d’une obligation, d’une action. 3. (acception hors contexte). 4.Grande exactitude, rigueur intellectuelle

Austérité:

1. sévérité, rigorisme de moeurs, de comportement. Economie : Politique d’austérité , visant à la diminution des dépenses de consommation.

Les deux termes n’ont donc ni la même signification, ni la même connotation.

Tout économiste sérieux sait et dit, fût-il allemand, qu’une politique d’austérité a un effet récessif qui, à court terme, produit l’effet inverse de celui qui était recherché : bref, l’austérité est contreproductive.

En revanche, on remarque que la rigueur signifie d’abord, le sérieux, l’honnêteté et la constance dans l’effort. La rigueur n’a donc rien d’incompatible avec une politique de relance, elle exige cependant que chaque élément de cette politique soit financé, non seulement en montant mais aussi en maturité.

Les ressources nécessaires pour financer un « coup de pouce » au SMIC et des investissements d’infrastructure ne sont pas de même nature et de même durée. Le critère de financement est donc l’outil premier de sélection dans une politique de rigueur.

L’aspect stratégique d’une mesure est d’un autre domaine. La politique de rigueur n’est en effet pas un fin en soi. Elle est au service d’une stratégie. Mais savons-nous simplement ce que nous voulons ? C’est la question de bon sens à la base d’une stratégie. Car il est difficile de dessiner un itinéraire quand on ignore la destination. Ce que disait déjà Sénèque dans Lettre à Lucilius n°LXXI (version latineversion française) :

Ignoranti quem portum petat nullus suus ventus est (« Aucun vent n’est propice à celui qui ne sait vers quel port il va »)

Le débat politique sur Internet

Si, comme moi, vous lisez les informations sur Internet, surtout en ce jour de Brexit, n’avez-vous pas été frappés de la teneur des contributions des lecteurs, terme excessivement flatteur que j’emploie pour parler des commentaires. Et j’avoue y contribuer parfois.

Prenons donc un exemple sur le site du Point.fr. Aujourd’hui a eu lieu une jolie passe d’arme en Emmanuel Macron, qu’il est inutile de présenter, et Christian Eckert, Secrétaire d’Etat au budget beaucoup moins connu. L’enjeu en était l’ISF, sujet ô combien polémique mais qui n’est pas celui de cet article.

Je cite l’ensemble des contributions (en gras le titre, je ne mentionne pas le pseudo du commentateur, et je liasse les fautes de frappe, rares pour une fois)  :

Dynosore. Il ne sait pas encore que l’année prochaine il sera à la retraite

Entre les deux, qui est le plus intelligent ? Eckert n’a sûrement jamais quitté ses charentaises de fonctionnaire pour faire autre chose et en particulier une carrière dans le privé !

Les vieux pachydermes bolcheviques sont toujours la ! Il ne faut plus se demander pourquoi notre pays est dans un tel etat de délabrement financier et moral quand on entend les réflexions dogmatiques stupides de ces politiciens d’un autre temps capables de sortir de telles stupidités en 2016 !

Une très basse cour. Tout ce qui caquette et qui a des plumes devrait être banni du journal.

Ce type de contributions, massivement présent dans un hebdomadaire d’une réelle qualité qu’à titre personnel je lis avec intérêt et plaisir, est assez surprenant de la part de lecteurs censés être cadres ou retraités et a priori d’un bon niveau d’instruction ou d’éducation. Et ceci appelle plusieurs remarques :

  1. aucune réflexion sur le fond : l’ISF a comme tout impôt l’inconvénient d’exister, l’avantage de financer la dépense publique. Il serait intéressant de citer une analyse sérieuse du sujet.
  2. notons au passage que l’ISF pousse à l’exil fiscal, il n’est probablement pas le seul : l’impôt sur les sociétés est une cause majeure d’exil fiscal des entreprises
  3. des attaques ad hominem qui ne font pas réellement avancer le débat
  4. l’évocation des « bolcheviques » qui révèlent une structure mentale et une pensée politique datée de 1989, surprenant donc de voir ce type de lecteur en appeler à la modernité
  5. évidemment, une attaque en règle des « fonctionnaires », sources de tous les maux

Le débat politique ne vole donc pas très haut. En fut-il toujours ainsi ? Probablement. Mais je me rappelle des débats autrement plus intéressants autour du Traité de Maastricht en 1992 ou du projet de Constitution Européenne de 2005, preuve que nous en sommes capables. Alors quel est ce plaisir pervers de se présenter comme un imbécile ?

Idolâtrie de la croissance

La Croissance ou la légendaire Corne d'Abondance

La Croissance ou la légendaire Corne d’Abondance ?

 

La Croissance, notez la majuscule, est devenue une idole. Peuples et rois ne jurent que par elle. Pas un jour sans que son nom ne soit prononcé comme la solution de tous nos problèmes. Mais malheureusement, la Croissance n’est pas toujours là où on l’attend, aussi généreuse qu’on l’espère et semble trop souvent propices à d’autres peuples. Alors, on la conspue, on la méprise, on la nie et on lui dresse comme rivales de nouvelles idoles.

Car gare aux dieux qui oublient les Hommes car les Hommes les oublient. En lui octroyant sa victoire au Pont Milvius, le Christ n’a-t-il pas incité Constantin et l’Empire après lui à abandonner Jupiter, Mars et tout l’Olympe ? Cet exemple, dénué de prosélytisme mais non d’historicité, autorise à se demander s’il en est des dieux comme des idées ou plus généralement des paradigmes.

Car s’il est peu probable qu’Aphrodite existe, il faut espérer que la Beauté et l’Amour existent. A l’inverse, les guerres éclatent et éclateront que Mars ou Arès existe ou non. Mais ces idoles ont été oubliées parce que les Hommes ne savaient plus ce que signifiaient ces dieux, les histoires archétypales qu’ils vivaient et ce qu’ils nous disaient des Hommes. Il a manqué à ces dieux une « théologie » qui ne faisait pas défaut au christianisme.

Pour en finir avec cette métaphore religieuse, la Croissance n’est-elle qu’une idole, un slogan d’usage commode quand le politique doit dans les 90 s capter l’attention de l’électeur qui ensuite passe à autre chose ?

C’est le problème des termes trop communs voire banalisés : tout le monde croit savoir, bien évidemment ce qu’ils signifient, et tirent des conclusions qui ont quelques difficultés à être pertinentes compte tenu du point de départ erroné.

Un sondage d’il y a quelques années – dont nous avons malheureusement perdu la référence – montrait qu’une large majorité des sondés croyait que la croissance était celle du pouvoir d’achat. Dans ce cas, l’évocation du terme Croissance sonne un peu comme « Du pain et des jeux ! » car qui refuserait un pouvoir d’achat supérieur, quitte à ne pas l’utiliser ?

Nous entamons donc ici une réflexion sur la Croissance pour tenter d’y discerner sa signification, ses potentialités et ses incapacités. Et pour ce faire, il faudra bien repartir de sa définition. Les économistes chevronnés riront peut-être de ce rappel aux évidences mais d’une part, reprendre un problème à son point de départ n’est jamais totalement inutile, d’autre part, il y a moins d’économistes chevronnés qu’on ne le croit, surtout dans un pays qui lors d’un championnat de football compte 60 millions de sélectionneurs – bébés compris – ou qui lors de l’élection d’un Pape se découvre 60 millions de théologiens.

… à suivre

 

Les primaires, pernicieuses et non démocratiques

Toute l’action politique est centrée sur l’élection présidentielle, tout le monde le sait. Et les primaires ne font que renforcer cette obsession de façon pernicieuse et non démocratique.

Il faut admettre que depuis le passage au quinquennat, le Président de la République est quasiment assuré de disposer d’une Assemblée Nationale à sa main. Et cette Présidence est tant convoitée que toute vie s’arrête non seulement pendant la campagne mais pendant la campagne interne pour la campagne !

Avec le sens du service de l’Etat qui caractérise les partis politiques – depuis toujours, chez les Grecs et les Romains déjà, ne jouons pas les déclinistes -, les luttes intestines n’ont que la désignation du candidat pour objectif. Jadis, ils étaient prêts à tout pour devenir ministre et cette convoitise ne s’est pas calmée puisqu’un portefeuille de ministre donne une « épaisseur » politique qui permet de prétendre au statut de candidat à la Présidence. Il suffit d’observer la déliquescence interne d’EELV où les objectifs de carrière vont jusqu’à la Présidence même si ce type de parti ne peut en aucun cas y amener.

Bref, il s’agit comme souvent d’un « jeu » auquel on joue sans savoir pourquoi : le jeu politique est de conquérir la Présidence ? Alors jouons !

Un peu lucides tout de même et parce qu’il valait mieux éviter d’en arriver au duel au premier sang, un génie a un jour émis l’idée des « primaires ». Il bénéficiait pour cela d’un argument massue : la « modernité ». Et cet argument avait lui-même un argument de poids : on fait comme ça aux USA.

Signalons au passage que c’est pour la même raison qu’on est passé au quinquennat pour « faire moderne », même si la motivation profonde était l’envie incoercible de VGE de glisser une ultime peau de banane à Jacques Chirac. Que tout l’équilibre des institutions et donc leur esprit en fût chamboulé n’était plus que secondaire. VGE a vu les effets du karma – c’est une image – : son projet de constitution européenne, mal ficelé, illisible, a été rejeté. Ce qui a bien dû faire rire Chirac qui ne se prive jamais d’un bon moment.

Alors les primaires ? LR les a prévues et elles commencent bien avec 5, 6 … ou 9 candidats, on ne sait plus. Et certains reprochent déjà à Sarkozy de tricher comme si cela risquait de nuire à son sommeil. Et bingo ! Le PS va s’y mettre. perdu pour perdu autant savoir qui va pouvoir se positionner pour 2022. Bien sûr, puisque l’élu de 2017 aura tout promis, il décevra tous les électeurs, sauf les fanatiques heureusement peu nombreux, et ceux beaucoup plus nombreux qui ne reconnaîtront jamais s’être trompé en votant pour un démagogue pareil. En 2022, il aura donc une alternance et une alternance à l’alternance en 2027.

Or ce mécanisme des primaires est particulièrement pervers. Donne-t-il la parole au peuple ? Il faut payer les frais d’organisation, certes minimes, mais c’est un retour discret du suffrage censitaire sur le critère de l’argent. Et seuls ceux qui s’intéressent à la politique et prétendent y comprendre quelque chose iront voter, et on retrouve également le suffrage censitaire sur la base du diplôme. Démocratie avez-vous dit ?

Ce mécanisme crée ne outre des candidatures biaisées.

Je ne peux m’ôter de l’idée qu’en 2007, Ségolène Royal n’était pas la candidate qui donnait le maximum de chance au PS – ce qui en soi ne me gêne pas -. Et c’était tellement vrai que l’appareil l’a soutenue du bout des lèvres. Comment donc a-t-elle remporté les primaires ? Parce que selon les sondages, elle était la meilleure candidate. Or qui paie ces sondages ? Le PS ? Non il s’agit de sondages commandés par des organes de presse qui ont montré ensuite une douce inclination pour Nicolas Sarkozy, candidat indiscuté de son camp quant à lui. Sarkozy aurait-il discrètement et indirectement choisi son adversaire ? Ce n’est pas de la théorie du complot. N’oublions pas le proverbe d’auteur inconnu : « ce n’est pas parce que tu es paranoïaque qu’il n’y a pas quelqu’un qui te suit dans la rue ».

Et si les candidatures ne sont pas biaisées, le résultat du vrai suffrage démocratique et institutionnel en est marqué de façon indélébile. Prenons le cas des primaires actuelles. Si la tendance actuelle se maintient, c’est-à-dire sans évènement majeur, ce qui est osé à la veille d’un possible Brexit :

  • le FN se qualifiera mais n’a aucune chance de l’emporter au second tour
  • le PS arrivera difficilement en seconde place au 1er tour : aucune personnalité ne peut ratisser aussi large que François Hollande qui semble mal engagé – preuve en passant que les primaires du PS ne servent qu’à prendre date pour 2022 –
  • donc le second tour se jouera entre le vainqueur de la primaire de droite et le FN

La primaire de droite donnera donc très probablement le nom du Président de 2017. A un détail près. Si Sarkozy l’emporte – et il fera tout pour cela -, il peut perdre contre Hollande – et lui seulement -. Sarkozy avait en effet ratissé au plus large en 2007 en convainquant l’électorat centriste – je ne dis pas le « centre » car il n’existe plus – et en réussissant le grand écart en attirant les voies d’électeurs potentiels du FN, ce qui lui avait fait clamer un peu prématurément qu’il « avait tué le FN ». Or les faits ont montré qu’à cet égard, il avait eu moins de réussite que Mitterrand avec le PCF. Mais il faut admettre que Mitterrand avait été aidé par l’Histoire – la vraie – qui s’était exprimée par la chute du bloc communiste qu’aucun expert n’avait d’ailleurs entrevue. Sarkozy pourra-t-il ratisser aussi large ? Bon nombre d’électeurs centristes ne voteront plus jamais pour lui. Et désormais, à l’autre bout du spectre, certains auront moins de scrupules à voter pour Marine Le Pen que pour son père ou à préférer l’original à une copie qui n’a toujours pas trouvé le bouton « allumage » de son Kärcher.

Les primaires sont donc une très mauvaise idée. Il existe en effet un premier tour dont c’est le rôle et il vaudrait à la limite mieux prévoir une élection à trois tour que cette officialisation hypocrite des manoeuvres d’appareil.

En conclusion, j’irai voter aux primaires parce qu’il le faut. Mais ce système est un déni de démocratie et ne fait que prolonger dans le temps l’obsession présidentielle qui empêche de gouverner.

Zemmour, Vichy et les Juifs

J’aime bien Eric Zemmour et le lynchage médiatique dont il fait l’objet me semble injustifié.

Je ne suis pas allé plus loin que la page 88 de son « Suicide français ».

Pourquoi la page 88 ? J’ai fait en fait comme tout le monde : je me suis arrêté à son évocation de Vichy et des Juifs. Pour moi ce fut par manque de temps. Pour d’autres parce que cette page leur a permis d’hurler au scandale en s’épargnant de lire la suite. C’est assez commode car ça permet d’émettre un avis autorisé à moindre coût. Un peu comme la madeleine de Proust. La citer peut faire croire qu’on a lu Proust. Or pour avoir craqué entre la madeleine et la description de l’église de Combray, je sais bien que c’est au tout début de la Recherche. On ne me la fait pas moi, Monsieur !

Je n’y ai pour ma part pas trouvé d’horreurs. Zemmour évoque la mécanique qu’a enclenchée le livre de Robert Paxton – que j’avais lu en son temps – et pose, maladroitement peut-être, la question de la faible proportion de Juifs français déportés – pour les étrangers, c’est une autre histoire plus dramatique -. Vichy aurait-il involontairement protégé les Juifs français ? Que ce soit volontaire, l’hypothèse n’est pas même envisagée mais avoir simplement posé la question a suffi à la damnation médiatique de Zemmour.

Or au hasard de mon « surf » sur Wikipedia, je lis l’article Pertes humaines pendant la Seconde Guerre Mondiale et je compare deux chiffres.

En Allemagne, la population juive avant guerre était de 566 000 personnes. l’estimation moyenne de victimes juives est de 139 000 soit environ 25%. En France les chiffres sont respectivement 260 000 et 76 000 soit une proportion de 29% de victimes environ.

Ceci reviendrait-il à dire que l’Allemagne a mieux protégé les Juifs que Vichy ? Compte tenu de cette conclusion aberrante, il me semble que le constat de Zemmour est non significatif et donc toute analyse subséquente non pertinente.

La France aurait tué des enfants-soldats en Syrie

Selon un article de La Croix de ce jour :

« L’Observatoire syrien pour les droits de l’homme (OSDH) accuse les frappes françaises en Syrie du 27 septembre d’avoir tué 12 « enfants-soldats ». » (lire la suite sur le site de La Croix)

Dans « enfants-soldats », il y a « soldats ». Or d’évidence, des soldats meurent à la guerre. Et c’est un moindre mal quand ils sont les seuls à y mourir.

Les vrais coupables sont ceux qui font d’enfants des soldats : ils savent pertinemment qu’ils les envoient à la mort. Ce sont les mêmes qui comptent sur notre humanité en se retranchant derrière des « boucliers humains ».

Les tuer sciemment serait discutable même si ces « enfants-soldats » n’auraient probablement pas de scrupules. Les tuer par erreur ne peut être considéré comme une faute.

Les dix commandements de la réconciliation (Cardinal Daneels)

  1. Nous accepter nous- même tels que nous sommes, avec joie
  2. Prendre en compte ce que nous avons reçu plutôt que ce que nous qui-nous manque
  3. Remercier plutôt que de se plaindre
  4. Dire du bien des autres et le dire à haute voix
  5. Ne jamais se comparer aux autres : une telle comparaison ne conduit qu’à l’orgueil, et à la désespérance, sans rendre heureux.
  6. Vivre dans la vérité sans craindre d’appeler bien ce qui est bien et mal ce qui est mal
  7. Résoudre les conflits par le dialogue et non par la force : garder en soi les rancœurs ne peut qu’enfermer dans la tristesse.
  8. Dans ce dialogue, commencer avec ce qui rassemble, et n’aborder qu’après ce qui divise.
  9. Faire le premier pas de la réconciliation avant le soir.
  10. Être persuadé que pardonner est plus important que le fait d’avoir raison.

Guerre commerciale avec la Chine

L’Europe, pour une fois unie, a décidé de surtaxer les importations de panneaux solaires chinois. La Chine riposte et s’en prend à ses importations de vin.

Peu importe, nous savons fabriquer des panneaux solaires, ils sont juste plus chers. Les Chinois ne sont pas près de savoir faire un Haut-Brion, une Romanée-Conti ou un Château-Yquem.

Quand les Européens, les Français, auront compris que tout a un prix, la qualité en particulier, la Chine ne sera plus qu’un « tigre de papier ».

Primaires parisiennes

On assiste actuellement à une polémique étrange fondée comme souvent sur une distorsion de langage.

NKM s’est exprimée lors du vote à l’Assemblée. Quelques soient ses déterminations, elle est libre de le faire.

Les anti-mariage homo veulent faire barrage à NKM dont le vote a déplu. C’est également leur droit. Mais on leur reproche de faire le jeu de la gauche en favorisant la désunion à droite.

Donc on reproche aux opposants au mariage homo de ne pas suivre la politique d’appareil en oubliant au passage que NKM n’a pas lors du vote à l’Assemblée suivi le vote commun à la plupart des élus de droite.

Preuve que les partis politiques aimeraient énormément se passer des électeurs. Mais faute de prendre en compte l’avis des électeurs, il devient difficile de parler de démocratie.

Preuve également que certaines positions dépassent le clivage gauche-droite imposé par les partis politiques pour préserver leur fond de commerce.

Mais « tout est politique » disait le slogan des années 60. Et c’est vrai car tout ce qui dépasse la sphère non seulement privée mais strictement personnelle est du ressort du collectif.

Il faut donc agir en conséquence et se réapproprier son vote pour exprimer, non plus son appartenance à un prétendu camp, mais ses convictions.

Des crises en général, de celle-ci en particulier

Une des chaines documentaires du câble diffuse régulièrement une brève rétrospective des journaux télévisés de 20h des années 60 à nos jours. La phrase « devant l’aggravation de la crise » revient avec une régularité d’autant plus surprenante qu’on l’entend même dans des émissions de la célèbre période des « Trente Glorieuses » donc avant le choc pétrolier consécutif à la Guerre du Kippour de 1973. Faut-il nier pour autant la crise actuelle ? Certainement pas. Mais il semblerait qu’il existe des crises dans la Crise séparées par des périodes de rémission relative, constatées uniquement a posteriori.

En fait, qu’est-ce qu’une crise ? C’est un changement d’état dont la brutalité engendre tensions et souffrances diverses. En résumé, il n’y a crise que lors qu’un paramètre change brutalement, que ce paramètre soit un prix (pétrole par exemple), un ratio (endettement) ou un changement de statut (crise politique). Pour éviter une crise, il faut donc chercher la régularité et les évolutions douces. Or le contexte des sociétés, c’est-à-dire la complexité de leurs interactions internes et externes, ne peut en aucun cas garantir cette stabilité : c’est en effet un contexte « chaotique » selon la terminologie mathématique (voir le post « Le Papillon de Rio » du 27 juin).

La seule solution pour prévenir les crises est la mise en place de mécanismes régulateurs voire amortisseurs. On pourrait les appeler « contracycliques » si les théories des cycles économiques étaient mieux qu’empiriques. Mais faisons fi de cette réserve.

Or qu’observe-t-on ? En période de croissance relative, l’appétence pour plus de croissance enclenche un emballement qui débouche sur … une crise. L’exemple de la bulle immobilière américaine alimentée par la politique monétaire d’Allan Greenspan est, je l’espère, dans toutes les mémoires. Et a contrario, en période de récession, la tendance sera aux économies, donc aux licenciements, et globalement à toutes les frilosités qui entretiennent savamment une récession.

Faut-il donc être laxiste ? Que nenni ! Il faut plutôt transférer les périodes de gestion rigoureuse sur les périodes fastes et relâcher la pression en période de crise.

En période faste, les restructurations toujours nécessaires peuvent être envisagées pour un coût moindre, tant au plan financier qu’humain. Le coût de la formation, de la restructuration venant en déduction du résultat positif est en effet déduit des impôts. En outre, les licenciements éventuels sont moins douloureux pour le salarié, et pour la protection sociale, dans un contexte de croissance.

A contrario, en période de récession, demander des efforts à des salariés qui ne sont même pas sûrs d’en bénéficier est moralement discutable et inefficace puisqu’en période difficile, chacun pense encore plus que d’habitude à son intérêt propre plutôt qu’à celui de son entreprise.

Ces remarques valent pour tous les salariés, managers y compris. En période faste lors d’une fusion, le cadre en doublon peut quitter l’entreprise avec une indemnité réconfortante et la perspective d’un redémarrage. En période difficile, ce même cadre passera plus de temps à sauver son poste, j’allais dire sa peau, qu’à participer à la réussite de la restructuration.

Ce constat semble évident et de bon sens et je suis preneur de contre-arguments. Et pourtant, c’est l’inverse qui se produit. Pourquoi ? Une explication simple en est la paresse intellectuelle et l’inertie. « Quand les choses vont bien profitons-en et croisons les doigts pour éviter la crise » est le principe de gestion le plus largement répandu et accepté bien qu’il ne fasse l’objet d’aucun enseignement dans les business schools, explicitement du moins.

Mon post précédent pouvait être pris comme une pique contre l’Islam. Alors je vais essayer de me racheter. En Islam, la « Grande Guerre Sainte  » (djihad al-akbar) est la guerre spirituelle (les chrétiens parlent plutôt de « combat spirituel ») qu’il faut mener pour s’améliorer et améliorer le monde. Tout le monde connaît malheureusement la « Petite Guerre Sainte » (djihad al-ashgar) que mènent certains musulmans sans grande imagination ni ambition quant aux desseins d’Allah.

Alors même en période de paix menons la « Grande Guerre Sainte » de la croissance. En période de lutte économique, il sera temps de relâcher la pression pour l’unité sociale, seul remède durable aux crises.

L’Islam est-il inexorable ?

Chahada. Confession de foi en l'Islam

Chahada. Confession de foi en l’Islam

Il ne sera pas ici question de civilisations, de leurs chocs éventuels, supposés ou niés mais de simple mécanique. Tout le monde peut devenir musulman mais il est impossible d’en sortir à la manière des étoiles dans le trou noir cosmique. L’islam est-il inexorable ?

Pertinence de la notion de « conversion à l’Islam »

Précisons d’emblée que l’Islam se considère inexorable. Il y a en effet un malentendu général au sujet de la notion de conversion. En effet en Islam, la notion de conversion « entrante » a peu de sens car l’Islam se considère comme la condition naturelle de l’Homme. Il s’agit donc d’un retour à un état originel béni et non d’une conversion au sens chrétien. Dans la logique islamique, comment comprendre qu’on puisse quitter l’Islam sans quitter sa condition d’homme authentique ? Ce qui constitue une première justification de la peine de mort pour apostasie.

Conversion aux différentes religions

Considérons pour simplifier le schéma qu’il y a quatre grandes religions, en ce qui concerne leurs effectifs, plus l’athéisme (en y incluant l’agnosticisme et l’indifférence). L’approximation ne nuit en rien au raisonnement. Les religions retenues seront le christianisme, l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme.

Christianisme

Devenir chrétien est de plus en plus difficile (voir ce lien comme information non comme tentative de prosélytisme), le processus qui mène au baptême est long voire décourageant. Passons outre le fait que les catholiques rechignent désormais à convertir ce dont ne se privent pas les évangéliques. Sortir du christianisme est au contraire très facile et nos contemporains ne s’en privent pas.

Hindouisme

Devenir hindou est très difficile puisqu’il faut être né en Inde de parents hindous et qu’il vaut mieux mourir en Inde également. Ce que font de plus en plus de gens, non pas qu’il y a un flot de conversion à l’hindouisme mais parce que la population de l’Inde augmente. Vous l’aviez tous remarqué. Notons au passage qu’être disciple d’un gourou hindou ne fait pas de vous un hindou.

Bouddhisme

Devenir bouddhiste est très facile mais l’est-on vraiment puisqu’on peut aussi bien l’être sans l’être tout à fait. En fait pour le bouddhisme tout est illusion par conséquent la notion de conversion n’y a aucune pertinence, comme celle d’apostasie d’ailleurs. Je caricature à peine. Il y a bien une formule de conversion au bouddhisme : « Je prends refuge dans le Bouddha. Je prends refuge dans le Dharma. Je prends refuge dans le Sangha. » Le Dharma signifie ici mon état au sens où les chrétiens naguère entendaient le « devoir d’état », notion largement démodée (à tort ?). Le Sangha est la communauté des croyants.

Islam

Devenir musulman est très facile (voir ce lien avec le même regard que le précédent, comme information non comme tentative prosélyte). Il suffit de proclamer la « chahada » devant témoins, musulmans de préférence, mais ce n’est même pas obligatoire. Et la sortie de l’Islam est théoriquement impossible, en pratique punie de mort. Donc faites attention de ne pas dire trop de bien du Prophète devant vos deux amis Noureddine et Djamel le dernier soir où vous aurez trop bu avant d’être devenu musulman par inadvertance. Je plaisante mais je ne devrais pas, on se prend une « fatwa » pour moins que ça.

Athéisme

Devenir athée est le plus facile : il suffit de ne rien faire. Certes des esprits compliqués cherchent à se faire radier des registres du baptême … Mais la pratique montre que même les athées (ou agnostiques) les plus convaincus, quand vient l’ « heure suprême », bref la mort, sentent comme une légère inquiétude dans le creux de l’estomac voire de l’âme et s’empressent de faire le « pari de Pascal » sachant que dans son infinie miséricorde le Christ a pris ardemment la défense des « ouvriers de la 11e heure ». Mais est-on vraiment « athée confessant » ?

Conclusion mécaniste en forme de défi dialectique

Donc en terme de mécanique, l’hindouisme est hors périmètre en tant que système isolé, le bouddhisme et l’athéisme sont trop volatils pour être mesurés, le christianisme est de type ouvert et perd son contenu. L’islam quant à lui ne peut qu’augmenter puisque que l’entrée y est facile et que la sortie en est impossible.

Donc l’Islam est inexorable.

Si cette conclusion vous déplaît, vous avez toute licence pour réfuter mon raisonnement.

Si elle vous enchante, ne vous enthousiasmez pas trop, cette conclusion est très certainement réfutable.

Enfin, si vous ne comprenez rien au second degré, je ne peux rien pour vous.

Bâle III. Résultat des tests au 31 décembre 2011

Traduction libre mais fidèle du communiqué de presse de la BIS du 20 septembre intitulé « Quantitative impact study results published by the Basel Committee« . NB : pour ceux qui ne sont pas habitués à cette notation, qui devrait pourtant être standard, 1 G€ = 1 milliard d’€.

Le Comité de Bâle a publié aujourd’hui les résultats de son exercice de simulation de Bâle III. L’étude se fonde sur le processus de reporting précis établi par le Comité afin de vérifier périodiquement les conséquences des contraintes de Bâle III pour les marchés financiers.;  les premiers résultats basés sur les données de juin 2011 ont été publiés en avril 2012. 209 banques au total ont participé à l’étude, 102 banques du Groupe 1 (capital Tier 1 capital supérieur à 3 G€ et activités internationales) et 107 banques du Groupe 2 (les autres banques).

La mise en place de Bâle III autorise une phase de transition dans l’implémentation des nouveaux standards, cependant l’exercice de simulation suppose la mise en place de la totalité des prescriptions de Bâle III sur la base des données du 31 décembre 2011 (…). Aucune hypothèse n’a été formulée quant à la rentabilité des banques ou à d’éventuelles options stratégiques telles que modification du capital ou recomposition du bilan. Pour cette raison, les résultats de l’étude ne peuvent être comparées aux estimations du secteur bancaire lui-même.

Sur la base des données du 31 décembre 2011 et en appliquant les changements de définition du capital et de la pondération des risques par classe d’actifs, la ratio Tier1 capital (CET1) du Groupe 1 ressort à 7.7%, à comparer avec l’exigence minimum de 4.5% de Bâle III. Afin que l’ensemble des banques du Groupe 1 atteigne cette exigence minimum de 4.5% une augmentation du CET1 de 11.9 G€ est nécessaire. La pénurie de capital monte à 374.1 G€ pour atteindre le niveau cible de 7.0% de CET1 (en incluant le « capital conservation buffer » – NDT : je ne me risque pas à traduire); ce montant inclut la surcharge pour les banques « systémiques » dans les cas où elle s’applique. A titre de comparaison, le total des profits après impôts et avant paiement du dividende était de 356 G€ en 2011 pour les banques du Groupe 1. Par rapport à la simulation de juin 2011, la pénurie de CET1 a diminué de 26.9 G€ au regard de l’exigence minimum de 4.5% et de 111.5 G€ au regard du CET1 cible de 7%.

En ce qui concerne les banques du Groupe 2, le ratio CET1 moyen s’élève à 8.8%. Pour atteindre le nouveau ratio CET1 de 4.5%, le capital supplémentaire nécessaire est estimé à 7.6 G€ et à 21.7 G€ pour atteindre le ratio cible de 7%. Pour mémoire, la somme des profits après impôt et avant distribution des banques du Groupe 2 a été de 24 G€ pour 2011. …

Quelques commentaires rapides :

1/qui peut se représenter ces montants vertigineux ? le spectateur du journal de 20h, statistiquement moyen, donc non nécessairement médiocre, entend « 374 milliards d’€ ». Combien ne visualisent encore que les francs ? Cette somme représente environ 2450 milliards de francs. Et parmi eux, combien font-ils la conversion implicite en anciens francs ? Et là la somme représente 245 000 milliards de centimes, 245 millions de millions de centimes. Ce n’est pas anodin. Les représentations mentales de l’électeur ou du citoyen ne correspondent plus aux montants en jeu. A contrario, celui qui entend « 374 milliards d’€ » peut parfaitement se représenter cette somme en centimes et comprendra implicitement soit 57.1 M€. Je crains qu’en fait plus personne ne se comprenne.

2/ mais ces montants sont-ils ausi vertigineux que nos représentations ? le communiqué de presse de la BRI laisse entendre que le déficit en capitaux propres est pratiquement égal au montant des bénéfices avant distribution. Il semble donc que la solution soit simplissime : les banques suspendent la distribution du dividende pendant un an, mettent les profits dans leur report à nouveau comptable qui fait bien partie du Tier 1 et le tour est joué. Il est même envisageable pour ne pas traumatiser les actionnaires d’étaler cette mesure sur deux ou trois ans.

3/ le manque de fonds propres pour vertigineux qu’il paraît semble donc assez aisé à pallier puisqu’il n’est même pas nécessaire ne procéder à un appel de fonds aux actionnaires actuels ou nouveaux

A moins que les éléments fournis par les banques ne cachent la réalité …

A moins que les banques ne soient pas en mesure de connaître réellement leur situation …

Deux hypothèses qui n’ont rien de fantaisiste : nous y reviendrons.

La Belgique et l'avenir de la francophonie

Et après tout si l’exil massif de nos riches contribuables français vers la Belgique était porteur d’avenir ? Je vous vois froncer les sourcils mais je vous demande un peu de patience au long de mon raisonnement. Je signale au passage que je connais bien la Belgique et que j’aime beaucoup les Belges qu’ils soient flamands ou wallons (je devrais sinon renier 90% de mon arbre généalogique …)

Il est clair que la Belgique est divisée sur la question linguistique. les néerlandophones de Flandres considèrent qu’ils financent en pure perte la Wallonie en crise permanente et incapable de se renouveler. Ne les accusons pas de mesquinerie, le nord de l’Italie a la même attitude vis-à-vis du Sud, à ceci près qu’il n’y a pas plus de Camorra à Namur que de Mafia à Liège. Ceci illustre en tout cas qu’il est plus facile de manifester sa solidarité dans la rue que dans sa déclaration de revenus.

Et du côté wallon, le parti « rattachiste » (rattachement à la France) connaît une audience plus que symbolique, croissante dans tous les cas de figure. Ils se disent qu’en France on est en mesure de connaître leurs difficultés qui sont celles de la Lorraine et du Nord-Pas-de-Calais (au passage ce serait plus joli d’appeler cette province « Flandre-Artois » mais qu’elle ne se plaigne pas, les Provençaux vivent désormais en PACA !).

La réelle pomme de discorde est Bruxelles. La ville est indiscutablement francophone mais encerclée de banlieues plus ou moins néerlandophones qui cherchent à boucler totalement le périmètre. Quel est donc l’intérêt de la France « dans tout ce bazar » comme on dit en Belgique ?

La langue anglaise s’impose de plus en plus dans les discussions réelles des instances internationales, Commission Européenne incluse. Le français n’est plus la langue diplomatique qu’il fut aux XVIIe et XVIIIe siècle (Leibniz, éminent philosophe et scientifique allemand écrivait en français, ce qui rend d’ailleurs inexcusable la caricature que Voltaire fait de sa pensée dans Zadig).

Laissons donc les Belges néerlandophones prendre leur indépendance ou rallier les Pays-Bas, ouvrons les bras aux Wallons et faisons de Bruxelles une capitale européenne au statut similaire à Washington DC. Pour lui donner plus de poids, laissons le Parlement européen quitter Strasbourg. Fonctionnaires et parlementaires européens seront bien obligés de parfaire leur français au moins pour leur vie quotidienne. Et la langue française retrouvera une place de choix dans les échanges internationaux.

Au moins nos riches exilés renforcent le poids de la francophonie en Belgique : les néerlandophones n’achèveront leur encerclement ni à Ixelles, ni à Uccle.

Simple plaisanterie que ce post ? A vous de voir.