Onfray et le « judéo-christianisme »

Décadence (Michel Onfray)

Le 11 janvier, paraîtra le nouvel opus de Michel Onfray, Décadence.

Je ne l’ai donc pas encore lu donc je n’en ferai pas de critique a priori mais Le Point de cette semaine lui consacre sa une et un dossier solide. Et un terme récurrent apparaît qui m’énerve prodigieusement tant il est erroné, le fameux « judéo-chrétien ».

Le christianisme est juif

Le christianisme s’est pendant longtemps considéré comme l’héritier d’Israël et de son Alliance avec Dieu. Le Croix accomplissait la Loi et les Prophètes. Chrétiens, nous étions donc plus juifs que les Juifs. 

Après la Shoah, cette position a paru plus compliquée à tenir. Vatican II voulait parler des Juifs et n’a pas trop su dans quelle déclaration en parler. Ce sort n’a d’ailleurs pas été réservé aux Juifs, il en est allé de même de la Vierge Marie qui a finalement atterri dans Lumen Gentium, constitution dogmatique sur l’Eglise.

A donc été rédigée une déclaration, Nostra Aetate, sur les religions non-chrétiennes où le judaïsme voisine avec Islam, Hindouisme et Bouddhisme, ce qui a mon sens n’honore pas le statut de « frères aînés » de nos frères juifs puisqu’on les range avec nos amis.

Le christianisme est grec

Saint Paul se désole à longueur d’épitres que les Juifs refusent le message du Christ lui qui revendique haut et fort son judaïsme. Par mission plus que par dépit, il évangélise donc les Grecs.

Dès les Actes des Apôtres, existent d’ailleurs deux communautés : les Hellénistes, grec convertis, et les Judéo-Chrétiens, juifs convertis, dont les relations ne sont d’ailleurs pas toujours idylliques. Et les Judéo-Chrétiens, l’Eglise de Jérusalem autour de Saint Jacques, sera balayée par l’Histoire.

Finalement, c’est le christianisme éclairé, formalisé par la philosophie grecque, mouvement initié par Saint Justin dès le début du IIe siècle, et donc rendu compréhensible aux non-Juifs, les Gentils ou païens, qui l’emporte.

Une tarte à la crème

Le christianisme proclame « un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1 Co 1,23) mais réussit néanmoins la synthèse.

Le christianisme est donc judéo-grec. Et notre société occidentale est judéo-greco-latine puisque l’Eglise d’Occident se coule dans le moule de l’Empire romain, de son droit en particulier.

Bref qu’on arrête de nous bassiner avec ce « judéo-chrétien » qui ne veut rien dire d’autre que « judéo-judéo-grec » … Exactement, comme « aujourd’hui » veut dire « au jour d’aujourd’hui » puisque « hui » vient du latin « hoc » qui signifie « aujourd’hui » !

Retour à Onfray

Michel Onfray a, depuis son Traité d’Athéologie en particulier, montré son refus de la religion chrétienne. De nombreuses digressions intimes expliquent d’ailleurs sa rupture avec le christianisme.

Mais là n’est pas la question. Il faut avant tout se rappeler le tropisme nietzschéen d’Onfray. Or pour Nietzsche, l’Occident est entré en décadence, philosophique du moins, à partir de Socrate.

Il y a donc toute une famille de pensée pour laquelle rien ne s’est fait de bien depuis Parménide et Héraclite et puisqu’on ne dispose que de fragments de ces présocratiques, que leurs oeuvres complètes devaient être belles ! Heidegger s’y rattache d’ailleurs pour une part. Pour cette famille donc, Platon, Aristote, passons évidemment Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, Descartes, Kant et de tout aussi illustres sont donc renvoyés aux oubliettes de la pensée.

Une espèce de meurtre du Père généralisé qui permet peut-être de se poser plus facilement en constructeur. Ne dit-on pas que Néron voulait brûler Rome (même si l’Histoire l’a depuis innocenté) pour la reconstruire encore plus belle ?

Je préfère Alfred North Whitehead qui disait  « La caractéristique la plus évidente de la tradition philosophique européenne est qu’elle consiste en une série de notes de bas de page de Platon » (The safest general characterization of the European philosophical tradition is that it consists of a series of footnotes to Plato).

Je crois en effet qu’on voit plus loin en grimpant sur « l’épaule des géants » qu’au sommet d’un tas de gravats fumants.

Vive l’individualisme ?

Vive l'individualisme ? L'autre individualisme (Alain Laurent)Nous sommes tous des sujets pensant à partir de nos sensations et émettant actes et paroles perçus par les autres qui sont autant de sujets pensants. Nous sommes donc tous en quelque sorte mécaniquement égocentrés sinon égocentriques.

Et ce positionnement comme centre de l’univers de nos perceptions, et non de l’univers tout court, fait de chacun un individu isolé mais non nécessairement solitaire.

Si l’individualisme, c’est considérer comment JE peux apporter à la collectivité et comment la collectivité peut M’aider, ce n’est plus de l’égoïsme. S’enrichir par l’autre et enrichir l’autre ne sont pas incompatibles et peuvent être aussi individualistes qu’ils sont altruistes.

En revanche un individualisme captateur, centripète vit une forme d’assistanat puisqu’il dépend entièrement de l’autre. Un individualisme fort et prêt à la réciprocité est nécessaire aux échanges qui font d’un ensemble d’individus une société.

Alors vive cet individualisme-là ?

Une interview de l’auteur dans Le Point

Réhabiliter un certain individualisme est l’objectif de L’Autre individualisme, anthologie de textes présentés par Alain Laurent qui explique sa démarche dans l’article Vive l’individualisme ! du Point.fr de ce jour :

En psychologie, [l’individualisme] est un comportement indépendant et autonome, le contraire du suivisme. En politique, la valorisation de l’initiative privée, la volonté de privilégier le développement des droits et des responsabilités de l’individu – par opposition au collectivisme. C’est l’application de la fameuse devise d’Emmanuel Kant : oser penser par soi-même. Quoi de plus stimulant et salutaire en ces temps de manipulation de masse sur Internet ? Or aujourd’hui, l’individualisme est défini uniquement comme l’impérialisme du moi, l’égoïsme, le repli sur soi. (voir la suite sur Le Point.fr)

L’Eglise et l’individualisme

On peut être en désaccord avec l’auteur quand il avance que « L’Église catholique autant que le communisme ont combattu l’individualisme ». Certes, l’individualisme est incompatible avec le totalitarisme qu’il soit nazi ou communiste mais ce cousinage insinué de l’Eglise avec un totalitarisme est pour le moins désagréable.

Pour l’Eglise, l’individu a en effet une valeur sacrée puisqu’elle proclame l’égale dignité de chacun en soi et non dans ce qui fait sa valeur pour la collectivité. Cette valeur de l’individu qu’elle appellera plutôt la « personne humaine » vient de sa création à l’image de Dieu et de l’amour que Dieu porte à chacun. Il me semble donc qu’il y a contresens et à tout le moins une méconnaissance de l’Eglise.

En revanche, l’Eglise combat l’individualisme quand il devient égoïsme oublieux de l’amour dû au prochain comme à Dieu ou s’il sert de justification à la rupture avec cette communauté de l’Eglise à laquelle chaque baptisé appartient. C’est donc l’individu en rupture de relations qu’elle condamne non l’individu en soi.

Penser par soi-même

Mais, on comprend mieux cette ambiguïté quand dans la suite de l’entretien il insiste : « les religions communient toutes dans l’exécration du penser par soi-même ». Or à ma connaissance, Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin ont bel et bien pensé par eux-mêmes et l’Eglise n’a pas toujours refusé les idées nouvelles.

C’est même le statut d’une hérésie qui nous le démontre : que des idées nouvelles aient été refusées prouvent que d’autres ont été acceptées. La Révélation du Nouveau Testament ne constitue en rien un catéchisme dogmatique et les esprits rationnels et philosophiques des premiers Pères à compter de Saint Justin ont ressenti le besoin de préciser des notions.

On peut ainsi dire sans craindre le bûcher que si la Trinité et la double nature du Christ ont été admis comme dogmes, leur formulation a été une nouveauté concurrente d’autres formulations, les hérésies, qui ont été considérées comme erronées après débats et vote majoritaire (ce qu’on oublie toujours).

Donc penser par soi-même, l’Eglise l’admet parfaitement. Quand cette pensée individuelle permet une meilleure compréhension de la Révélation, de la nature de l’Homme ou de Dieu ou des actions les plus appropriées – la Morale si démodée -, elle peut même s’inscrire dans la Tradition. Car la Tradition chrétienne est tout sauf statique puisqu’elle est déploiement et explicitation de la Révélation dans l’Histoire.

Liberté de penser

Il y a, ce me semble, une confusion sur la liberté de penser. Ai-je le droit de penser ce que je veux ? Qu’en dit la science ?

J’ai le droit imprescriptible de penser que 2+2=5 mais je me trompe. Et en contrepartie de ce droit à l’erreur, d’une part, je ne peux imposer cette croyance erronée et, d’autre part, je dois en subir les conséquences. Je dois donc  accepter de payer deux viennoiseries à 2€ chacune pour un total de 5€ à mon pâtissier mais je ne peux lui demander de m’en donner 5 si je lui en demande 2 fois 2. Absurde cet exemple ? Autant que penser par soi contre la vérité.

Les religions ne font rien d’autre que la science en matière de vérité.

Un musulman qui considérerait que Mohammed n’est pas le prophète d’Allah pourrait-il se prétendre musulman ? On connaît d’avance la réponse d’un djihadiste mais le musulman le plus modéré aurait la même.

Un chrétien qui pense que le Christ n’est pas le Fils de Dieu ne peut plus être considéré comme un chrétien.

Que diriez-vous d’un professeur de mathématiques qui soutiendrait qu’un carré n’a pas 4 côtés égaux ou oublierait qu’il doit comporter un angle droit ?

Les religions quand elles ne sont pas vues sous l’angle du fondamentalisme ne sont donc pas plus dogmatiques que la science. Religions et sciences ne sont que l’histoire des erreurs évitées.

A charge des religions, il faut admettre que les erreurs des unes ne sont pas nécessairement celles des autres. Mais les sciences, humaines en particulier, sont-elles indemnes de ce type de débat ? Je n’en suis pas si sûr : il suffit de considérer par exemple le long débat sur les origines de l’autisme entre psychanalystes et neurologues.

Religions et sciences sont donc une longue quête patiente de la vérité. La différence est que les religions croient connaître le terme de cette recherche.

L’Histoire cependant nous montre que les religions erronées finissent pas disparaître. Au risque de vous attrister, je vous informe par exemple que ce n’est pas un certain Poséidon qui provoque les tempêtes.

Et c’est ici que nous revenons à la notion d’un individualisme fort. Penser par soi-même dans l’Eglise suppose une bonne connaissance de base et l’audace d’affronter 2000 ans de maîtres. Car défier Saint Augustin et Saint Thomas peut sembler téméraire mais pourquoi pas ? Rien ne dit qu’ils soient des maîtres définitifs : la preuve en est qu’ils ne sont pas toujours en accord. Encore faut-il les connaître, comprendre de quoi ils parlent.

En revanche, le petit individualisme se cantonne à son point de vue restreint, à sa petite logique propre et à sa connaissance limitée, ce qui fait de sa pensée une simple opinion : « je crois que 2+2=5 ».

Au sujet du Guide des Egarés de Jean d’Ormesson

Guide des égarés (Jean d'Ormesson)J’avais beaucoup aimé La Gloire de l’Empire de Jean d’Ormesson et j’en ai lu ensuite quelques ouvrages. Je trouve en outre le personnage extrêmement sympathique, archétype d’une certaine légèreté de l’esprit français que la pesanteur des nombreuses polémiques actuelles peut faire croire disparu.J’avoue avoir un peu perdu le fil de sa production, riche, continue et intense. J’ai profité de la publication de son Guide des Egarés pour reprendre le fil.

Vive les livres courts !

Un petit livre présente en effet plusieurs avantages. Il est évidemment plus vite lu. Mais il laisse espérer que l’auteur a su exposer de manière claire et synthétique une idée clairement ciblée. Rappelons-nous Blaise Pascal quand il disait : « Je n’ai fait celle-ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte. » (Les Provinciales. XVIème lettre).

Le contrexemple de cette règle est le fameux Choc des Civilisations de Huntington. Son article initial dans l’édition de Foreign Affairs de l’été 1993 fait 29 pages que je devrais d’ailleurs vous résumer un jour. Puis le livre est paru en 2000 : et le Choc des Civilisations (Odile Jacob) fait 545 pages. Le résultat est l’équivalent d’un bon Bourgogne dilué dans 19 fois son volume d’eau : il serait insipide s’il ne restait plus que le goût amer des tanins.

Cette dilution de l’idée a d’ailleurs eu pour effet secondaire de déformer totalement le message initial. Il est en effet difficile de retrouver l’intérêt de l’article dans le livre et surtout dans les commentaires qui en ressortent régulièrement. Et pourquoi donc ? Simplement parce que les commentateurs professionnels ne peuvent matériellement lire, analyser et donc comprendre correctement 10 pavés de 500 pages par semaine.

Donc. Vive les livres courts !

Les limites de l’exercice

Le livre court n’est cependant pertinent que s’il traite d’un sujet bien ciblé. Or Le Guide des Egarés, c’est son parti pris, brasse large ! Le temps, la matière, la vie, la mort, l’Histoire, Dieu, rien que ça … Le pari est audacieux. Le style est agréable mais laisse une double impression de malaise.

D’une part, il y a d’abord la responsabilité de l’écrivain. Jean d’Ormesson pourrait faire figure de sage et sa parole se voir conférer une légitimité et une autorité auxquelles il ne prétend aucunement. Mais il a des lecteurs … Et les lecteurs n’ont peut-être pas tous son discernement et son humilité qui transparaît dans les doutes nombreux qu’il exprime et l’accent qu’il met tout au long du livre sur le mystère.

D’autre part, cette responsabilité implique, sinon de dire la Vérité, de ne pas induire en erreur. Et j’en ai relevé au moins quatre de gravité variable selon la sensibilité du lecteur. J’ai noté trois erreurs de citation et une erreur théologique …

Quelques erreurs de citation

Le gattopardisme

Dans Le Guépard de Lampedusa, Tancrède, le neveu du Prince Salina, dit à son oncle avant de rejoindre les forces de Garibaldi : « Si nous voulons que tout reste en l’état, il faut que tout change » (de mémoire en italien : se vogliamo que tutto rimenga com’è, bisogna che tutto cambi). Salina, grand propriétaire terrien mais surtout conservateur de conviction, désapprouve en effet que son neveu rejoigne les rangs des révolutionnaires. Et Tancrède lui fait comprendre qu’il veut aussi conserver mais que seul le changement le permettra.

On retrouve d’ailleurs cette problématique exposée sur un mode plus léger dans Downton Abbey. Je soupçonne d’ailleurs le scénariste de Downton Abbey d’arrière-pensées politiques plus élaborées que les aventures amoureuses de Lady Mary.

Or Jean d’Ormesson cite un résumé de la phrase de Tancrède, ce qui peut se comprendre, mais l’interprète de la manière suivante : « même si tout change, dans le fond tout demeure ».

N’y aurait-il pas là un contresens surprenant de la part d’une personne aussi indiscutablement cultivée que Jean d’Ormesson ?

La mécanique quantique

Jean d’Ormesson cite au sujet de la physique quantique Niels Bohr qui aurait dit : « Celui qui dit avoir compris la physique quantique n’a rien compris à la physique quantique ».

La citation réelle est « Celui qui n’est pas choqué par la théorie quantique ne l’a pas comprise » (Anyone who is not shocked by quantum theory has not understood it). Il en existe plusieurs variantes tout aussi légitimes car c’est une idée que Bohr a émise à de nombreuses reprises.

La phrase citée par Jean d’Ormesson est généralement attribuée à Richard Feynman (1918-1988), Prix Nobel de Physique, grand physicien mais surtout immense pédagogue dont les cours à l’Université de Berkeley sont un délice pour le passionné de physique.

Je vous accorde que l’écart est aussi secondaire que les errements de Jean-François Copé sur le prix du pain au chocolat mais la précision des sources est tout de même un minimum.

En tout cas, on ne peut reprocher à Jean d’Ormesson une incompréhension de la physique quantique que Bohr et Feynman pardonnent aux physiciens eux-mêmes. A cet égard, Einstein est l’exemple même du scientifique qui n’a pas compris la physique quantique et, pire, en a refusé nombre de conséquences : chaque nouvelle confirmation montre en effet que Bohr a eu raison contre Einstein.

Le « brigandage » d’Ephèse

Jean d’Ormesson parle enfin des premiers conciles comme d’autant de « brigandages ». C’est aller un peu vite, un peu loin en une manière de church-bashing qu’il vaut mieux laisser à d’autres. Car seul le Concile d’Ephèse mérite ce titre.

Le Concile d’Ephèse a été convoqué en 430 par l’empereur de Constantinople Théodose II pour le 7 juin 431. Il a porté principalement sur les deux natures, divine et humaine, du Christ et a abouti à la condamnation des thèses de Nestorius. Mais ce n’est pas ici le sujet.

Pourquoi donc parler du « brigandage » d’Ephèse ? Sans entrer dans les détails, une bonne partie des évêques convoqués ne purent arriver dans les délais. Et ils étaient majoritairement favorables à Nestorius.

Il fut néanmoins décidé de délibérer sans attendre et la condamnation de Nestorius fut immédiate.

Cette façon quelque peu cavalière de gérer les débats, et la manière autoritaire de mettre un terme aux protestations, a mérité, à juste titre, le nom de « brigandage d’Ephèse ».

Mais en aucun cas, les autres conciles oecuméniques des premiers temps ne mériteront ce qualificatif même si les débats y furent tout aussi vifs.

Une erreur théologique

Jean d’Ormesson se revendique clairement catholique. Ce courage est tout à son honneur. Être catholique ne va en effet pas vraiment dans le sens de la doxa majoritaire.

Il prétend par ailleurs ne pas être philosophe même si son agrégation de philosophie lui confère la même légitimité qu’à d’autres agrégés qui n’ont pas ses pudeurs.

On peut donc supposer qu’il parle de Dieu en catholique et non en philosophe. Mais sur ce point, son texte n’est pas très clair.

C’est donc son point de vue catholique qui est surprenant. Dire en effet qu’on ne sait rien de Dieu et qu’on ne peut rien en dire semble faire fi de Jésus-Christ.

Dans le chapitre 14 de l’Evangile de Saint Jean, on lit en effet :

  • verset 7 : Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu.
  • et au verset 8, la question de Philippe : Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit.
  • lui vaut la réponse du verset 9 : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ?

Avouons que ces trois versets peuvent laisser de marbre un non-croyant s’ils ne provoquent pas chez lui une franche hilarité : c’est en effet « Folie pour les Grecs, scandale pour les Juifs ».

Mais de la part d’un catholique confessant comme Jean d’Ormesson, j’avoue une certaine surprise.

L’exigence de l’affection

Peut-être suis-je un peu dur avec Jean d’Ormesson. Mais c’est sans doute parce que l’aime bien. Et que de ceux qu’on aime, on craint la déception et on espère la perfection. Ce n’est qu’affection exigeante ou exigence affectueuse s’il existe une différence.

Et après tout, les approximations de Jean d’Ormesson ne nuisent pas à l’intérêt de son ouvrage à condition qu’on ne le prenne ni pour un manuel de sagesse ni pour un livre de théologie mais une piste de réflexions.

Car beaucoup, trop, d’auteurs proposent actuellement leur propre manuel de sagesse. Il suffit de lire la production pléthorique d’un Frédéric Lenoir quand il ne s’agit pas de la litanie des « romanciers de développement personnel » qui fleurissent depuis l’Alchimiste de Paolo Coelho (voir le Top 20 de la semaine dernière).

Et Jean d’Ormesson  suscitant en nous des questions pertinentes, plus qu’en fournissant des réponses, superficielles voire convenues, se tire avec les honneurs de l’exercice difficile d’une certaine sagesse.

 

 

Canonisation de Mère Teresa dimanche 4 septembre

Canonisation Mère Teresa de CalcuttaDimanche 4 septembre, le Pape François prononcera la canonisation de Mère Teresa de Calcutta, 19 ans après sa mort le 5 septembre 1997.

Procès en canonisation

Une guérison miraculeuse qui aurait eu lieu un an précisément après sa mort permet la béatification de Mère Teresa dont la cérémonie a lieu le 19 octobre 2003 Place Saint Pierre.

La guérison est cependant contestée. La tumeur guérie n’aurait pas été cancéreuse, elle n’aurait été qu’un kyste tuberculeux pour lequel la miraculée était sous traitement. Cependant, le débat est principalement lancé par Christopher Hitchens dans Slate le 20 octobre 2003 par l’article  Mommie Dearest. The pope beatifies Mother Teresa, a fanatic, a fundamentalist, and a fraud. Cet intitulé traduit plus de la part de l’auteur une intention polémique qu’une soif de rigueur scientifique.

Des documents publiés ultérieurement ont témoigné de tourments intérieurs vécus par Mère Teresa. Ils se rattachent à ce que la tradition mystique chrétienne nomme « nuit de la foi ». Et c’est à ce titre que contrairement à ce que supputaient des journalistes, peut-être mal renseignés, que cette « nuit de la foi » ne constitua pas un obstacle de principe à la canonisation.

Le pape François promulgue le 17 décembre 2015 un décret de la Congrégation pour les Causes des Saints reconnaissant un miracle obtenu par l’intercession de la bienheureuse Mère Teresa.

Biographies et témoignages

La canonisation de Mère Teresa déclenche donc une vaste mouvement éditorial de rééditions d’ouvrages publiés depuis sa mort mais aussi de nouvelles éditions.

Quelle Eglise voulons-nous ?

Selon Lumen Gentium 1, l’Eglise est « un sacrement ou, si l’on veut, un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain ». En tant que signe, elle doit être visible et la puissance est, on peut le déplorer, un moyen de visibilité. Et pour l’union intime avec Dieu, l’Eglise se doit d’être à l’image de Sa transcendance. En tant que moyen, elle doit être proche et capable de se mettre au niveau de chacun donc pauvre, en esprit car il lui faut les moyens matériels de sa mission.

C’est entre ces deux tensions que l’Eglise évolue avec quelque réussite depuis 2000 ans. Mais nous, en tant que fidèles ou simples consommateurs de médias, avons tendance à privilégier un des deux aspects de l’Eglise au risque de la défigurer.

Cessons donc de jouer la polarisation excessive, laissons ça à la sphère politique et son obligation de « choisir son camp », gauche ou droite. En ce qui concerne l’Eglise, choisir la transcendance contre l’immanence ou l’inverse, est aussi stupide que préférer sa jambe droite à sa jambe gauche. Ce qui n’est admissible que de la part d’un unijambiste.

Le Mal n’est pas le contraire du Bien

Adam et Ève ont été chassés du Paradis Terrestre car ils avaient mangé le fruit défendu, celui de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Gn 2,9).

Si le Mal était le contraire du Bien, il suffirait de connaître le Bien pour connaître le Mal et réciproquement. Si l’auteur de la Genèse a précisé « du bien et du mal », il est légitime de supposer que ce n’est pas qu’une figure de style.

Il y a le Mal, il y a le Bien. Et entre deux une « zone grise » dont ne peut se satisfaire le chrétien.

Malraux. « le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas »

André MalrauxMalraux aurait dit : « le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Il aurait écrit plutôt : « le XXIème siècle sera spiritualiste ou ne sera pas » dans ses Antimémoires. Je ne l’y ai pas lu car je n’ai jamais réussi à achever la lecture des Antimémoires. Or cette phrase a une signification toute différence. Il faut bien la confusion actuelle en la matière pour considérer spiritualité et religion comme une seule et même chose.

Bannissons donc cette phrase notre thesaurus de citations. Laissons-là servir d’introduction aux articles de presse.

Je préfère de beaucoup cet extrait des Antimémoires, que j’ai lu puisqu’il est au début :

Je me suis évadé, en 1940, avec le futur aumônier du Vercors. Nous nous retrouvâmes peu de temps après l’évasion, dans le village de la Drôme dont il était curé, et où il donnait aux Israélites, à tour de bras, des certificats de baptême de toutes dates, à condition pourtant de les baptiser :  » Il en restera toujours quelque chose…  » Il n’était jamais venu à Paris : il avait achevé ses études au séminaire de Lyon. Nous poursuivions la conversation sans fin de ceux qui se retrouvent, dans l’odeur du village nocturne.

— Vous confessez depuis combien de temps?

— Une quinzaine d’années…

— Qu’est-ce que la confession vous a enseigné des hommes?

— Vous savez, la confession n’apprend rien, parce que dès que l’on confesse, on est un autre, il y a la Grâce. Et pourtant… D’abord, les gens sont beaucoup plus malheureux qu’on ne croit… et puis…

Il leva ses bras de bûcheron dans la nuit pleine d’étoiles : « Et puis, le fond de tout, c’est qu’il n’y a pas de grandes personnes… »

Il est mort aux Glières.

Les deux phrases en gras me semblent en dire beaucoup plus sur la nature humaine qu’un long traité. Et trouve un écho particulier en ce temps de Carême où nous devrions peut-être nous priver en priorité de ce qui compte tant pour nous sans avoir en définitive plus d’importance que nos jouets d’enfants.

Synode sur la famille. Propositions du Cardinal Kasper.

Nous vous proposons une traduction des passages les plus saillants du document proposé par le Cardinal Kasper en introduction du Consistoire préparatoire au Synode sur la famille. Ce document semble avoir surpris plus qu’agréablement le Pape François.

LE PROBLÈME DES DIVORCÉS REMARIÉS (Walter Kasper)

[ … ] Il ne suffit pas de considérer le problème du seul point de vue de l’Église en tant qu’institution sacramentelle . Nous avons besoin d’ un changement de paradigme et nous devons – comme l’a fait le bon Samaritain – aussi envisager la situation du point de vue de ceux qui souffrent  et demandent de l’aide .

Tout le monde sait que la question des personnes divorcés et remariés est complexe et épineuse . [ … ] Que peut faire l’Église dans de telles situations ? On ne peut proposer une solution différente ou contraire à la parole de Jésus. L’indissolubilité du mariage sacramentel et l’impossibilité d’un nouveau mariage au cours de la vie de l’autre partenaire font partie d’une tradition de foi de l’Eglise qui ne peut pas abandonnée ou démantelée en se référant à une compréhension superficielle d’une miséricorde au rabais. [ … ] La question est donc de savoir comment l’Eglise peut répondre à cette double question de la fidélité et de la miséricorde de Dieu dans son activité pastorale concernant les divorcés remariés lors d’une cérémonie civile . [ … ]

Aujourd’hui, nous nous trouvons dans une situation similaire à celle du dernier Concile. Ainsi, il y avait alors, par exemple sur la question de l’œcuménisme et la liberté religieuse , les encycliques et les décisions du Saint-Office qui semblaient exclure d’autres moyens . Le Concile, sans violer la tradition dogmatique, a ouvert les portes . On peut se demander s’il n’est-il pas possible de favoriser un développement dans ce domaine également  ? [ … ]

Je me limiterai à deux situations qui, dans certains documents officiels sont déjà stipulées. Je souhaite me limiter uniquement aux réponses possibles. Donner une réponse , cependant, sera la tâche du Synode en accord avec le Pape .

Première situation

 » Familiaris consortio  » affirme que certains divorcés et remariés sont subjectivement convaincus en conscience que leur précédent mariage, irrémédiablement brisé, n’a jamais été valide . [ … ] Selon le droit canon , l’évaluation est de la responsabilité des tribunaux ecclésiastiques . Parce qu’ils ne sont pas « divino de jure », mais se sont développés historiquement, on peut se demander si le processus juridique doit être le seul moyen de résoudre le problème ou si d’autres procédures, plus pastorales et spirituelles, ne seraient pas possibles.

On pourrait penser que l’évêque peut confier cette tâche à un prêtre d’expérience spirituelle et pastorale en tant que pénitencier ou vicaire épiscopal .

Indépendamment de la réponse à une telle question , il convient de mentionner le discours du pape François du 24 Janvier , 2014 adressé au tribunal de la Rote romaine , qui stipule que la dimension juridique et la dimension pastorale ne sont pas en opposition . [ … ] La pastorale et la miséricorde ne sont pas opposées à la justice, mais, pour ainsi dire, sont la justice suprême, parce que derrière toutes les causes qu’ils peuvent examiner il y a non seulement un cas à examiner selon une règle générale , mais une personne humaine qui, en tant que telle, ne peut être un cas et a toujours une dignité unique . [ … ] Serait-il possible de décider du bien et du mal chez les personnes, dans le deuxième et le troisième exemple, sur la base des actes […] mais sans connaître la personne ni sa situation ?
DEUXIEME SITUATION

Il serait erroné d’essayer de ne résoudre le problème que dans un élargissement généreux de la procédure de nullité de mariage. Cela créerait l’impression dangereuse que l’Eglise procède de manière malhonnête en l’octroyant qui sont en fait des divorc »s . [ … ] Par conséquent , nous devons aussi examiner la question plus délicate de la situation du mariage conclu et consommé entre baptisés, où la communion du mariage est irrémédiablement brisée et où l’un ou les deux conjoints ont conclu un deuxième mariage civil .

Un avertissement nous a donné la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 1994 quand il a établi – et le pape Benoît XVI a réaffirmé lors de la réunion internationale des Familles à Milan en 2012 – que les divorcés remariés ne peuvent pas recevoir la communion sacramentelle, mais peuvent recevoir la communion spirituelle . [ … ]

Beaucoup seront reconnaissants pour cette réponse , qui est une véritable ouverture . Ceci cependant soulève plusieurs questions . En fait, celui qui reçoit la communion spirituelle est un avec Jésus-Christ . [ … ] Pourquoi donc ne peut-il pas recevoir également la communion sacramentelle ? [ … ] Certains prétendent que leur non-participation à la communion est un signe de la sainteté du sacrement. La question qui se pose en réponse est : ne s’agit-il pas d’une instrumentalisation de la personne qui souffre et demande de l’aide si nous ne faisons ni signe ni avertissement pour les autres ? Nous la laissons mourir de faim sacramentelle pour que d’autres puissent vivre ?

L’Église des premiers temps nous donne une indication qui peut servir d’issue au dilemme, issue que le professeur Joseph Ratzinger a déjà mentionné en 1972 . [ … ] Dans les églises locales, il existait un droit coutumier selon lequel les chrétiens qui, alors que leur premier partenaire de vie était toujours de ce monde, vivaient une seconde liaison, après une longue pénitence disposaient [ … ] non pas d’un second mariage , mais par la participation à la communion, d’une planche de salut . [ … ]

La question est bien au-delà de la rigueur et le laxisme : le chemin de la conversion, qui passe par le sacrement de la miséricorde, le sacrement de pénitence , n’est-il pas aussi la façon dont nous pouvons avancer sur cette question ?

Un divorcé remarié : 1 . s’il se repent de son échec dans le premier mariage , 2 . s’il a une reconnaissance précise des obligations du premier mariage , et s’il est définitivement exclu de renouer, 3 . s’il ne peut renoncer sans faute supplémentaire aux engagements du nouveau mariage civil , 4 . Si , cependant, s’efforce de vivre au mieux de ses possibilités le second mariage de la foi et d’éduquer ses enfants dans la foi , 5 . s’il a le désir des sacrements comme source de force dans sa situation , devons-nous ou pouvons-nous refuser, après un temps de réflexions sur ses nouvelles orientations , de «metanoia », le sacrement de la pénitence et ensuite de la communion ?

Ce chemin possible ne peut être une solution générale . Ce n’est pas la voie large de la multitude, mais le chemin étroit d’une partie probablement plus petite partie des divorcés remariés, sincèrement intéressé par les sacrements . Ne devrions-nous éviter le pire ici ? En fait , lorsque les enfants de parents divorcés remariés ne voient pas les sacrement, eux non plus ne trouvent pas ni le chemin de la confession et ni celui de la communion . Ne prenons-nous pas en compte que nous allons perdre la prochaine génération, et peut-être même la suivante ? Notre pratique ne s’avère-t-elle pas contreproductive ? [ … ]

LA PRATIQUE DE L’ÉGLISE DES ORIGINES

Selon le Nouveau Testament , l’adultère et la fornication sont des comportements incompatibles avec le nom de chrétien . Ainsi , dans l’Église primitive, après l’apostasie et l’assassinat, dans les péchés capitaux qui excluaient de l’Église , il y avait aussi l’adultère . [ … ] Sur ses questions historiques et exégétiques existe une vaste littérature, qu’il est presque impossible d’assimiler tant les interprétations divergent. On peut citer , par exemple , d’une part G. Cereti G. « Divorce, remariage et pénitence dans l’Église primitive », Bologne 1977 , 2013, et d’autre part H. Crouzel, « L’Eglise primitive face au divorce» , Paris, 1971 et J. Ratzinger , 1972 [ …] reproduit dans « L’Osservatore Romano » du 30 Novembre 2011.

Il ne fait cependant aucun doute que, dans les premiers jours de l’Église, dans de nombreuses Eglises locales , il y avait selon le droit coutumier, après un temps de pénitence, une pratique pastorale de tolérance , de clémence et d’indulgence .

Il faut peut-être comprendre, selon cette pratique, le canon 8 du concile de Nicée (325), dirigé contre la rigueur de Novatien . Ce droit coutumier est explicitement attesté par Origène, qu’il ne juge pas déraisonnable . Même Basile le Grand, Grégoire de Nazianze et quelques autres se réfèrent à lui . Il faut expliquer le « non déraisonnable  » par l’intention pastorale « d’éviter le pire « . Dans l’Église latine , par l’autorité d’Augustin cette pratique a été abandonnée au profit d’une pratique plus sévère. Même Augustin , cependant, dans un passage parle de péché véniel. Il ne semble pas avoir exclu de laisser ouverte une solution pastorale .

Aussi par la suite, l’Église d’Occident, dans les situations difficiles, par les décisions des synodes et autres a toujours cherché, et aussi trouvé des solutions concrètes. Le Concile de Trente [ … ] a condamné la position de Luther, mais pas la pratique de l’Église d’Orient . [ … ]

Les Eglises orthodoxes ont conservé, en conformité avec le point de vue pastoral des origines de la tradition de l’Eglise, le principe de l’oikonomia pour eux valable. A partir du VIe siècle, cependant , se référant à la loi impériale byzantine, elles sont allées au-delà de la position de tolérance pastorale , clémence et indulgence , en reconnaissant, outre l’adultère , d’autres motifs de divorce, qui considèrent la mort non seulement physique mais morale de l’obligation de mariage .

L’ Église d’Occident a suivi un autre chemin . Elle a exclutla dissolution du sacrement de mariage conclu et consommé entre baptisés, mais reconnaît le divorce, lorsque le mariage n’est pas consommé, et par privilège pétrinien et paulinien, pour les mariages non sacramentels . En outre cela, il existe des déclarations de nullité pour vice de forme; à cet égard cependant, on peut se demander s’ils ne sont pas mis au premier plan , de façon unilatérale et d’une point de vue juridique très tardivement dans l’histoire.

J. Ratzinger suggéré de reprendre à frais nouveaux la position de Basile. Ce semble être une solution appropriée, à la base de mes réflexions . Nous ne pouvons nous référer à l’une ou l’autre interprétation historique , qui reste controversée, ni même simplement reproduire les solutions des débuts de l’Église dans notre situation radicalement différente. Dans la situation mouvante actuelle, nous ne pouvons que reprendre les concepts de base et essayer d’atteindre le but d’une manière juste et équitable à la lumière de l’Evangile . »

Le péché originel. Une catéchèse de Benoît XVI (audience générale du 3 décembre 2008)

Toujours lumineux, Benoît XVI nous parle ici des « relations entre Adam et le Christ et la doctrine de saint Paul« . Je permets de la citer ici in extenso en espérant que le Saint-Siège ne m’en tiendra pas rigueur.

« Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous nous arrêterons sur les relations entre Adam et le Christ, dont parle saint Paul dans la célèbre page de la Lettre aux Romains (5, 12-21), dans laquelle il remet à l’Eglise les lignes essentielles de la doctrine sur le péché originel. En vérité, dans la première Lettre aux Corinthiens, en traitant de la foi dans la résurrection, Paul avait déjà présenté la confrontation entre notre ancêtre et le Christ:  « En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes; c’est dans le Christ que tous revivront… Le premier Adam était un être humain qui avait reçu la vie; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie » (1 Co 15, 22.45). Avec Rm 5, 12-21 la confrontation entre le Christ et Adam devient plus articulée et éclairante:  Paul reparcourt l’histoire du salut, d’Adam à la Loi et de celle-ci au Christ. Ce n’est pas tellement Adam, avec les conséquences du péché sur l’humanité, qui se trouve au centre de la scène, mais Jésus Christ et la grâce qui, à travers Lui, a été déversée en abondance sur l’humanité. La répétition du « beaucoup plus » concernant le Christ souligne que le don reçu en Lui dépasse, de beaucoup, le péché d’Adam et les conséquences qu’il produit sur l’humanité, de sorte que Paul peut parvenir à la conclusion:  « Mais là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). La comparaison que Paul effectue entre Adam et le Christ met donc en lumière l’infériorité du premier homme par rapport à la prééminence du deuxième.

D’autre part, c’est précisément pour mettre en évidence l’incommensurable don de la grâce, dans le Christ, que Paul mentionne le péché d’Adam:  on dirait que si cela n’avait pas été pour démontrer l’aspect central de la grâce, il ne se serait pas attardé à traiter du péché qui « par un seul homme… est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort » (Rm 5, 12). C’est pour cette raison que si dans la foi de l’Eglise a mûri la conscience du dogme du péché originel, c’est parce qu’il est lié de manière indissoluble avec l’autre dogme, celui du salut et de la liberté dans le Christ. Nous ne devrions donc jamais traiter du péché d’Adam et de l’humanité en le détachant du contexte du salut, c’est-à-dire sans les placer dans le contexte de la justification dans le Christ.

Mais en tant qu’hommes d’aujourd’hui, nous devons nous demander:  quel est ce péché originel? Qu’est-ce que Paul enseigne, qu’est-ce que l’Eglise enseigne? Est-il possible de soutenir cette doctrine aujourd’hui encore? Un grand nombre de personnes pense que, à la lumière de l’histoire de l’évolution, il n’y a plus de place pour la doctrine d’un premier péché, qui ensuite se diffuserait dans toute l’histoire de l’humanité. Et, en conséquence, la question de la Rédemption et du Rédempteur perdrait également son fondement. Le péché originel existe-il donc ou non? Pour pouvoir répondre, nous devons distinguer deux aspects de la doctrine sur le péché originel. Il existe un aspect empirique, c’est-à-dire une réalité concrète, visible, je dirais tangible pour tous. Et un aspect mystérique, concernant le fondement ontologique de ce fait. La donnée empirique est qu’il existe une contradiction dans notre être. D’une part, chaque homme sait qu’il doit faire le bien et intérieurement il veut aussi le faire. Mais, dans le même temps, il ressent également l’autre impulsion à faire le contraire, à suivre la voie de l’égoïsme, de la violence, de ne faire que ce qui lui plaît tout en sachant qu’il agit ainsi contre le bien, contre Dieu et contre son prochain. Saint Paul, dans sa Lettre aux Romains, a ainsi exprimé cette contradiction dans notre être:  « En effet, ce qui est à ma portée, c’est d’avoir envie de faire le bien, mais non pas de l’accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (7, 18-19). Cette contradiction intérieure de notre être n’est pas une théorie. Chacun de nous l’éprouve chaque jour. Et nous voyons surtout autour de nous la prédominance de cette deuxième volonté. Il suffit de penser aux nouvelles quotidiennes sur les injustices, la violence, le mensonge, la luxure. Nous le voyons chaque jour:  c’est un fait.

En conséquence de ce pouvoir du mal dans nos âmes s’est développé dans l’histoire un fleuve de boue, qui empoisonne la géographie de l’histoire humaine. Le grand penseur français Blaise Pascal a parlé d’une « seconde nature », qui se superpose à notre nature originelle, bonne. Cette « seconde nature » fait apparaître le mal comme normal pour l’homme. Ainsi, l’expression habituelle:  « cela est humain » possède aussi une double signification. « Cela est humain » peut vouloir signifier:  cet homme est bon, il agit réellement comme devrait agir un homme. Mais « cela est humain » peut également signifier la fausseté:  le mal est normal, est humain. Le mal semble être devenu une seconde nature. Cette contradiction de l’être humain, de notre histoire doit susciter, et suscite aujourd’hui aussi, le désir de rédemption. Et, en réalité, le désir que le monde soit changé et la promesse que sera créé un monde de justice, de paix et de bien est présent partout:  dans la politique, par exemple, tous parlent de cette nécessité de changer le monde, de créer un monde plus juste. Et cela exprime précisément le désir qu’il y ait une libération de la contradiction dont nous faisons l’expérience en nous-mêmes.

Le fait du pouvoir du mal dans le cœur humain et dans l’histoire humaine est donc indéniable. La question est:  comment ce mal s’explique-t-il? Dans l’histoire de la pensée, en faisant abstraction de la foi chrétienne, il existe un modèle principal d’explication, avec différentes variations. Ce modèle dit:  l’être lui-même est contradictoire, il porte en lui aussi bien le bien que le mal. Dans l’antiquité, cette idée impliquait l’opinion qu’il existe deux principes également originels:  un principe bon et un principe mauvais. Ce dualisme serait infranchissable; les deux principes se trouvent au même niveau, il y aura donc toujours, dès l’origine de l’être, cette contradiction. La contradiction de notre être refléterait donc uniquement la position contraire des deux principes divins, pour ainsi dire. Dans la version évolutionniste, athée, du monde, la même vision revient. Même si, dans cette conception, la vision de l’être est moniste, on suppose que l’être comme tel porte dès le début en lui le mal et le bien. L’être lui-même n’est pas simplement bon, mais ouvert au bien et au mal. Le mal est aussi originel, comme le bien. Et l’histoire humaine ne développerait que le modèle déjà présent dans toute l’évolution précédente. Ce que les chrétiens appellent le péché originel ne serait en réalité que le caractère mixte de l’être, un mélange de bien et de mal qui, selon cette théorie, appartiendrait à l’étoffe même de l’être. C’est une vision qui au fond est désespérée:  s’il en est ainsi, le mal est invincible. A la fin seul le propre intérêt compte. Et chaque progrès serait nécessairement à payer par un fleuve de mal et celui qui voudrait servir le progrès devrait accepter de payer ce prix. Au fond, la politique est précisément fondée sur ces prémisses:  et nous en voyons les effets. Cette pensée moderne peut, à la fin, ne créer que la tristesse et le cynisme.

Et ainsi, nous nous demandons à nouveau:  que dit la foi, témoignée par saint Paul? Comme premier point, elle confirme le fait de la compétition entre les deux natures, le fait de ce mal dont l’ombre pèse sur toute la création. Nous avons entendu le chapitre 7 de la Lettre aux Romains, nous pourrions ajouter le chapitre 8. Le mal existe, simplement. Comme explication, en opposition avec les dualismes et les monismes que nous avons brièvement considérés et trouvés désolants, la foi nous dit:  il existe deux mystères de lumière et un mystère de nuit, qui est toutefois enveloppé par les mystères de lumière. Le premier mystère de lumière est celui-ci:  la foi nous dit qu’il n’y a pas deux principes, un bon et un mauvais, mais il y a un seul principe, le Dieu créateur, et ce principe est bon, seulement bon, sans ombre de mal. Et ainsi, l’être également n’est pas un mélange de bien et de mal; l’être comme tel est bon et c’est pourquoi il est bon d’être, il est bon de vivre. Telle est la joyeuse annonce de la foi:  il n’y a qu’une source bonne, le Créateur. Et par conséquent, vivre est un bien, c’est une bonne chose d’être un homme, une femme, la vie est bonne. S’ensuit un mystère d’obscurité, de nuit. Le mal ne vient pas de la source de l’être lui-même, il n’est pas également originel. Le mal vient d’une liberté créée, d’une liberté dont on a abusé.

Comment cela a-t-il été possible, comment est-ce arrivé? Cela demeure obscur. Le mal n’est pas logique. Seul Dieu et le bien sont logiques, sont lumière. Le mal demeure mystérieux. On l’a représenté dans de grandes images, comme le fait le chapitre 3 de la Genèse, avec cette vision des deux arbres, du serpent, de l’homme pécheur. Une grande image qui nous fait deviner, mais ne peut pas expliquer ce qui est en soi illogique. Nous pouvons deviner, pas expliquer; nous ne pouvons pas même le raconter comme un fait détaché d’un autre, parce que c’est une réalité plus profonde. Cela demeure un mystère d’obscurité, de nuit. Mais un mystère de lumière vient immédiatement s’y ajouter. Le mal vient d’une source subordonnée. Dieu avec sa lumière est plus fort. Et c’est pourquoi le mal peut être surmonté. C’est pourquoi la créature, l’homme peut être guéri. Les visions dualistes, même le monisme de l’évolutionnisme, ne peuvent pas dire que l’homme peut être guéri; mais si le mal ne vient que d’une source subordonnée, il reste vrai que l’homme peut être guéri. Et le Livre de la Sagesse dit:  « Les créatures du monde sont salutaires » (1, 14 volg). Et enfin, dernier point, l’homme non seulement peut être guéri, mais il est guéri de fait. Dieu a introduit la guérison. Il est entré en personne dans l’histoire. A la source constante du mal, il a opposé une source de bien pur. Le Christ crucifié et ressuscité, nouvel Adam, oppose au fleuve sale du mal un fleuve de lumière. Et ce fleuve est présent dans l’histoire:  nous voyons les saints, les grands saints, mais aussi les saints humbles, les simples fidèles. Nous voyons que le fleuve de lumière qui vient du Christ est présent, il est fort.

Frères et sœurs, c’est le temps de l’Avent. Dans le langage de l’Eglise, le mot Avent a deux significations:  présence et attente. Présence:  la lumière est présente, le Christ est le nouvel Adam, il est avec nous et au milieu de nous. La lumière resplendit déjà et nous devons ouvrir les yeux du cœur pour voir la lumière et pour nous introduire dans le fleuve de la lumière. Et surtout être reconnaissants du fait que Dieu lui-même est entré dans l’histoire comme nouvelle source de bien. Mais Avent veut aussi dire attente. La nuit obscure du mal est encore forte. C’est pourquoi nous prions dans l’Avent avec l’antique peuple de Dieu:  « Rorate caeli desuper« . Et nous prions avec insistance:  viens Jésus; viens, donne force à la lumière et au bien; viens là où dominent le mensonge, l’ignorance de Dieu, la violence, l’injustice; viens, Seigneur Jésus, donne force au bien dans le monde et aide-nous à être porteurs de ta lumière, artisans de paix, témoins de la vérité. Viens Seigneur Jésus! » © Copyright 2008 – Libreria Editrice Vaticana

Foi et Raison. Citation de G. K. Chesterton

G. K. ChestertonA ceux qui dès qu’on parle de l’Eglise dégainent le mot « obscurantisme », une citation de G. K. Chesterton :

« – […] Je sais qu’on accuse l’Église d’abaisser la raison, mais c’est le contraire qui est vrai. L’Église est seule sur terre à faire de la raison l’instance suprême. L’Église est seule sur terre à affirmer que Dieu lui-même est limité par la raison. » (La Clairvoyance du Père Brown, nouvelle des Enquêtes du Père Brown)

( « I know that people charge the Church with lowering reason, but it is just the other way. Alone on earth, the Church makes reason really supreme. Alone on earth, the Church affirms that God himself is bound by reason. »)

 

BIBLIOGRAPHIE

Politique et amour du prochain

«Le manque d’amour, son abaissement et son abâtardissement permanents, malgré quelques discours pseudo-religieux, ne fait pas que nous déshumaniser. Il finit par nous dépolitiser. L’amour, en revanche, pousse à prendre soin des biens et surtout du bien commun, qui génère et accroît les biens particuliers. Une politique sans amour du prochain, sans passion pour le bien, aboutit à un rationalisme de la négociation ou à un appétit vorace uniquement tourné vers la jouissance du pouvoir. Aucune éthique n’est ici possible, car l’autre ne suscite aucun intérêt.» 

SOURCE : Seul l’amour nous sauveraPape FrançoisPAROLE ET SILENCE (30 mars 2013)

« Culture de la décharge »

«Nous livrons nos vies et, bien pire, celle de nos enfants et de nos jeunes aux solutions miracles et destructrices des drogues (légales ou non), du jeu légalisé, de l’automédication, de la banalisation de spectacles sans contenu, du soin fétichiste apporté au corps. Nous les emprisonnons dans le narcissisme et le consumérisme. Et nous jetons nos anciens, qui méprisent ce narcissisme et ce consumérisme, à la décharge existentielle. C’est ainsi que le manque d’amour instaure la “culture de la décharge”: ce qui ne sert plus, on le jette. (…)» 

SOURCE : Seul l’amour nous sauveraPape FrançoisPAROLE ET SILENCE (30 mars 2013)

Satisfaction de caprices adolescents

«Nous sommes poussés par l’appétit insatiable de pouvoir, le consumérisme et la fausse éternelle jeunesse qui rejettent les plus faibles comme une matière méprisable d’une société devenue hypocrite, occupée à assouvir son désir de “vivre comme il nous plaît” (comme si c’était possible) et guidée uniquement par la satisfaction de caprices adolescents. Le bien public et commun nous semble de peu d’importance, pourvu que notre “ego” soit satisfait. Nous sommes scandalisés de certaines réalités sociales exposées par les médias… Mais nous reprenons au plus vite notre carapace, et rien ne saurait nous décider à assumer la conséquence politique qui devrait être la plus haute expression de la charité. Les plus faibles sont éliminés: les enfants et les personnes âgées. Il m’arrive de penser que nous nous conduisons envers les enfants et les jeunes comme des adultes ayant renoncé.» 

SOURCE : Seul l’amour nous sauveraPape FrançoisPAROLE ET SILENCE (30 mars 2013)

Les dix commandements de la réconciliation (Cardinal Daneels)

  1. Nous accepter nous- même tels que nous sommes, avec joie
  2. Prendre en compte ce que nous avons reçu plutôt que ce que nous qui-nous manque
  3. Remercier plutôt que de se plaindre
  4. Dire du bien des autres et le dire à haute voix
  5. Ne jamais se comparer aux autres : une telle comparaison ne conduit qu’à l’orgueil, et à la désespérance, sans rendre heureux.
  6. Vivre dans la vérité sans craindre d’appeler bien ce qui est bien et mal ce qui est mal
  7. Résoudre les conflits par le dialogue et non par la force : garder en soi les rancœurs ne peut qu’enfermer dans la tristesse.
  8. Dans ce dialogue, commencer avec ce qui rassemble, et n’aborder qu’après ce qui divise.
  9. Faire le premier pas de la réconciliation avant le soir.
  10. Être persuadé que pardonner est plus important que le fait d’avoir raison.

Le Tombeau du Christ

Tombeau du ChristVu hier soir le film « Le Tombeau ». Intéressant, il joue autour de ce que pourrait susciter la découverte du tombeau du Christ. On imagine …

Découvrir le tombeau du Christ est un fantasme aussi vieux que … disons Ponce-Pilate. Il suffit de considérer l’enjeu :

« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » (1 Co 15, 14) disait Saint Paul

Il existe un tombeau du Christ. La tradition (remarquez le « t » minuscule) le situe en ce lieu appelé « Saint Sépulcre », lieu de disputes d’une indigne mesquinerie entre les différents chrétiens. Mais ce sépulcre est vide.

L’idée sous-jacente à la découverte d’un tombeau du Christ est celle du cadavre, ou plutôt des ossements qu’on y trouverait.

Essayons de raisonner logiquement :

  • hypothèse n°1 : le Christ est véritablement ressuscité : toute tentative de trouver ses ossements est vaine
  • hypothèse n°2 : le Christ n’est que Jésus, prophète plus ou moins brillant. Il n’empêche qu’il semble avoir fait carrière dans la mémoire des hommes. Mais il n’est pas ressuscité. Ses disciples le savaient donc et ont monté de toute pièce une imposture. Trois remarques :
    • si les disciples de Jésus savaient qu’il n’était pas ressuscité mais qu’il fallait faire semblant, auraient-ils été assez stupides pour l’enterrer avec une pierre tombale explicite ? Soyons sérieux. Dans ce cas, ses ossements seraient dans une fosse commune quelconque (même si ç’aurait été un scandale pour les Juifs). Aucune réfutation de la résurrection ne serait donc possible
    • en Europe, nous avons une perception d’un christianisme triomphant et dominateur à cause du rôle historique de l’Eglise Catholique y a tenu. Mais Jérusalem a été une ville juive jusqu’à 135 (révolte de Bar-Kochba) puis exclusivement romaine et byzantine, perse de de 614 à 629 puis musulmane depuis 638. Si corps de Jésus il y a , il est dans les environs de Jérusalem, ville depuis 1400 ans aux mains d’ennemis du christianisme. Ils auraient eu un intérêt évident à démontrer que la Résurrection est un mythe. Rien à signaler de ce côté.
    • et nombreux sont ceux que l’intérêt religieux, philosophique ou scientifique aurait dû motiver suffisamment pour qu’ils trouvent cette tombe et les restes si tant est qu’ils existent

Donc, à ceux qui veulent réfuter le christianisme par ce moyen, je dirais qu’il est inutile de chercher un tombeau de Jésus et son corps.

Ce qui démontre a contrario que la Résurrection est article de foi. Ni démontrable, ni réfutable. La célèbre phrase « l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence » vaut dans ce cas pour ceux qui croient et ceux qui ne croient pas.

 

Le Mal preuve de l’inexistence de Dieu ?

Si Dieu existe alors pourquoi y a-t-il le Mal ? Question aussi fréquente et lancinante que légitime. Elle est l’objet même de cette discipline particulière, un peu démodée, appelée « théodicée ».

Beaucoup en déduisent que Dieu n’existe pas sinon il ne permettrait pas l’existence du Mal. Il existe donc deux possibilités :

  • si Dieu n’existe pas, le Mal existe toujours malgré cette mise à « mort de Dieu » donc Dieu n’est pas l’origine du Mal
  • sinon, Dieu n’est pas celui dont on attend qu’il empêche le Mal.

Le Mal n’est donc en aucun cas une preuve de l’inexistence de Dieu. Et quelque soit l’hypothèse retenue, si tant est que Dieu puisse être ramené au statut d’hypothèse, la question de l’origine du Mal se pose. Et pour ceux qui croient malgré le Mal que Dieu existe la question se complique puisque la nature de Dieu, du moins de sa volonté, n’est pas conforme aux attentes communes.

Quelle peut donc être l’origine du Mal ?