Au sujet du Guide des Egarés de Jean d’Ormesson

Guide des égarés (Jean d'Ormesson)J’avais beaucoup aimé La Gloire de l’Empire de Jean d’Ormesson et j’en ai lu ensuite quelques ouvrages. Je trouve en outre le personnage extrêmement sympathique, archétype d’une certaine légèreté de l’esprit français que la pesanteur des nombreuses polémiques actuelles peut faire croire disparu.J’avoue avoir un peu perdu le fil de sa production, riche, continue et intense. J’ai profité de la publication de son Guide des Egarés pour reprendre le fil.

Vive les livres courts !

Un petit livre présente en effet plusieurs avantages. Il est évidemment plus vite lu. Mais il laisse espérer que l’auteur a su exposer de manière claire et synthétique une idée clairement ciblée. Rappelons-nous Blaise Pascal quand il disait : « Je n’ai fait celle-ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte. » (Les Provinciales. XVIème lettre).

Le contrexemple de cette règle est le fameux Choc des Civilisations de Huntington. Son article initial dans l’édition de Foreign Affairs de l’été 1993 fait 29 pages que je devrais d’ailleurs vous résumer un jour. Puis le livre est paru en 2000 : et le Choc des Civilisations (Odile Jacob) fait 545 pages. Le résultat est l’équivalent d’un bon Bourgogne dilué dans 19 fois son volume d’eau : il serait insipide s’il ne restait plus que le goût amer des tanins.

Cette dilution de l’idée a d’ailleurs eu pour effet secondaire de déformer totalement le message initial. Il est en effet difficile de retrouver l’intérêt de l’article dans le livre et surtout dans les commentaires qui en ressortent régulièrement. Et pourquoi donc ? Simplement parce que les commentateurs professionnels ne peuvent matériellement lire, analyser et donc comprendre correctement 10 pavés de 500 pages par semaine.

Donc. Vive les livres courts !

Les limites de l’exercice

Le livre court n’est cependant pertinent que s’il traite d’un sujet bien ciblé. Or Le Guide des Egarés, c’est son parti pris, brasse large ! Le temps, la matière, la vie, la mort, l’Histoire, Dieu, rien que ça … Le pari est audacieux. Le style est agréable mais laisse une double impression de malaise.

D’une part, il y a d’abord la responsabilité de l’écrivain. Jean d’Ormesson pourrait faire figure de sage et sa parole se voir conférer une légitimité et une autorité auxquelles il ne prétend aucunement. Mais il a des lecteurs … Et les lecteurs n’ont peut-être pas tous son discernement et son humilité qui transparaît dans les doutes nombreux qu’il exprime et l’accent qu’il met tout au long du livre sur le mystère.

D’autre part, cette responsabilité implique, sinon de dire la Vérité, de ne pas induire en erreur. Et j’en ai relevé au moins quatre de gravité variable selon la sensibilité du lecteur. J’ai noté trois erreurs de citation et une erreur théologique …

Quelques erreurs de citation

Le gattopardisme

Dans Le Guépard de Lampedusa, Tancrède, le neveu du Prince Salina, dit à son oncle avant de rejoindre les forces de Garibaldi : « Si nous voulons que tout reste en l’état, il faut que tout change » (de mémoire en italien : se vogliamo que tutto rimenga com’è, bisogna che tutto cambi). Salina, grand propriétaire terrien mais surtout conservateur de conviction, désapprouve en effet que son neveu rejoigne les rangs des révolutionnaires. Et Tancrède lui fait comprendre qu’il veut aussi conserver mais que seul le changement le permettra.

On retrouve d’ailleurs cette problématique exposée sur un mode plus léger dans Downton Abbey. Je soupçonne d’ailleurs le scénariste de Downton Abbey d’arrière-pensées politiques plus élaborées que les aventures amoureuses de Lady Mary.

Or Jean d’Ormesson cite un résumé de la phrase de Tancrède, ce qui peut se comprendre, mais l’interprète de la manière suivante : « même si tout change, dans le fond tout demeure ».

N’y aurait-il pas là un contresens surprenant de la part d’une personne aussi indiscutablement cultivée que Jean d’Ormesson ?

La mécanique quantique

Jean d’Ormesson cite au sujet de la physique quantique Niels Bohr qui aurait dit : « Celui qui dit avoir compris la physique quantique n’a rien compris à la physique quantique ».

La citation réelle est « Celui qui n’est pas choqué par la théorie quantique ne l’a pas comprise » (Anyone who is not shocked by quantum theory has not understood it). Il en existe plusieurs variantes tout aussi légitimes car c’est une idée que Bohr a émise à de nombreuses reprises.

La phrase citée par Jean d’Ormesson est généralement attribuée à Richard Feynman (1918-1988), Prix Nobel de Physique, grand physicien mais surtout immense pédagogue dont les cours à l’Université de Berkeley sont un délice pour le passionné de physique.

Je vous accorde que l’écart est aussi secondaire que les errements de Jean-François Copé sur le prix du pain au chocolat mais la précision des sources est tout de même un minimum.

En tout cas, on ne peut reprocher à Jean d’Ormesson une incompréhension de la physique quantique que Bohr et Feynman pardonnent aux physiciens eux-mêmes. A cet égard, Einstein est l’exemple même du scientifique qui n’a pas compris la physique quantique et, pire, en a refusé nombre de conséquences : chaque nouvelle confirmation montre en effet que Bohr a eu raison contre Einstein.

Le « brigandage » d’Ephèse

Jean d’Ormesson parle enfin des premiers conciles comme d’autant de « brigandages ». C’est aller un peu vite, un peu loin en une manière de church-bashing qu’il vaut mieux laisser à d’autres. Car seul le Concile d’Ephèse mérite ce titre.

Le Concile d’Ephèse a été convoqué en 430 par l’empereur de Constantinople Théodose II pour le 7 juin 431. Il a porté principalement sur les deux natures, divine et humaine, du Christ et a abouti à la condamnation des thèses de Nestorius. Mais ce n’est pas ici le sujet.

Pourquoi donc parler du « brigandage » d’Ephèse ? Sans entrer dans les détails, une bonne partie des évêques convoqués ne purent arriver dans les délais. Et ils étaient majoritairement favorables à Nestorius.

Il fut néanmoins décidé de délibérer sans attendre et la condamnation de Nestorius fut immédiate.

Cette façon quelque peu cavalière de gérer les débats, et la manière autoritaire de mettre un terme aux protestations, a mérité, à juste titre, le nom de « brigandage d’Ephèse ».

Mais en aucun cas, les autres conciles oecuméniques des premiers temps ne mériteront ce qualificatif même si les débats y furent tout aussi vifs.

Une erreur théologique

Jean d’Ormesson se revendique clairement catholique. Ce courage est tout à son honneur. Être catholique ne va en effet pas vraiment dans le sens de la doxa majoritaire.

Il prétend par ailleurs ne pas être philosophe même si son agrégation de philosophie lui confère la même légitimité qu’à d’autres agrégés qui n’ont pas ses pudeurs.

On peut donc supposer qu’il parle de Dieu en catholique et non en philosophe. Mais sur ce point, son texte n’est pas très clair.

C’est donc son point de vue catholique qui est surprenant. Dire en effet qu’on ne sait rien de Dieu et qu’on ne peut rien en dire semble faire fi de Jésus-Christ.

Dans le chapitre 14 de l’Evangile de Saint Jean, on lit en effet :

  • verset 7 : Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu.
  • et au verset 8, la question de Philippe : Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit.
  • lui vaut la réponse du verset 9 : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ?

Avouons que ces trois versets peuvent laisser de marbre un non-croyant s’ils ne provoquent pas chez lui une franche hilarité : c’est en effet « Folie pour les Grecs, scandale pour les Juifs ».

Mais de la part d’un catholique confessant comme Jean d’Ormesson, j’avoue une certaine surprise.

L’exigence de l’affection

Peut-être suis-je un peu dur avec Jean d’Ormesson. Mais c’est sans doute parce que l’aime bien. Et que de ceux qu’on aime, on craint la déception et on espère la perfection. Ce n’est qu’affection exigeante ou exigence affectueuse s’il existe une différence.

Et après tout, les approximations de Jean d’Ormesson ne nuisent pas à l’intérêt de son ouvrage à condition qu’on ne le prenne ni pour un manuel de sagesse ni pour un livre de théologie mais une piste de réflexions.

Car beaucoup, trop, d’auteurs proposent actuellement leur propre manuel de sagesse. Il suffit de lire la production pléthorique d’un Frédéric Lenoir quand il ne s’agit pas de la litanie des « romanciers de développement personnel » qui fleurissent depuis l’Alchimiste de Paolo Coelho (voir le Top 20 de la semaine dernière).

Et Jean d’Ormesson  suscitant en nous des questions pertinentes, plus qu’en fournissant des réponses, superficielles voire convenues, se tire avec les honneurs de l’exercice difficile d’une certaine sagesse.

 

 

Top 20 Livres Hebdo du 17 au 23 octobre 2016

Un classement relativement stable cette semaine.

Seulement deux nouveautés en effet font une entrée correcte en 8ème et 12ème place, ce qui ne bouscule par vraiment le classement :

  • un manga français réalisé par le youtuber Kevin Tran : Ki & Hi volume 1. Deux frères. Sa réputation youtubesque a sans aucun doute contribué à la promotion du titre. Ci-joint un échantillon sur YouTube. Une confidence : la vidéo dure 8 mn 40 s, j’ai craqué à 2 mn 11 s car je n’avais toujours pas réussi à sourire. Je n’ai pourtant pas les lèvres gercées. Peut-être suis-je trop vieux pour ce type de rire ? Et je ne vais pas tout de même pas « faire le jeune », façon Jack Lang pour être populaire … Bref, vous êtes assez grands pour vous faire une idée par vous-mêmes.
  • Libérez votre cerveau d’Idriss Aberkane, déjà présent depuis quelques temps au Top 50 des essais. Etrangement, je n’ai jamais constaté que les sociologues s’intéressaient à l’obsession de nos contemporains pour l’intelligence. Parlez du cerveau, de son utilisation ou de surdoués et c’est le tabac assuré ! Tiens, un jour, je vous ferai un post sur le QI. Un ami me bassinait tellement avec le QI de sa fille surdouée (son fils ne l’étant pas, le pauvre …) que je me suis renseigné sur le sujet. En résumé, oui le QI veut dire quelque chose et non les sourdoués ne sont pas nécessairement malheureux ni infréquentables. Mais surtout si vous pensez que votre enfant ou vous-mêmes êtes surdoués, allez passer un test : c’est fiable et ça calme (les prétentions ou les angoisses, tout dépend du résultat).

Autres mouvements significatifs :

Le Guide des Egarés de Jean d’Ormesson gagne encore une place. Nous vous recommandons la lecture du commentaire Au sujet du Guide des Egarés de Jean d’Ormesson.

Bref, vivement la semaine prochaine !

Voir aussi le

1 Harry Potter et l’enfant maudit
J.K. Rowling
2 La fille du train
Paula Hawkins
+1
3 Guide des égarés
Jean d’Ormesson
+1
4 L’Arabe du futur 3. 1985-1987
Riad Sattouf
-2
5 La cabane. Lou ! Volume 7
Julien Neel
6 Un Président ne devrait pas dire ça …
Fabrice Lhomme, Gérard Davet
7 Sur les chemins noirs
Sylvain Tesson
8 Deux frères. Ki & Hi. Volume 1
Kevin Tran, Fanny Antigny
 nouveau 
9 Les cloches sonneront-elles encore demain ?
Philippe de Villiers
+1
10 Opération Napoléon
Arnaldur Indridason
-2
11 Mirage
Douglas Kennedy
+4
12 Libérez votre cerveau ! Traité de neurosagesse pour changer l’école et la société
Idriss Aberkane
 nouveau 
13 Lettres à Anne. 1962-1965
François Mitterrand
-1
14 Et tu trouveras le trésor qui dort en toi
Laurent Gounelle
-1
15 Intimidation
Harlan Coben
+1
16 One Piece. Tome 80
Eiichiro Oda
-5
17 Demain les chats
Bernard Werber
-8
18 Le secret du mari
Liane Moriarty
+1
19 L’instant présent
Guillaume Musso
+4
20 Les lois naturelles de l’enfant
Céline Alvarez
-3

Liste publiée par Livres Hebdo

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Grand Prix de l’Académie Française 2016

Le dernier des n^tres (Adélaïde de Clermont-Tonnerre)L’Académie Française vient de remettre son Grand Prix 2016 à Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour son roman Le dernier des nôtres paru chez Grasset le 17 août dernier.

Elle l’emporte part 11 voix contre 5 à Benoît Duteurtre pour Livres pour adultes paru chez Gallimard.

 

Le dernier des nôtres dans la presse de ce jour :

Voici un roman comme la France en produit rarement : c’est-à-dire guère français, mais « pulp », d’esprit feuilletoniste et américanotrope. Adélaïde de Clermont-Tonnerre dirige le magazine Point de vue après être passée par l’École normale supérieure. Entre monarchies républicaines et vanités royales, un esprit rendu attentif aux généalogies ne peut qu’explorer les archives du XXe siècle. C’est dans ce mouvement que l’auteure de Fourrure (2010) place son nouveau livre

la suite sur le site du Point

C’est Adélaïde de Clermont-Tonnerre qu’a choisi cette année l’Académie française, couronnant l’auteure pour son deuxième livre, « Le dernier des nôtres : une histoire d’amour interdite au temps où tout était permis » (Grasset), l’histoire d’amour d’un couple américain ambitieux : un jeune homme de la classe moyenne et une jeune héritière artiste dans le New York effervescent de la Factory d’Andy Warhol

la suite sur le site de La Croix

Adélaïde de Clermont-Tonnerre a remporté, jeudi 27 octobre, le Grand Prix du roman de l’Académie française pour son second roman, Le Dernier des nôtres, publié chez Grasset.

Adélaïde de Clermont-Tonnerre a été choisie au premier tour par onze voix, contre cinq attribuées à Benoît Duteurtre pour Livre pour adultes (Gallimard) et trois à Sylvain Prudhomme pour Légende (Gallimard).

Après un début de carrière dans la finance, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, 40 ans, s’est orientée vers le journalisme. Elle est aujourd’hui directrice de la rédaction de l’hebdomadaire Point de vue.

Elle reçut cinq prix pour son premier roman, Fourrure, publié en 2010 (Stock). Elle fut également finaliste du prix Goncourt du premier roman et figurait sur la liste d’été du prix Renaudot.

la suite sur le site du Monde

Ils ont abattu les grands arbres de Kurt Jaïs-Nielsen

ils-ont-abattu-grands-arbres-kurt-jais-nielsenKurt Jaïs-Nielsen vient de publier son deuxième roman Ils ont abattu les grands arbres chez Tensing. Il nous a paru normal d’en parler pour 3 raisons.

Pourquoi après avoir évoqué le Prix Médicis et les quatre finalistes du Goncourt, évoquerais-je un auteur encore méconnu publié chez un éditeur qui l’est tout autant ?

Raison n°1

La réponse est peut-être dans la question. Pourquoi toujours céder à la mode et au flux médiatique inévitable sinon imposé ? Il paraît plus de 200 romans en moyenne par semaine. Comment se retrouver dans une telle production qui peut prétendre avoir tout lu ? Il est donc logique que les grands éditeurs et médias « simplifient » la tâche des lecteurs. Et je ne parle pas de celle des libraires car au total, ce sont plus de 1200 titres qui paraissent chaque semaine en incluant bande dessinées, mangas, ouvrages techniques et livres pour enfant.

Il n’empêche qu’on peut donner sa chance à un auteur et à un éditeur. Voilà, c’est chose faite.

Raison n°2

Le thème du roman a également attiré mon attention. En voici la présentation par l’éditeur :

Quand Eva part pour le Rwanda elle pense laisser derrière elle le mal de vivre qu’elle traîne depuis l’adolescence. Plus que la verdeur et les brumes du pays des mille collines, ce sont les habitants d’un village proche du lac Ruhondo, Jean, sa mère Solitude, Agathe sa grand-mère qui lui feront découvrir un bonheur simple qui la comble. Mais bientôt la réalité sauvage du génocide rwandais les submergera.

À son tour, Eva parviendra-t-elle à sauver Jean, l’enfant rescapé d’une tuerie hutue ? Quelle sera l’issue de leur errance sur les routes jonchées de cadavres et de misère ? Trois ans plus tard, de retour à Paris, elle est rattrapée par son ancienne mélancolie qui ne la quittera plus. Est-ce cependant une raison suffisante pour commettre l’irréparable ?

La thématique du génocide rwandais et de la nostalgie des Grands Lacs africains revient régulièrement comme un remords qu’on essaie d’enfouir sans jamais y parvenir. La France a joué un rôle dans ce drame mais lequel ? Fut-il bien ou malveillant ? Le saura-t-on un jour ?

Mais surtout, si les pays occidentaux devaient faire le travail de deuil et de réparation nécessaire, ils devraient aussi traiter la génocide silencieux du Kivu, voisin du Rwanda, qui continue pendant que nous regardons ailleurs, parfois même à juste titre puisque d’autres drames se jouent à nos portes.

D’ailleurs sur la thématique des Grands Lacs, Petit Pays de Gaël Faye fait actuellement une belle carrière et a encore toutes ses chances pour le Goncourt.

Donc si la douceur et la violence de la région des Grands Lacs vous interpellent et si vous ne voulez pas jouer le jeu des prix littéraires, laissez vous tenter par Ils ont abattu les grands arbres

Raison n°3

Kurt est un ami …

N’est-ce pas la meilleure des raisons ?

Il a aussi publié le 30 septembre 2015 Le Goût de la Rhubarbe, un polar original qui a reçu le Prix Scriborom 2015. (Kurt avait oublié que c’était mon anniversaire le 30 et que j’adore la rhubarbe : je ne suis pas rancunier).

Goncourt 2016. Les quatre finalistes

academie-goncourtL’Académie Goncourt vient de publier la liste des quatre finalistes avant l’attribution définitive du Prix Goncourt 2016 le 3 novembre.

La deuxième liste comportait les titres suivants (par ordre alphabétique des auteurs). Voici de façon un peu cruelle, la liste des finalistes :

Soit de façon plus charitable :

Mais après tout la première présentation était peut-être plus aimable. Les quatre éliminés ne sont pas nécessairement mauvais ou inintéressants donc pourquoi les oublier ?

Les éditeurs se classent désormais de la façon suivante :

Prix Femina 2016

Le premier grand prix littéraire de l’automne, le Femina a décerné ses trois Prix (roman, étranger et essai) au Cercle Interallié aujourd’hui.

garcon-prix-femina-2016-marcus-maltePrix Femina

Décerné à Marcus Malte pour Le garçon (Zulma) par 7 voix contre 3 à Nathacha Appanah pour Tropique de la violence (Gallimard).

 vies-papier-prix-femina-etranger-2016-rabih-alameddineFemina étranger

Décerné à Rabih Alameddine pour Les vies de papiers (Les Escales), par 5 voix contre 4 à Petina Gappah pour Le livre de Memory (Lattès).

charlotte-delbo-vie-retrouvee-ghislaine-dunantFemina essai

Décerné à Ghislaine Dunant pour Charlotte Delbo, la vie retrouvée (Grasset), par 6 voix contre 4 à Jacques Henric pour Boxe (Seuil).

 

 

Il couronne deux petites maisons d’édition (Zulma et Les Escales) contrairement au Goncourt qui le même jour a choisi ses 4 finalistes dans le trio classique Gallimard-Grasset-Seuil.

Top 20 Livres Hebdo du 10 au 17 octobre 2016

Les nouveautés bousculent une fois de plus le classement :

  • Harry Potter arrive d’emblée en tête, ce qui n’est guère une surprise.mais attention ! Ce n’est pas tout à fait un « vrai » Harry Potter, c’est la retranscription d’une pièce de théâtre …
  • notre vénéré Président de la République fait beaucoup parler de lui avec ses confidences très contestées. Le monde de l’édition est de plus en plus pressé, on a désormais tendance à écrire ses mémoires avant même d’avoir terminé. Recueillez rapidement les confidences de votre nouveau-né, on ne sait jamais.
  • Sylvain Tesson avec ses Chemins Noirs confirme son statut d’auteur à succès. mais comme il a raison ! Une promenade dans nos chemins creux vaut toutes les séances de yoga. Mais peut-être faut-il y voir un autre aspect d’une quête identitaire qui sonne différemment avec …
  • Philippe de Villiers qui sonne le tocsin pendant qu’il reste des cloches dans nos clochers. Sans se complaire dans le décadentisme, il y fut, il est vrai, un temps où les immigrés de tous horizons rêvaient de devenir français. Or le moins qu’on puisse dire est que nos râleries, nos polémiques dérisoires et notre mépris de nous-mêmes ne fait plus vraiment envie.
  • enfin, on se doutait que la correspondance de François Mitterrand susciterait un intérêt légitime même si certains ont pu considérer la publication par Anne Pingeot de sa correspondance privée comme impudique, au mieux, purement vénale, au pire. On notera cependant que seul le premier tome figure au hit-parade : il parle de l’histoire personnelle. Or le second expose vu de l’intérieur, voire de l’intime, le passage de Mitterrand du statut d’homme politique marginalisé sinon has-been à celui de symbole de lendemain qui chantent … avant de déchanter. Aurions-nous un coeur de midinette plutôt que l’âme politique ?

On remarque une belle remontée d’Opération Napoléon. C’est le cycle classique d’un bon polar. A titre d’exemple, le Secret du mari subit un fort recul. Parions donc sur un fort recul d’Opération Napoléon la semaine prochaine.

Et enfin, parmi les candidats aux prix littéraires, Petit pays confirme son maintien au Top 20. Il serait donc étonnant qu’il soit absent des palmarès.

Voir aussi le

A la semaine prochaine …

1 Harry Potter et l’enfant maudit
J.K. Rowling
 nouveau 
2 L’Arabe du futur 3. 1985-1987
Riad Sattouf
3 La fille du train
Paula Hawkins
-2
4 Guide des égarés
Jean d’Ormesson
-1
5 La cabane. Lou ! Volume 7
Julien Neel
 nouveau 
6 Un Président ne devrait pas dire ça …
Fabrice Lhomme, Gérard Davet
 nouveau 
7 Sur les chemins noirs
Sylvain Tesson
 nouveau 
8 Opération Napoléon
Arnaldur Indridason
+10
9 Demain les chats
Bernard Werber
-3
10 Les cloches sonneront-elles encore demain ?
Philippe de Villiers
 nouveau 
11 One Piece. Tome 80
Eiichiro Oda
-6
12 Lettres à Anne. 1962-1965
François Mitterrand
 nouveau 
13 Et tu trouveras le trésor qui dort en toi
Laurent Gounelle
-1
14 Walking Dead 26. L’appel aux armes -10
15 Mirage
Douglas Kennedy
-6
16 Intimidation
Harlan Coben
-8
17 Les lois naturelles de l’enfant
Céline Alvarez
-10
18 Petit pays
Gaël Faye
-7
19 Le secret du mari
Liane Moriarty
-6
20 Le premier miracle
Gilles Legardinier
-3

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Top 20 Livres Hebdo du 3 au 9 octobre 2016

Grand chamboulement dans le classement cette semaine :

  • arrivée de trois BD en tête de peloton
  • Jean d’Ormesson fait (comme d’habitude) une entrée foudroyante : mais comment fait-il ?
  • 3 polars d’habitués des best-selles (Douglas Kennedy, Harlan Coben, Arnaldur Indridason) font une entrée plutôt remarquée

On remarquera la place que prennent les « romans de développement personnel » (Et tu trouveras le trésor qui dort en toiTa deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’uneLe premier miracle). Faut-il que nos contemporains se sentent mal ! Pourtant avec tant d’ouvrages de savoir-vivre, ils devraient bien finir par trouver une solution …

Il est étonnant que les livres politiques soient si peu présent : déjà la saturation ?

Et enfin, les grands titres de la Rentrée 2016 ne rencontrent pas un succès fulgurant : des sélectionnés dans la deuxième liste du Goncourt, ne reste que Petit pays,

Voir aussi le

A la semaine prochaine …

1 La fille du train
Paula Hawkins
2 L’Arabe du futur 3. 1985-1987
Riad Sattouf
 nouveau 
3 Guide des égarés
Jean d’Ormesson
 nouveau 
4 Walking Dead 26. L’appel aux armes  nouveau 
5 One Piece. Tome 80
Eiichiro Oda
 nouveau 
6 Demain les chats
Bernard Werber
 
7 Les lois naturelles de l’enfant
Céline Alvarez
-4
8 Intimidation
Harlan Coben
 nouveau 
9 Mirage
Douglas Kennedy
 nouveau 
10  La cause du peuple : l’Histoire interdite de la présidence Sarkozy
Patrick Buisson
 -8
11  Petit pays
Gaël Faye
 -7
12  Et tu trouveras le trésor qui dort en toi
Laurent Gounelle
 nouveau 
13  Le secret du mari
Liane Moriarty
 -6
14  Les dieux du verdict
Michael Connelly
 +5
15  L’instant présent
Guillaume Musso
 -7
16  Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une
Raphaëlle Giordano
 -7
17  Le premier miracle
Gilles Legardinier
 nouveau 
18  Opération Napoléon
Arnaldur Indridason
 nouveau
19  L’amie prodigieuse : enfance, adolescence
Elena Ferrante
 
20  Flic
Michel Neyret
 nouveau 

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La plénitude du vide

plenitude-vide-trinh-xuan-thuan

Quelques scientifiques réussissent à percer dans le monde de l’édition. Citons Hubert Reeves, Etienne Klein et d’autres dont j’espère qu’ils ne me tiendront pas rigueur de les avoir oubliés. Réservons aujourd’hui une mention spéciale à Trinh Xuan Thuan.

Je précise que je ne lis plus les livres scientifiques, les informations sont souvent plus précises et plus récentes dans les publications scientifiques telles que La Recherche ou Pour la Science (Nature est trop cher pour moi et c’est en anglais, ne cumulons pas la difficulté des sujets avec celle de la langue).

Je ne ferai donc pas une critique du livre mais de la quatrième de couverture. Et donc pas de l’auteur mais plutôt de l’éditeur, du moins je l’espère.

Que dit cette quatrième de couverture ?

La physique contemporaine […] a montré que le vide n’est pas un néant inerte, puisque que des particules éphémères, comme le boson de Higgs, peuvent en émerger. Cette « fécondité du vide », que l’on découvre aujourd’hui, rejoint en partie les intuitions des traditions taoïstes et bouddhistes, comme le montre l’auteur à la fin de son ouvrage.

Une rappel pertinent

A juste titre, il est rappelé que le « néant » et le « vide » sont deux notions distinctes que l’on a trop tendance à confondre.

Depuis Parménide – avant Socrate donc, c’est dire si l’idée est ancienne -, on sait que « du néant, on ne peut parler ». Le néant est en effet l’absence d’être. En parler, le qualifier, lui donnerait nécessairement une consistance donc un être. Délicat. Bref c’est une notion philosophique et plus précisément métaphysique.

Le vide, en revanche, est une notion physique : c’est l’absence de matière. Quand on dit qu’un parachutiste saute dans le vide, c’est une erreur : il saute dans l’air. Et d’ailleurs s’il sautait dans le vide, son parachute ne lui serait d’aucune utilité puisque c’est le frottement de l’air qui ralentit la chute. Le frottement de rien ne ralentit pas …

De nombreux débats eurent lieu dans l’entre-deux guerres entre physiciens lors de la naissance de ce corpus qu’on appelle désormais physique quantique (et non plus mécanique quantique). Signalons au passage qu’Einstein y a abondamment participé en se trompant régulièrement mais ses remarques ont considérablement fait avancer la physique en poussant les autres physiciens dans leurs retranchements : quand Einstein doute, o s’interroge tout de même un peu. Nous y reviendrons.

Le débat le plus vif eut lieu entre Schrödinger et Heisenberg. Le formalisme de Schrödinger était fondé sur l’analyse – pour faire court une fameuse équation différentielle – et celui d’Heisenberg sur l’algèbre. Pour Heisenberg, chaque observable peut être représenté par une matrice hermitienne.

Une matrice hermitienne est une matrice à coefficients complexes et à valeurs propres réelles. Pour rassurer le lecteur, « matrice », « complexe » et « valeurs propres » sont des notions du niveau du bac scientifique même si je ne suis pas sûr qu’elles y soient encore au programme. Ces valeurs propres sont les états que peut prendre un système.

Or si l’on fait une mesure A puis B, on n’obtient pas le même résultat qu’en mesurant B puis A : en terminale, on sait que le produit de deux matrices n’est pas commutatif. La commutativité, c’est l’autre test de la tartine. Vous n’avez pas du tout le même résultat si vous tartinez d’abord le beurre puis la confiture, que si vous étalez d’abord la confiture puis le beurre. Ce test fonctionne également avec du miel.

Et de ces considérations, Heisenberg déduisit qu’on ne peut connaître à la fois la position et l’énergie d’une particule. Or si dans le vide, il n’y avait rien et un vrai rien de rien, on connaîtrait sans ambiguïté et la position, disons nulle, et l’énergie qui ne le serait pas moins.

Le vide est donc une espèce de « mousse quantique » où apparaissent des paires de particule et antiparticule d’autant plus éphémères que leur énergie est élevée. Bref, ça grouille dans le vide. Et Trinh Xuan Than a raison de le rappeler.

Une conclusion nettement moins pertinente

La confusion entre « néant » et « vide » est une source d’erreur récurrente qui est du ressort du « concordisme » qui est l’idée de vouloir justifier la religion par la science. On peut aussi vouloir nier la religion par la science, ce serait de l’anti-concordisme si ce terme existait.

Car le débat central est la création puisque croyants et athées voient surtout en Dieu le Créateur. S’il y a Big-Bang, il n’y a plus besoin de Créateur et la science gagne aux tirs au but.

Pas si simple, car comme le rappelait à juste titre l’astronome Michel Cassé lors d’un entretien sur France-Culture, la Création est l’évènement par lequel Dieu aurait tiré le Cosmos du Néant tandis que le Big-Bang serait le résultat d’une fluctuation quantique du vide, de belle taille je vous l’accorde.

Lorsque Pie XII s’emballa un peu vite voyant dans le Big-Bang la preuve de la Création, l’Abbé Lemaître qui en avait démontré l’existence envoya une lettre au Pape pour lui expliquer – fort respectueusement – qu’il ne fallait pas tout mélanger. Pie XII ne se le fit pas dire deux fois.

Cette manie de mélanger science et religion à mauvais escient est parfaitement exaspérante d’autant que leur dialogue est possible. Et enrichissant, la religion catholique a en effet beaucoup gagné dans sa confrontation avec la science, moins violente qu’on ne nous le serine avec l’affaire Galilée.

(Au passage, pauvre Galilée, comme il a été persécuté. Car à quoi a-t-il été condamné ? A rester chez lui pendant un an et à une prière de pénitence chaque semaine, prière qu’il a pu faire dire par sa fille carmélite. Le Pape Urbain VIII ne l’a même pas privé des bénéfices ecclésiastique que Galilée s’est bien  gardé d’abandonner ou de dénoncer).

Et là où la quatrième de couverture devient risible, c’est quand elle prétend que le bouddhisme avait l’intuition du vide quantique. C’est confondre avec la notion bouddhiste de « vacuité » qui devrait faire fuir tout Occidental qui n’aurait pas fait la retraite bouddhique des « trois ans, trois mois et trois jours ».

Saint Augustin disait qu’il n’y a pas d’avant la Création puisque Dieu a créé d’un geste le cosmos et le temps, bref l’espace-temps. Faut-il voir en Saint Augustin l’inspirateur de Poincaré (Henri et non Raymond), Lorenz et Einstein ? Soyons sérieux …

Evitons donc de retomber dans des travers que l’Eglise Catholique a enfin réussi à éviter.

Mais muni de ces quelques avertissements et précisions, vous pouvez néanmoins acheter ce livre qui, n’en doutons pas, vaut sûrement mieux que sa quatrième de couverture. En cliquant ICI par exemple.

Prix Goncourt 2016. Deuxième sélection.

academie-goncourtL’Académie Goncourt vient de publier sa deuxième liste. Nous passons donc de 16 à 8 titres.

La troisième et dernière liste sera publiée le 25 octobre avant l’attribution définitive du Prix Goncourt 2016 le 3 novembre.

Cette deuxième liste comporte les titres suivants (par ordre alphabétique des auteurs) :

Les éditeurs se classent de la façon suivante :