Onfray et le « judéo-christianisme »

Décadence (Michel Onfray)

Le 11 janvier, paraîtra le nouvel opus de Michel Onfray, Décadence.

Je ne l’ai donc pas encore lu donc je n’en ferai pas de critique a priori mais Le Point de cette semaine lui consacre sa une et un dossier solide. Et un terme récurrent apparaît qui m’énerve prodigieusement tant il est erroné, le fameux « judéo-chrétien ».

Le christianisme est juif

Le christianisme s’est pendant longtemps considéré comme l’héritier d’Israël et de son Alliance avec Dieu. Le Croix accomplissait la Loi et les Prophètes. Chrétiens, nous étions donc plus juifs que les Juifs. 

Après la Shoah, cette position a paru plus compliquée à tenir. Vatican II voulait parler des Juifs et n’a pas trop su dans quelle déclaration en parler. Ce sort n’a d’ailleurs pas été réservé aux Juifs, il en est allé de même de la Vierge Marie qui a finalement atterri dans Lumen Gentium, constitution dogmatique sur l’Eglise.

A donc été rédigée une déclaration, Nostra Aetate, sur les religions non-chrétiennes où le judaïsme voisine avec Islam, Hindouisme et Bouddhisme, ce qui a mon sens n’honore pas le statut de « frères aînés » de nos frères juifs puisqu’on les range avec nos amis.

Le christianisme est grec

Saint Paul se désole à longueur d’épitres que les Juifs refusent le message du Christ lui qui revendique haut et fort son judaïsme. Par mission plus que par dépit, il évangélise donc les Grecs.

Dès les Actes des Apôtres, existent d’ailleurs deux communautés : les Hellénistes, grec convertis, et les Judéo-Chrétiens, juifs convertis, dont les relations ne sont d’ailleurs pas toujours idylliques. Et les Judéo-Chrétiens, l’Eglise de Jérusalem autour de Saint Jacques, sera balayée par l’Histoire.

Finalement, c’est le christianisme éclairé, formalisé par la philosophie grecque, mouvement initié par Saint Justin dès le début du IIe siècle, et donc rendu compréhensible aux non-Juifs, les Gentils ou païens, qui l’emporte.

Une tarte à la crème

Le christianisme proclame « un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1 Co 1,23) mais réussit néanmoins la synthèse.

Le christianisme est donc judéo-grec. Et notre société occidentale est judéo-greco-latine puisque l’Eglise d’Occident se coule dans le moule de l’Empire romain, de son droit en particulier.

Bref qu’on arrête de nous bassiner avec ce « judéo-chrétien » qui ne veut rien dire d’autre que « judéo-judéo-grec » … Exactement, comme « aujourd’hui » veut dire « au jour d’aujourd’hui » puisque « hui » vient du latin « hoc » qui signifie « aujourd’hui » !

Retour à Onfray

Michel Onfray a, depuis son Traité d’Athéologie en particulier, montré son refus de la religion chrétienne. De nombreuses digressions intimes expliquent d’ailleurs sa rupture avec le christianisme.

Mais là n’est pas la question. Il faut avant tout se rappeler le tropisme nietzschéen d’Onfray. Or pour Nietzsche, l’Occident est entré en décadence, philosophique du moins, à partir de Socrate.

Il y a donc toute une famille de pensée pour laquelle rien ne s’est fait de bien depuis Parménide et Héraclite et puisqu’on ne dispose que de fragments de ces présocratiques, que leurs oeuvres complètes devaient être belles ! Heidegger s’y rattache d’ailleurs pour une part. Pour cette famille donc, Platon, Aristote, passons évidemment Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, Descartes, Kant et de tout aussi illustres sont donc renvoyés aux oubliettes de la pensée.

Une espèce de meurtre du Père généralisé qui permet peut-être de se poser plus facilement en constructeur. Ne dit-on pas que Néron voulait brûler Rome (même si l’Histoire l’a depuis innocenté) pour la reconstruire encore plus belle ?

Je préfère Alfred North Whitehead qui disait  « La caractéristique la plus évidente de la tradition philosophique européenne est qu’elle consiste en une série de notes de bas de page de Platon » (The safest general characterization of the European philosophical tradition is that it consists of a series of footnotes to Plato).

Je crois en effet qu’on voit plus loin en grimpant sur « l’épaule des géants » qu’au sommet d’un tas de gravats fumants.

Vive l’individualisme ?

Vive l'individualisme ? L'autre individualisme (Alain Laurent)Nous sommes tous des sujets pensant à partir de nos sensations et émettant actes et paroles perçus par les autres qui sont autant de sujets pensants. Nous sommes donc tous en quelque sorte mécaniquement égocentrés sinon égocentriques.

Et ce positionnement comme centre de l’univers de nos perceptions, et non de l’univers tout court, fait de chacun un individu isolé mais non nécessairement solitaire.

Si l’individualisme, c’est considérer comment JE peux apporter à la collectivité et comment la collectivité peut M’aider, ce n’est plus de l’égoïsme. S’enrichir par l’autre et enrichir l’autre ne sont pas incompatibles et peuvent être aussi individualistes qu’ils sont altruistes.

En revanche un individualisme captateur, centripète vit une forme d’assistanat puisqu’il dépend entièrement de l’autre. Un individualisme fort et prêt à la réciprocité est nécessaire aux échanges qui font d’un ensemble d’individus une société.

Alors vive cet individualisme-là ?

Une interview de l’auteur dans Le Point

Réhabiliter un certain individualisme est l’objectif de L’Autre individualisme, anthologie de textes présentés par Alain Laurent qui explique sa démarche dans l’article Vive l’individualisme ! du Point.fr de ce jour :

En psychologie, [l’individualisme] est un comportement indépendant et autonome, le contraire du suivisme. En politique, la valorisation de l’initiative privée, la volonté de privilégier le développement des droits et des responsabilités de l’individu – par opposition au collectivisme. C’est l’application de la fameuse devise d’Emmanuel Kant : oser penser par soi-même. Quoi de plus stimulant et salutaire en ces temps de manipulation de masse sur Internet ? Or aujourd’hui, l’individualisme est défini uniquement comme l’impérialisme du moi, l’égoïsme, le repli sur soi. (voir la suite sur Le Point.fr)

L’Eglise et l’individualisme

On peut être en désaccord avec l’auteur quand il avance que « L’Église catholique autant que le communisme ont combattu l’individualisme ». Certes, l’individualisme est incompatible avec le totalitarisme qu’il soit nazi ou communiste mais ce cousinage insinué de l’Eglise avec un totalitarisme est pour le moins désagréable.

Pour l’Eglise, l’individu a en effet une valeur sacrée puisqu’elle proclame l’égale dignité de chacun en soi et non dans ce qui fait sa valeur pour la collectivité. Cette valeur de l’individu qu’elle appellera plutôt la « personne humaine » vient de sa création à l’image de Dieu et de l’amour que Dieu porte à chacun. Il me semble donc qu’il y a contresens et à tout le moins une méconnaissance de l’Eglise.

En revanche, l’Eglise combat l’individualisme quand il devient égoïsme oublieux de l’amour dû au prochain comme à Dieu ou s’il sert de justification à la rupture avec cette communauté de l’Eglise à laquelle chaque baptisé appartient. C’est donc l’individu en rupture de relations qu’elle condamne non l’individu en soi.

Penser par soi-même

Mais, on comprend mieux cette ambiguïté quand dans la suite de l’entretien il insiste : « les religions communient toutes dans l’exécration du penser par soi-même ». Or à ma connaissance, Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin ont bel et bien pensé par eux-mêmes et l’Eglise n’a pas toujours refusé les idées nouvelles.

C’est même le statut d’une hérésie qui nous le démontre : que des idées nouvelles aient été refusées prouvent que d’autres ont été acceptées. La Révélation du Nouveau Testament ne constitue en rien un catéchisme dogmatique et les esprits rationnels et philosophiques des premiers Pères à compter de Saint Justin ont ressenti le besoin de préciser des notions.

On peut ainsi dire sans craindre le bûcher que si la Trinité et la double nature du Christ ont été admis comme dogmes, leur formulation a été une nouveauté concurrente d’autres formulations, les hérésies, qui ont été considérées comme erronées après débats et vote majoritaire (ce qu’on oublie toujours).

Donc penser par soi-même, l’Eglise l’admet parfaitement. Quand cette pensée individuelle permet une meilleure compréhension de la Révélation, de la nature de l’Homme ou de Dieu ou des actions les plus appropriées – la Morale si démodée -, elle peut même s’inscrire dans la Tradition. Car la Tradition chrétienne est tout sauf statique puisqu’elle est déploiement et explicitation de la Révélation dans l’Histoire.

Liberté de penser

Il y a, ce me semble, une confusion sur la liberté de penser. Ai-je le droit de penser ce que je veux ? Qu’en dit la science ?

J’ai le droit imprescriptible de penser que 2+2=5 mais je me trompe. Et en contrepartie de ce droit à l’erreur, d’une part, je ne peux imposer cette croyance erronée et, d’autre part, je dois en subir les conséquences. Je dois donc  accepter de payer deux viennoiseries à 2€ chacune pour un total de 5€ à mon pâtissier mais je ne peux lui demander de m’en donner 5 si je lui en demande 2 fois 2. Absurde cet exemple ? Autant que penser par soi contre la vérité.

Les religions ne font rien d’autre que la science en matière de vérité.

Un musulman qui considérerait que Mohammed n’est pas le prophète d’Allah pourrait-il se prétendre musulman ? On connaît d’avance la réponse d’un djihadiste mais le musulman le plus modéré aurait la même.

Un chrétien qui pense que le Christ n’est pas le Fils de Dieu ne peut plus être considéré comme un chrétien.

Que diriez-vous d’un professeur de mathématiques qui soutiendrait qu’un carré n’a pas 4 côtés égaux ou oublierait qu’il doit comporter un angle droit ?

Les religions quand elles ne sont pas vues sous l’angle du fondamentalisme ne sont donc pas plus dogmatiques que la science. Religions et sciences ne sont que l’histoire des erreurs évitées.

A charge des religions, il faut admettre que les erreurs des unes ne sont pas nécessairement celles des autres. Mais les sciences, humaines en particulier, sont-elles indemnes de ce type de débat ? Je n’en suis pas si sûr : il suffit de considérer par exemple le long débat sur les origines de l’autisme entre psychanalystes et neurologues.

Religions et sciences sont donc une longue quête patiente de la vérité. La différence est que les religions croient connaître le terme de cette recherche.

L’Histoire cependant nous montre que les religions erronées finissent pas disparaître. Au risque de vous attrister, je vous informe par exemple que ce n’est pas un certain Poséidon qui provoque les tempêtes.

Et c’est ici que nous revenons à la notion d’un individualisme fort. Penser par soi-même dans l’Eglise suppose une bonne connaissance de base et l’audace d’affronter 2000 ans de maîtres. Car défier Saint Augustin et Saint Thomas peut sembler téméraire mais pourquoi pas ? Rien ne dit qu’ils soient des maîtres définitifs : la preuve en est qu’ils ne sont pas toujours en accord. Encore faut-il les connaître, comprendre de quoi ils parlent.

En revanche, le petit individualisme se cantonne à son point de vue restreint, à sa petite logique propre et à sa connaissance limitée, ce qui fait de sa pensée une simple opinion : « je crois que 2+2=5 ».

Histoire du Louvre, une somme remarquable

Histoire du Louvre, une somme remarquableUn article de Didier Rykner dans La Tribune de l’Art dresse un commentaire élogieux de l’Histoire du Louvre en 3 volumes publiée par Fayard le 28 septembre.

C’est une somme remarquable que viennent de publier les éditions Fayard et le Musée du Louvre. Rien de moins, en trois tomes, 1992 pages et 1300 illustrations, qu’une « Histoire du Louvre » qui restera longtemps, sans aucun doute, l’ouvrage le plus complet et le plus savant sur ce sujet. Ajoutons que ces trois volumes restent maniables grâce à un format moyen qui permet de les tenir en main sans trop d’effort, ce qui n’est pas une petite qualité pour ce type de livres. Bref, sur le plan éditorial, il s’agit d’une réussite incontestable. (lire la suite sur le site)

Nous sommes en mesure ce confirmer cette présentation à une remarque près : certes maniable, n’espérez tout de même pas lire cet ouvrage dans votre baignoire. Quant à dire qu’il est savant, c’est parfaitement exact mais, compte tenu de la diversité des contributions, les amateurs, éclairés ou non, y prendront également plaisir et intérêt.

Les 3 volumes sont organisés ainsi :

  1. l’histoire du palais de Philippe Auguste au Premier Empire
  2. l’histoire du palais devenu musée de la Restauration à nos jours
  3. le dernier volume est présenté sous forme d’un dictionnaire qui détaille par thématiques les sujets qui concernent le fonctionnement du musée et leur histoire.

Et revenons sur la conclusion de Didier Rykner :

On arrêtera là nos critiques, somme toute secondaires et qui ne remettent absolument pas en question l’essentiel d’un ouvrage dont nous ne saurions trop dire l’intérêt. Nul doute que cette monumentale Histoire du Louvre rendra bien des services aux chercheurs et passionnera nombre d’amateurs. Quant à l’histoire récente, il faudra un jour la réécrire, mais nous ne serons sans doute plus là pour la critiquer.

Une excellente idée de cadeau pour les amoureux des arts et de l’histoire : Noël approche !

 

Grand Prix de l’Académie Française 2016

Le dernier des n^tres (Adélaïde de Clermont-Tonnerre)L’Académie Française vient de remettre son Grand Prix 2016 à Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour son roman Le dernier des nôtres paru chez Grasset le 17 août dernier.

Elle l’emporte part 11 voix contre 5 à Benoît Duteurtre pour Livres pour adultes paru chez Gallimard.

 

Le dernier des nôtres dans la presse de ce jour :

Voici un roman comme la France en produit rarement : c’est-à-dire guère français, mais « pulp », d’esprit feuilletoniste et américanotrope. Adélaïde de Clermont-Tonnerre dirige le magazine Point de vue après être passée par l’École normale supérieure. Entre monarchies républicaines et vanités royales, un esprit rendu attentif aux généalogies ne peut qu’explorer les archives du XXe siècle. C’est dans ce mouvement que l’auteure de Fourrure (2010) place son nouveau livre

la suite sur le site du Point

C’est Adélaïde de Clermont-Tonnerre qu’a choisi cette année l’Académie française, couronnant l’auteure pour son deuxième livre, « Le dernier des nôtres : une histoire d’amour interdite au temps où tout était permis » (Grasset), l’histoire d’amour d’un couple américain ambitieux : un jeune homme de la classe moyenne et une jeune héritière artiste dans le New York effervescent de la Factory d’Andy Warhol

la suite sur le site de La Croix

Adélaïde de Clermont-Tonnerre a remporté, jeudi 27 octobre, le Grand Prix du roman de l’Académie française pour son second roman, Le Dernier des nôtres, publié chez Grasset.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre a été choisie au premier tour par onze voix, contre cinq attribuées à Benoît Duteurtre pour Livre pour adultes (Gallimard) et trois à Sylvain Prudhomme pour Légende (Gallimard).

Après un début de carrière dans la finance, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, 40 ans, s’est orientée vers le journalisme. Elle est aujourd’hui directrice de la rédaction de l’hebdomadaire Point de vue.

Elle reçut cinq prix pour son premier roman, Fourrure, publié en 2010 (Stock). Elle fut également finaliste du prix Goncourt du premier roman et figurait sur la liste d’été du prix Renaudot.

la suite sur le site du Monde

Asli Erdogan. Rejet de sa demande de mise en liberté

Asli Erdogan

Asli Erdogan est un écrivain turc né en 1967 qui occupe une place importante dans le roman turc depuis les années 1990. Ses romans sont courts, très concentrés. Son style d’écriture ne manque pas d’une certaine cruauté. Mais derrière l’allégorie se dissimule, à peine, une description – souvent critique, évidemment, de la société turque contemporaine.

5 de ses oeuvres ont été traduites en français principalement chez Actes Sud :

Le rythme de ses publications a diminué ces dernières années car son militantisme intense a repoussé sans cesse ses projets littéraires. Elle contribue en particulier au journal d’opposition Özgür Gündem.

Ceci aurait suffit au pouvoir actuel pour procéder à son arrestation le 16août dans le cadre de la répression d’après-putsch. Mais son engagement fort en faveur des Kurdes n’aura certainement pas plaidé en sa faveur. Son tyran d’homonyme sous prétexte de lutte contre Daesh se lance depuis quelque temps dans la chasse aux Kurdes syriens. Or l’approbation aussi tacite que veule des Occidentaux ne semble pas lui suffir. Car la moindre critique semble incompatible avec sa perception de la démocratie.

Une pétition est d’ailleurs en cours pour demander sa libération. Vous pouvez toujours la signer même si vous ne lisez pas couramment le turc :

Free Asli Erdogan sur change.org


La Croix. fr (8 septembre 2016). Le témoignage de l’éditeur d’Asli Erdogan, écrivaine turque emprisonnée

Le 5 septembre 2016, la demande de libération immédiate de l’écrivaine turque Asli Erdogan a été rejetée. Son éditeur chez Actes Sud, Timour Muhidine (1), revient sur le parcours de cette auteure singulière, emprisonnée par le gouvernement turc depuis le 17 août … (la suite sur le site de La Croix)

Le Point.fr (6 septembre 2016). Turquie : la romancière Asli Erdogan reste en prison

La demande de libération de la romancière a été rejetée. La militante de 49 ans est emprisonnée depuis la mi-août pour des articles dans un journal pro-kurde … (la suite sur le site du Point)

California Girls (Simon Liberati) dans la presse

California Girls (Simon Liberati)

Causeur. fr (24 août 2016). California nightmare. Liberati dépeint la monstruosité dans toute son humanité.

Simon Liberati a ceci d’intéressant est qu’en lieu et place de se lancer dans ses romans dans une introspection complaisante de sa petite personne, une psy en direct devant tous les passants en somme, il préfère faire véritablement œuvre de littérature. Il évoque ici le crime le plus connu de la « famille » Manson commis en août 1969, le meurtre sauvage de Sharon Tate et de ses amis par des pauvres filles et un raté au nom des délires de leur gourou. Ce massacre marqua véritablement la fin des années 60 et de leurs illusions révélant la réalité derrière les apparences et l’utopie … (la suite sur le site de Causeur).

Le Monde des Livres (24 août 2016). Simon Liberati : « Dans “California Girls”, je veux rendre compte de ce que c’est que tuer »

Avec l’enlèvement du bébé Lindbergh (1932) et le meurtre du Dahlia noir (1947), le massacre de l’actrice Sharon Tate et de quatre de ses amis, en août 1969, est une des affaires criminelles américaines les plus célèbres, marquant la fin de l’innocence des années hippie et la naissance d’une icône noire, celle de son commanditaire : Charles Manson. Hanté par l’affaire Manson, ayant vécu en immersion dans tout ce qu’elle a généré de témoignages et d’enquêtes, le romancier Simon Liberati en livre une approche bouleversante dans California Girls. … (la suite sur le site du Monde)

Ces poètes qui repoussent les marges du jour

La CroixNous nous permettons de reproduire ici in extenso un article de La Croix du 6 juillet 2011, intitulé Ces poètes qui repoussent les marges du jour signé de François-Xavier Maigre. Nous espérons que ce quotidien, parmi nos préférés, ne nous en tiendra pas rigueur.

Des recueils d’inspiration chrétienne s’attachent à déceler la beauté du monde ordinaire, dans un jeu d’échos troublants

Le flot des parutions réserve parfois d’heureuses coïncidences. Il en va ainsi de ces trois superbes recueils où l’écriture poétique renoue, sans bruit et sous des formes diverses, avec la force signifiante qui fait parfois cruellement défaut à la poésie contemporaine. Sans bruit, car ces trois auteurs ont choisi l’écoute et l’humilité pour exprimer leur rapport au monde, à ses mystères.

Ce parti pris est particulièrement sensible chez Jean-Pierre Lemaire, dont le tout premier recueil, Les Marges du jour, vient d’être réédité trente ans après sa parution. D’illustres aînés ont depuis longtemps adoubé ce poète discret, tel Philippe Jaccottet, qui signe la postface de l’ouvrage : « J’entends là une voix totalement dépourvue de vibrato, miraculeusement accordée au monde simple, proche et difficile dont elle parle et qu’elle essaie calmement, patiemment de rendre encore une fois un peu plus poreux à la lumière. »

De fait, ces petits textes imposent d’eux-mêmes leur évidence en réinscrivant la démarche poétique au cœur de la Création : « Adolescents, nous jetions en marchant le paysage entier, touffu dans notre hotte ; les forêts vendangées, foulées nous donnaient leur souffle et nous ressuscitions chaque feuille plus verte à l’intérieur de nos poitrines. »

Empreint de spiritualité, le regard de Jean-Pierre Lemaire a ce pouvoir de mettre à nu « Champs, villages de cendres/traversés jusqu’à l’horizon/par les rails de la foudre » : « Tu cherches l’aiguillage/derrière tes yeux/et sous le vertige/les racines du paysage ». Et même si, pour lui, « la vérité/est une chambre de silence/dont on sort sans tête », sa parole est de celles qui élèvent l’âme. On ne quitte pas ce livre comme on y est entré.

Dans une veine comparable, le Petit jardin de ciel que cultive avec passion Jean-Pierre Boulic, se lit avec bonheur. Le poète finistérien, dont l’œuvre vient d’être saluée par la Société des gens de lettres, s’attache à déceler les traces d’en haut dans ces paysages bretons qu’il affectionne tant : « Écouter s’éveiller/L’émerveillement des simples/Et la voix du magnolia// Ce beau secret mis en abyme/Sous un dais de hauts nuages/L’aubier dans la lumière// Le temps au chant ailé/Que la main de l’aube a posé/Dans un repli de silence. » Veilleur immobile, le poète, selon lui, doit se tenir « au seuil du jour », là où « les arbres en vêtement blanc » sont « si proches de la confidence ».

Ces vers, Jean Maison, auteur du Premier Jour de la semaine, pourrait les faire siens sans difficulté. Cet ancien proche de René Char exprime lui aussi sa fibre chrétienne dans une célébration mystique de la nature : « Ce premier mai, jour de l’Ascension, le pommier se ressaisit, laisse passer l’ondée. Partout, le ciel bas l’accompagne. La patience de chaque feuille, la gloire immense de l’arbre se déploient dans une trinité inventive. »

Calqué sur le calendrier liturgique, ce recueil étonnant semble avoir été consigné, tapi derrière un bow-window, à l’affût des métamorphoses saisonnières… Chacun à leur manière, ces trois auteurs ramènent la poésie à ce qu’elle devrait toujours rester : un jardin de mots.

ET AUSSI :  Petit jardin de ciel de Jean-Pierre Boulic, Éd. La part commune, 96 p., 13 € ; Le Premier jour de la semaine, de Jean Maison, Ad Solem, 64 p., 19 €.

Une révolution sous nos yeux (Christopher Caldwell)

Sur le site de Famille Chrétienne, un commentaire de « l’ouvrage-choc » – et politiquement incorrect de Christopher Caldwell  – Une révolution sous nos yeux. Comment l’islam va transformer la France et l’Europe :

Dans une somme fourmillante de près de cinq cents pages, Christopher Caldwell remet les pendules à l’heure. Sa thèse est simple : la vieille Europe se métamorphose sous l’effet de l’islam. Diagnostic encouragé par une spécialiste de l’immigration comme Michèle Tribalat qui déclare, en guise de préface, que « les effets sociaux, spirituels et politiques de l’immigration sont considérables et durables, alors que ses effets économiques sont faibles et transitoires ». Prenant à rebours le politiquement correct, Caldwell explique que la culture des Européens mute sous leurs yeux […].

[…] Parmi les multiples pistes ouvertes par Caldwell, la plus stimulante concerne sans doute le destin d’une Europe déchristianisée qui doit gérer la montée en puissance de l’islam. L’auteur dénonce une naïveté occidentale qui imagine que l’islam va se séculariser à son contact. Le rêve risque de se transformer en cauchemar : « L’islam n’est pas devenu le vestige que la plupart des Européens imaginaient ».

Cette résistance du fait religieux (musulman) conjuguée au déclin de la pratique chrétienne oblige à regarder l’islam en face, sans œillères occidentales. Mais Caldwell va plus loin. Et si l’islam réveillait le désir religieux des Européens ? […]

Lire l’article complet

Un extrait

« Quand une sous-culture profondément religieuse fait irruption dans une autre qui l’est moins, les réactions des autochtones sont généralement de deux sortes. La première est franche, directe et réactionnaire : les autochtones se tournent vers leur ethnicité et leurs traditions. Ils tendent à percevoir l’abandon de leurs traditions religieuses […] comme une erreur. La seconde est faite de morgue. La société autochtone considère la distance prise avec la religion non comme une perte culturelle, mais comme une conquête culturelle. Elle proclame son universalisme post-religieux avec plus de force, plus d’arrogance, plus de snobisme aussi. »