Règlementation bancaire. La VaR (value-at-risk)

Il faut encadrer l’activité bancaire car les banquiers font n’importe quoi :

  • quand ils gagnent de l’argent, il se servent des bonus délirants (Antoine Zacharias chez Vinci n’était pourtant pas banquier)
  • quand ils perdent de l’argent, ils mettent l’économie en danger

et ce n’est pas faux …

Que faire de ces gens-là, car on en a quand même parfois besoin quand on veut investir :

  • pour acheter son logement, il vaut encore mieux compter sur son banquier que sur la famille qui est soit démunie, soit clairement déterminée à vous laisser payer des droits de succession sur un héritage qui arrivera trop tard.
  • pour investir dans son entreprise, il vaut mieux compter sur son banquier que sur un « business angel », espèce rarissime de ce côté-ci de l’Atlantique, qui ne vous prêtera que s’il est sûr que l’affaire est prometteuse et qu’il pourra vous la piquer dès qu’elle aura atteint son rythme de croisière.

On impose donc une réglementation bancaire fondée sur le principe de bon sens suivant : la banque doit avoir assuré ses arrières. En terme financiers et plus académiques, ses fonds propres doivent lui permettre de faire face aux risques liés à ses engagements.

Et pour faire court, le grand principe de base de la réglementation bancaire est que vos fonds propres doivent être un pourcentage (8% si ma mémoire est bonne) de votre VaR (« value-at-risk »).

La VaR. Qu’est-ce que cette bête-là ?

La VaR est une notion tout à fait intéressante, et n’hésitons pas à le dire pertinente, élaborée par la banque J.P. Morgan dans le cadre d’un système de contrôle (ou plutôt d’auto-contrôle) appelé RiskMetrics. Il s’agissait de mesurer sur un portefeuille donné le risque encouru en répondant à la question suivante « quel est le montant V tel que, d’ici demain, j’ai 5% de probabilité – on n’ose dire de chances – de perdre V ou plus ». C’est ce qu’on appelle une VaR 95% à 1 jour.

Cette notion avait l’avantage d’obliger le gestionnaire du portefeuille d’actif à se poser de bonnes questions sur son exposition et sa couverture et lui donner une idée concrète, parfois effrayante, d’un risque dont il est impossible d’avoir une idée intuitive. Mais, pour un trader, il s’agissait d’un chiffre synthétique qui donnait une vision synthétique et rapide alternative à la connaissance approfondie et détaillée qu’il a naturellement de son portefeuille, s’il est un minimum sérieux et compétent, ce qui n’est jamais garanti.

Or la VaR présente les inconvénients de ses qualités, phrase qui ne voudrait rien dire, si la pratique ne la confirmait. On a trouvé l’idée tellement bonne qu’on a essayé de la mettre à toutes les sauces :

  • en termes réglementaires, on est passé de la VaR 95% 1 jour que nous vous avons expliquée à la VaR 99% 10 jours. ce qui pose un problème
  • on a généralisé au point d’obtenir LA VaR de toute une banque

La VaR 99% 10 jours

Qu’un trader souhaite anticiper ce qui peut lui tomber dessus le lendemain est une garantie de sérieux et de santé mentale car c’est un métier difficile. Mais comment passer d’une prévision au lendemain à une prévision à dix jours. Demandez à un météorologue ce qu’il en pense, et il vous parlera de modèles à établir, de super-calculateurs à élaborer et d’incertitude sur le résultat. Et non, il ne vous assènera pas la célèbre métaphore du « papillon de Rio » car elle est fausse.

Pour les marchés, la difficulté est pire car si la météo ne dépend, par définition, que du temps qu’il fait, les marchés dépendent aussi du temps qu’il fait. Ils varient, tout le monde le sait, de déclarations de tel ou tel homme politique, directeur de Banque Centrale ou chef d’entreprise, voire des états d’âme, justifiés ou non, de telle  nation. L’exercice est donc on ne peut plus acrobatique.

Donc première question pourquoi vouloir prévoir à dix jours (ouvrés) ? Parce que ça fait deux semaines. Et pourquoi deux semaines ? Parce que si on avait dit une semaine, on aurait eu l’air très imprévoyant voire futile et à un mois on aura eu trop visiblement l’air de jouer les Nostradamus. Le choix des dix jours est donc plutôt arbitraire.

Et pourquoi établir un horizon de confiance à 99% et non 95% ? Parce que une chance sur cent est intuitivement équivalent de l’improbable voire de l’impossible. Car si personne n’est assez fou pour jouer à la roulette russe avec une carabine, il y a des amateurs de roulette russe au six coups et, à peu près n’importe qui serait prêt à jouer à la roulette russe pour 1M € avec un barillet hypothétique de cent positions chargé d’une seule balle. Le 1% est donc tout aussi arbitraire que le 10 jours.

Comment donc passe-t-on de la VaR opérationnelle primitive 95% 1 jour à la Var réglementaire 99% 10 jours ? Facile avec les probabilités, il suffit de supposer une loi de distribution des variations des marchés (des « rendements ») qui soit « normale » et n’importe quel élève de deuxième année de licence (saudf en langue, droit, philo ou psycho, ce qui commence à faire du monde) passe de l’une à l’autre par l’application d’un simple coefficient multiplicateur, ce que tout le monde fait allègrement.

Mais qu’est-ce que cette loi « normale » ? Un instrument très utile, sauf pour décrire la normalité … Car elle suppose que les évènements d’un jour sont indépendants de ceux de la veille et n’influencent pas ceux du lendemain. Inutile d’être un ancien de l’ENSAE pour comprendre que l’hypothèse est hardie, voire inconsciente en période de crise. Tout le monde sait bien que les décisions de Sarkozy et de Merkel d’avant-avant-hier ont une influence sur les élections grecques de juin. Inutile de fournir un autre exemple.

La VaR globale

Rappelons qu’à ses débuts, la VaR était un outil de mesure du risque d’un portefeuille de taille limitée. Une banque de marché est un ensemble de portefeuilles, plutôt nombreux, de tailles limitées qui finissent par faire de (très) gros engagements.

Si les risques de ces portefeuilles étaient totalement indépendants, le calcul d’une VaR globale serait simple. On sait additionner les risques d’évènements indépendants pour établir un risque global, quoique …

En tout cas, dans une banque, les risques ne sont pas indépendants. Un exemple simple : un portefeuille peut être détenteur d’un actif (« long ») ou vendeur d’icelui (« short »). Avec un peu de chance, la banque n’est ni acheteuse, ni vendeuse de cet actif si le portefeuille 1 est détenteur de la quantité d’actif dont le portefeuille 2 est « short ». La banque est dans ce cas non exposée au global (« flat »).

En outre, deux portefeuilles peuvent être exposés à des actifs dont la valeur est liée. Par exemple, des valeurs liées au pétrole seront liées au cours du dollar puisque le pétrole est libellé en dollar.

Il est donc nécessaire pour calculer le risque global d’une banque de bien maîtriser la corrélation de ces risques. Et là, ça se gâte franchement. Dans un article prochain, nous vous en ferons la démonstration.

Mais pire que tout cela, il est évident que résumer le risque de toute une activité à un chiffre unique, fût-il la VaR 99% 10 jours est une aberration. Est-il nécessairement d’avoir recours aux théories de l’information, de la complexité pour comprendre qu’un nombre unique, en le supposant exact, hypothèse déjà hardie, véhicule nécessairement moins d’informations qu’un tableau de chiffres, les explications de ceux qui l’ont élaboré et les questions des ceux qui le lisent ?

C’est pourtant, à peine caricaturé, le fondement de la réglementation bancaire qu’on nous assène régulièrement depuis des mois.

A suivre …

L'illusion de la "règle d'or"

Inscrivez dans la Constitution la « règle d’or » (interdiction du déficit dont les modalités restent à préciser) et le problème sera réglé.

Mais alors pourquoi donc refuser une solution aussi simple ?

Voit-on souvent des problèmes complexes résolus par des solutions simples ? Quand cet évènement exceptionnel se produit, cela signifie généralement que le problème était plus simple qu’on ne le croyait et qu’on le prenait sous un mauvais angle.

Et cette « règle d’or » est d’une naïveté confondante. Comme s’il suffisait de signer un engagement pour le respecter : le mariage n’a jamais empêché l’adultère …

Plus sérieusement, donc plus financièrement parlant, c’est oublier comment la Grèce a forcé l’entrée dans l’euro. Le gouvernement grec a subtilement négocié avec la banque Goldman Sachs un certain nombre d’engagements sous forme de swaps complexes qui permettaient de sortir une dette considérable des statisques visibles : c’est la fameuse technique du hors-bilan.

De mauvaises langues prétendent même que la dette allemande est bien supérieure à son affichage, les garanties apportées aux Landesbanks constituent un engagement hors-bilan d’autant plus proche de la dette que ces banques régionales sont en piteux état.

Enfin, c’est oublier que le « Pacte de Stabilité » exigé par l’Allemagne comme corollaire du Traité de Maastricht a été signé. Et enfreint pour la première fois par … l’Allemagne (voir l’historique sur le site de la Documentation Française).

Enfin, un engagement de type « règle d’or » présentent deux caractéristiques dangereuses :

  • pour les gouvernants : croire que la mesure étant prise, elle est effective. C’est le défaut de bien des managers : croire que le planning et la réalisation sont une seule et même chose
  • pour les gouvernés : croire que les gouvernants ont agi. Mais avouons que ce n’est pas sans avantages pour un gouvernement plus soucieux de communication que d’action en profondeur.

Mais pour des raisons électorales, la « règle d’or » sera probablement adoptée après les législatives françaises. On en parlera au sommet européen du 28 juin. Angela Merkel en aura besoin près de son électorat et François Hollande aura sa majorité. La France essaiera de ne pas l’inscrire dans sa Constitution.

Et ensuite, les pronostics sont ouverts pour savoir quand l’Allemagne violera la « règle d’or » car elle sera la première à le faire : quand on est au sommet d’un cycle, on ne peut que redescendre n’est-ce pas ?

Alors contre la « règle d’or » ? Certainement pas. Mais elle doit être présente dans tous les esprits et non seulement sur un papier, fût-il la Constitution de la République.

Mais la « règle d’or » doit être appliquée intelligemment. C’est-à-dire, pour faire simple, elle doit refuser de financer le fonctionnement de court terme par de la dette à long terme mais privilégier l’investissement financé par une dette de bon aloi.

Cessons donc de nous bercer de slogans.

La Bourse et les "investisseurs". Facebook, la suite.

Que Facebook ait été surévalué lors de son introduction en Bourse, c’est probable. Mais que les investisseurs se plaignent à peine 3 jours après est une grande première (cf. LeMonde.fr du 23 mai).

C’est en tout cas l’illustration non de la perversion de la Bourse elle-même mais du comportement de ceux qui osent s’appeler « investisseurs » sans vergogne aucune. Car qu’est-ce qu’un investissement de 3 jours ? Une plaisanterie ou, plus simplement, une sottise. Ce qui n’empêchera pas ces mêmes « investisseurs » de porter aux nues Warren Buffet.

Car que dit Warren Buffet ? « Un investissement est quelque chose que vous achèteriez même si la Bourse fermait pendant 10 ans ». Un horizon 1200 fois plus long.

Dans un bilan, les actions sont les ressources les moins exigibles. L’actionnaire investit ses fonds pour une durée illimitée dans l’espérance d’une plus-value. Mais une plus-value à long terme. Car si vous faites une plus-value à court terme, cela signifie :

  • soit que vous avez acheté sous sa valeur : vous avez escroqué le vendeur
  • soit que vous avez vendu au-dessus de sa valeur : vous avez escroqué l’acheteur
  • soit que vous avez fait les deux : vous êtes un gros malin mais un bel escroc et de toute manière vous allez un jour vous croire trop malin et vous faire arnaquer par plus filou que vous, ce qui sera bien fait.

Car il est exceptionnel que la valeur intrinsèque d’une action puisse exploser d’un jour à l’autre. Ce peut être le cas lors d’une OPA, de la découverte d’un brevet qui vous ouvre un marché exceptionnel, d’un nouveau gisement pour les industries extractives. Une plus-value brusque peut donc être légitime même si elle est rare.

Elle ne devrait en tout cas pas s’observer dans les premiers jours de cotation. Si le cas est fréquent, cela signifie que l’introduction donne lieu à une micro-bulle spéculative, micro car portant sur une valeur précise et sur une courte durée.

Donc depuis les années 80, l’investissement en actions a largement été dénaturé :

  • les détenteurs (que je n’ose plus appeler « investisseurs ») achètent dans la perspective d’une plus-value à moyen terme au mieux
  • le rendement offert, le dividende, est réduit à sa plus simple expression : cause ou effet, nous en reparlerons
  • la grande mode du ROE a tué le paiement du dividende en action et a privilégié le financement par le crédit (sous forme d’obligations ou de prêts bancaires plus ou moins sophistiqués)

Il est donc logique de dénigrer la Bourse quand elle devient « casino ». Mais il faut se rappeler que, dans son esprit, la Bourse devrait être à l’opposé de la spéculation puisque la détention d’actions a une vocation de long terme.

Il faudrait dans un premier temps réhabiliter le dividende. Il doit devenir, si les résultats de l’entreprise le permettent, une rémunération de la prise de risque de l’actionnaire afin que la plus-value ne soit pas sa seule perspective. Dans ce contexte, il faut que le dividende soit de l’ordre du rendement d’une obligation de même niveau de risque.

Certains proposent même de mettre fin aux cotations en continu, de procéder à un fixing quotidien voire hebdomadaire selon la liquidité des valeurs afin de limiter la spéculation. Cette mesure est plus discutable, elle pourrait entrainer une forte volatilité qui découragerait l’investissement de long terme.

Il est en tout cas, à contre-courant des idées à la mode, nécessaire de réhabiliter l’investissement (le vrai !) en Bourse. C’est encore le mode de mode de financement de l’entreprise le plus stable et le moins coûteux.

Encore faut-il ne pas se tromper de régulation.

Facebook en Bourse

Que dire de cette introduction en Bourse ? Que je n’achèterais pas … La valeur économique de Facebook dépend de son volume de publicités. Or si vous fréquentez Facebook, vous regardez assez peu les publicités, ce n’est pas dans l’ « ambiance » de Facebook. Au mieux, acheteriez-vous un jeu.

Est-ce un hasard si General Motors vient d’annoncer qu’il cessait la publicité sur Facebook pour cause de faible retour ? Et sans être GM, par expérience personnelle, je peux vous assurer que malgré une couverture de 95% de la cible, un taux de clics excellent selon les critères Facebook, des « j’aime », des « poke », etc … le taux de retour est très faible. Si deux entreprises, comme GM et une (T)TPE comme la mienne ont un vécu similaire …

Facebook est-il à terme condamné ? Même si des déceptions en Bourse sont à craindre, parions que Facebook finira à la façon de Wikipedia, géré par une fondation de passionnés. Car Facebook correspond à un besoin de convivialité et de lien social. Sa monétisation potentielle est beaucoup plus hypothétique.

Faut-il pour autant condamner la Bourse tel le Mélenchon tonitruant ? Pas si sûr, certes le discrédit actuel est fort. Mais « abusus non tollit usum » (l’abus ne condamne pas l’usage) et la Bourse devrait redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cessé d’être : un lieu de financement de l’économie, au risque important mais maîtrisable. Or c’est devenu un casino, et tout le monde sait que tous les joueurs espèrent y gagner mais que seul le propriétaire du casino est gagnant.

Martine Aubry, le Philippe Séguin du PS

Martine Aubry est absente du gouvernement. Choc ou énigme, c’est étrange. Tant que cela?

Martine Aubry est connue pour son caractère difficile, ce qui est un euphémisme. A l’époque où elle était ministre des Affaires Sociales, je me rappelle avoir déjeuné avec un ami énarque qui était deux niveaux hiérarchiques (N-2 comme on dit de nos jours) sous Madame le Ministre (inutile de féminiser le nom d’une fonction  : le neutre n’existe pas en français, c’est ainsi). Et il me disait que quand son chef était convoqué chez le Ministre, il ressentait comme une bouffée d’angoisse (en fait, les émotions étaient plutôt ressenties au niveau abdominal …).

Ministre des Affaires Sociales, c’est son premier point commun avec Philippe Séguin. Le caractère impétueux est le second. Philippe Séguin avait la réputation d’être capable d’envoyer un cendrier à la figure d’un collaborateur et ses colères étaient légendaires. Au point même d’indisposer Jacques Chirac qui en avait vu d’autres.

N’en tirons pas hâtivement la conclusion qu’on affecte par taquinerie déplacée des asociaux aux Affaires Sociales mais peut-être ce ministère est-il un test pour caractères difficiles.

Les compétences de Martine Aubry et de Philippe Séguin ne sont pas en cause mais compte tenu de l’importance du relationnel et du travail d’équipe, leur caractère fort explique sans doute pour une bonne part leur cursus cahotique et, in fine, leur disparition du paysage politique (avant leur disparition tout court dans le cas de Philippe Séguin).

Tant que l’équilibre des pouvoirs n’est pas définitivement établi au sein d’une équipe, un caractère fort, qui exprime donc des idées qui ne le sont pas moins, est un pôle d’attraction qui attire d’autres personnalités dans une communauté de pensée et d’objectifs.

Mais quand arrive un nouvel équilibre des pouvoirs, et un quinquennat et sa législature assortie figent, sauf accident, le paysage pour cinq ans, le caractère fort exige trop, la rupture est atteinte et sa marginalisation consacrée. Car pourquoi s’exposer à une relation difficile si elle n’ouvre plus aucune perspective. On peut être politique sans pour autant être masochiste.

Pourquoi aller chercher d’autres raisons de l’absence de Martine Aubry du gouvernement ?

Certains comme Fabius, plus souples, peuvent faire oublier leurs critiques antérieures, on imagine mal Martine Aubry se renier, c’est son honneur et son handicap.

Donc, sauf rebondissement après les législatives de juin, il est probable que Martine Aubry prenne durablement du recul dans sa mairie de Lille.

D’aucuns pensent aussi que la rupture entre François Hollande et Martine Aubry est plus intime. Le frère cadet de Martine Aubry, Jean-Paul Delors, né en 1953, est décédé en 1982 d’une leucémie. Jacques Delors aurait alors fait de François Hollande un fils spirituel, ressenti par Martine Aubry comme un fils de substitution. Inutile de fouiller plus avant dans les vies privées, mais si cette hypothèse doit être retenue, elle ajoute aux relations de François Hollande et de Martine Aubry une composante définitivement irrationnelle.

Déficit public France 2011

Dépenses et recettes des administrations publiques
en G€ (milliards) 2010 2011 var
Dépenses de fonctionnement 377,2 380,1 0,7
dont conso. Intermédiaires 108,3 106,7 -1.5
dont rémunérations 259,4 263,7 1.6
Intérêts 50,7 55,5 9.5
Prestations sociales 495,6 511,2 3.1
Autres transferts et subventions 109,7 108,8 -0.8
Acquisition nette d’actifs non financiers 62,4 63,0 0.9
dont investissement 60,4 61,4 1.6
Total des dépenses 1 095,6 1 118,5 2.1
Ventes et autres recettes 71 72,9 2,6
Revenus de la propriété 15 15,9 6,5
Impôts 496,2 534,7 7,8
dont impôts sur la production (TVA, etc …) 288,4 305,1 5,8
dont impôts sur revenu et patrimoine (IRPP, ISF, …) 204,7 225,2 10,0
Cotisations sociales effectives 323,4 336,7 4,1
Autres recettes 52,7 54,6 3,6
Total des recettes 958,3 1 014,8 5,9
Besoin de financement –137,4 –103,6
Gains (+) Pertes (-) sur Swap 0,4 0,6
Déficit notifié –137,0 –103,1

 

Il y a dette et dette

Les dettes publiques européennes sont au coeur de la crise. Le consensus est général, il faut diminuer la dette. Certes, mais comment ?

La préférence pour la réduction des dépenses

Le réflexe de bon sens est qu’il faut diminuer les dettes. Il est étrange de constater que c’est une réflexe aussi naturel en gestion familiale qu’en finances publiques. Connaissez-vous beaucoup de familles en difficultés financières où pour faire face à une situation difficile on décide d’augmenter ses recettes, par exemple en trouvant un travail mieux rémunéré ? Non, car la mobilité professionnelle est délicate en des temps de chômage élevé. Donc, on diminue les dépenses. Il en va de même en finances publiques.

En outre, si couper les dépenses a des effets à court terme, les effets d’une augmentation des recettes se font attendre : il faut trouver un nouveau travail, passer le cap de la période d’essai, ou plus souvent du CDD, etc …

Il en va de même en gestion d’entreprise : il est plus rapide de licencier, même en France, que de développer un nouveau produit ou de conquérir un nouveau marché.

En matière de finances publiques, les délais sont encore plus longs puisqu’il faut généralement procéder à des investissements de taille bien supérieure à ceux d’une entreprise ou engager des réformes structurelles qui nécessitent concertation sociale, débat législatif, décrets d’application, bref un délai minimum de deux ans, incompatible avec les impératifs électoraux cadencés par des élections nationales ou locales fréquentes.

Une réhabilitation de la logique comptable

Or n’importe quel expert comptable vous dira qu’une structure de bilan saine est celle où les emplois d’une durée de vie donnée sont appuyés sur des ressources de même durée de vie. Ce qui signifie quoi en langage clair ?

Qu’un investissement (une machine, des locaux) d’une durée de vie de 20 ans soit financé par un emprunt sur 20 ans est parfaitement légitime et logique.

Petite démonstration de bon sens. Si une entreprise achète un investissement au comptant, donc sur sa trésorerie, cela signifie qu’elle dispose d’une forte trésorerie qu’elle aura généralement mis plusieurs années à accumuler. Pendant ces années-là, l’entreprise a en quelque sorte thésaurisé sans se développer. Elle aura donc certainement manqué des opportunités d’extension de ses marchés ou de développement de nouveaux produits.

En revanche, si une entreprise investit, cela signifie qu’elle suppose des résultats positifs à terme. Certes le risque d’erreur existe mais la prise de risque est le moteur de l’esprit d’entreprise. L’entreprise a donc établi un plan à terme qui montre que les produits de l’investissement compenseront le remboursement des échéances de l’emprunt. Et d’ailleurs comptablement, si l’emprunt et l’investissement ont même maturité, les remboursements à chaque échéance de la part de capital de l’emprunt seront compensés par l’amortissement de l’investissement. Au total, l’emploi net (montant initial de l’investissement moins amortissements) sera équilibré par la ressource nette (reste à payer de l’emprunt).

Quand on vous dit que la comptabilité, c’est magique ! Encore faut-il la considérer comme un outil de pilotage économique de l’entreprise. Pour ce faire, il faut lire (et construire) son bilan non sous le point de vue actif/passif ou débit/crédit mais comme un tableau emplois-ressources. Nous reviendrons souvent sur ce point.

De la même manière, cet équilibre par maturité est tout à fait légitime dans une gestion familiale et en matière de finances publiques qui nous intéresse ici.

L’origine de la dette est plus importante que son montant

La dette de l’Etat en France est de l’ordre de 90% du PIB. Que signifierait ce chiffre, ramené à une gestion familiale ? Que la famille a une dette globale équivalente à 90% d’une année de revenu.

Supposons un couple qui perçoit deux salaires médians, soit deux fois 1653 € (salaire médian en novembre 2011). Il disposera d’un revenu brut annuel de 39672 €. 90% de ce montant font 35705 €. Compte tenu du nombre de foyers endettés pour le logement, sans même compter d’autres crédits à la consommation (automobile, électro-ménager, etc …), une assourdissante clameur devrait monter de nos villes et villages, s’il fallait hurler autant que pour la dette de l’Etat. Or qui penserait à considérer qu’un couple endetté à hauteur de 3 fois (300% !) son revenu annuel pour l’achat de sa maison est en faillite potentielle ? Personne. Pourquoi ? Parce que cette dette remplace le loyer qu’il aurait à payer et que l’emploi de cette dette est sur le long terme.

Convaincu par cet exemple ? Donc le montant des dettes n’est pas en soi le problème. Or il y a un problème que nous ne souhaitons aucunement minimiser. Mais pour traiter d’un problème, il faut en identifier clairement l’origine et la nature.

La dette actuelle a deux origines principales.

La première est, disons, conjoncturelle. La crise financière de 2007-2008 a nécessité une avance de fonds des Etats aux économies pour éviter un remake de la crise de 1929. Cet endettement est légitime en tant que mesure d’urgence. Mais on peut aussi considérer que cette crise financière a une origine structurelle plus ancienne. Ce qui est parfaitement exact. Mais ce n’est pas parce qu’un incendie couve depuis longtemps qu’il ne faut pas l’éteindre en urgence quand il éclate. Nous reviendrons sur les causes plus lointaines de cette crise.

La seconde est, pour la France du moins, structurelle. La dette actuelle est, environ pour les deux tiers, due aux déficits annuels cumulés depuis 1979. Il s’agit donc de mauvaises habitudes anciennes auxquelles il faudrait remédier dans l’urgence : cet exercice est généralement difficile. Mais il est nécessaire dans un premier temps d’examiner en détail la composition de ces déficits. Nous reviendrons également sur ce point.

A suivre …

Croissance 1er trimestre 2012

  • 1er trimestre 2012 : croissance = 0%
  • 3ème trimestre 2011 : croissance révisée = 0.1%
  • 2011 : croissance révisée : 1.%

Prévisions 2012

  • gouvernement : 0.7%
  • FMI : 0.5%
  • Commission Européenne : 0.5%

Prévisions 2013

  • gouvernement : 1.75%
  • FMI : 1%
  • Commission Européenne : 1.3%

(source Indicateurs conjoncturels. Banque de France. 11 mai 2012)

Au passage, il est légitime de se demander pourquoi depuis plusieurs dizaines d’années, les gouvernements quels qu’ils soient surestiment les prévisions de croissance.

(voir historique de la croissance française)

Sarkozy, clap de fin

Il ne fallait pas voter Sarkozy en 2007. Pour les électeurs de François Hollande, c’est une évidence. Pour ceux de Nicolas Sarkozy, ce devrait en être une.

La première raison immédiate est la suivante. Dans une France sociologiquement à droite, l’UMP a accompli le tour de force de réussir à perdre les élections. Or il est vraisemblable qu’un Juppé ou un Fillon les aurait gagnées. En résumé, pour que la droite gagne en 2012, il ne fallait pas que Sarkozy gagne en 2007. Annoncer le soir de sa victoire qu’on va rétablir le plein emploi est au pire démagogue, au mieux inconscient et surtout ça suscite des aigreurs qui se paient 5 ans plus tard. Vous aurez remarqué que je n’ai parlé ni du Fouquet’s, ni du Paloma qui sont des bévues à portée uniquement symbolique. Mais qu’on en parle 5 ans après montre qu’elles ont eu un effet ravageur. Bref, nous n’allons pas refaire le match.

La seconde raison est oubliée parce que les électeurs ont la mémoire courte. Jacques Chirac a en son jeune temps été porté aux nues pour son dynamisme selon des modalités identiques à l’aura d’énergie de Sarkozy. Et subitement, les mêmes ont décrété qu’il n’avait rien fait. Comme de nombreux bi-électeurs de Sarkozy finiront par dire qu’il n’a pas fait grand-chose, qu’ils l’ont toujours dit et qu’ils n’en ont jamais été fanatiques. Même s’ils avaient sa photo dédicacée sur leur table de nuit : j’ai ouvert une liste, j’ai déjà des noms.

Pourquoi parler de Chirac ? Parce que Sarkozy. Et Sarkozy, parce que Balladur. Et tout remonte à 1992.

1992 Maastricht

Maastricht devait être voté par tous les pays membres. Les spéculateurs qui misaient sur l’échec ont anticipé des soubresauts opportuns dans les parités et les taux souverains. Les tenants de la réussite avaient quant à eux compris que d’ici 1999, ils n’auraient plus l’opportunité de spéculer sur la parité FRF/DEM, il fallait bien tenter un baroud d’honneur. Cette présentation est un peu simplifiée mais résume bien l’ambiance de cette année. Notons au passage que les spéculateurs en question ont paru disposer de moyens plus que conséquents et donc que d’aucuns ont vu dans les attaques sur les monnaies destinées à former l’euro un complot de la finance anglo-saxonne.

Difficile à prouver mais possible. Les Britanniques ne souhaitent jamais, c’est une constante historique, une Europe continentale trop forte or l’euro serait continental puisqu’ils n’en voulaient pas. Les USA ne souhaitaient pas l’émergence d’un monnaie rivale de la leur, ce qui assez bien vu puisqu’au lieu d’un euro géré par des amis assez désorganisés qu’on peut comprendre, ils auront un yuan géré par un rival très organisé mais insondable comme tout Oriental qui se respecte comme le dit la légende. Mais nous nous éloignons du sujet.

1993 Deuxième cohabitation Mitterrand-RPR

Mais jusque là tout va bien au RPR, les législatives de 1993 sont à portée de main, Mitterrand est malade et en fin de mandat et sa succession n’est pas arrêtée. On est même au mieux avec les amis de l’UDF. Chirac a déjà vécu 2 ans de cohabitation, il n’y a pas envie d’y retourner mais alors pas du tout. Donc Balladur, son « ami de trente ans » ira et sera Premier Ministre.

Et là Edouard Balladur se trouvera très bien dans le rôle, il saura très bien aggraver le déficit public comme un vrai Président de la République et commence à se voir « en haut de l’affiche ». Lors d’une crise monétaire comme elles étaient si fréquentes à l’époque, mais on l’a oublié, Balladur considérera que Jacques Chirac n’a pas la « stature d’un homme d’Etat » ce qui sous-entend que lui en revanche …

Et le RPR se retrouve partagé en deux tendances, classiques à droite, « orléaniste » et « libéraux » aux côtés de Balladur, gaullistes ou « bonapartistes » avec Jacques Chirac. Balladur pourra sans problème trouver du renfort du côté des centristes de toutes tendances, et Dieu sait le talent qu’ils ont pour les tendances diverses et variées. En revanche, Chirac, on le sait, ne tolèrera aucun compromis avec l’aile droite qui considère certaines proximités avec le Front National.

Donc, mathématiquement, la messe est dite, Chirac est fini, il faut miser sur Balladur. Au ralliement naturel des centristes s’ajouteront des ralliements plus opportunistes. Et parmi ceux-ci le ralliement d’un trépignant Nicolas Sarkozy qui se verrait bien en jeune Premier Ministre populaire, voire populiste, d’un aristocratique Balladur ou plutôt d’un Balladur aux prétentions aristocratiques.

Car les schémas anciens se reproduisent sans cesse : « si l’Histoire ne se répète pas, il lui arrive de bégayer ». Le tandem Giscard-Chirac devait se reproduire dans celui formé par Balladur et Sarkozy : une campagne hallucinante de Chirac a brisé le rêve.

1995 La cohabitation interne

Elu, enfin, en 1995, on peut comprendre que Chirac ait préféré ses supports loyaux et fidèles qui avaient il faut le reconnaître eut un incroyable mérite à le soutenir. Exit donc Sarkozy, exil pour Sarkozy. D’aucuns racontent même qu’une relation passée entre Claude Chirac et Nicolas Sarkozy aurait envenimé le débat : ceci expliquerait le clivage du couple Chirac sur la conduite à tenir vis-à-vis de Nicolas Sarkozy mais, in fine, « cela ne nous regarde pas » comme disent Les Inconnus.

Mais en 1995, c’est une droite désunie qui se retrouve aux commandes. L’Assemblée Nationale, élue en 1993 doit être renouvelée en 1998. Le Sénat est encore à droite selon une tradition depuis brisée. Et le Président est RPR. Mais la lutte fratricide a laissé des traces : les balladuriens exclus du gouvernement sont encore bien présents à l’Assemblée. La cohabitation avec la droite parlementaire sera houleuse. Alors dissoudre ou pas ? Le ver de l’échec de 1997 était déjà dans le fruit car l’équation est insoluble.

Rien ne permet en effet de croire qu’une dissolution de l’Assemblée dès 1995 permettra de retrouver une homogénéité à droite. En cas d’alternance, l’électorat assume généralement l’idée qu’il faut donner une majorité parlementaire au Président. Mais en 1995, l’électorat n’aurait pas compris l’intérêt et aurait reconduit les mêmes. Ceci dit, en 1997, l’électorat n’a pas mieux compris l’intérêt de la dissolution mais il a voté pour les autres … Bref décision fut prise de ne pas dissoudre.

Elu sur un programme à forte connotation sociale, doté d’une cohérence certaine à défaut de réalisme, Jacques Chirac a dès l’automne engagé des réformes qui en prenaient le contrepied même si elles étaient pertinentes et restent 17 ans après à accomplir. Elles ont engendré les mouvements sociaux les plus puissants jamais vus depuis mai 68. De quoi refroidir l’ardeur des plus réformateurs, la faible portée réelle des réformes de Nicolas Sarkozy pendant son septennat n’en est d’ailleurs pas la moindre preuve, même si une communication des plus professionnelles a pu faire croire le contraire.

Jacques Chirac, déjà privé du soutien d’une moitié de sa majorité, s’est donc retrouvé sans le support de l’opinion publique. L’échéance des législatives de 1998 approchait et un échec semblait inéluctable. D’où la dissolution de 1997 qui n’a fait qu’avancer l’échéance.

De nombreux parlementaires peuvent à l’époque témoigner que les « visites de soutien » de Nicolas Sarkozy comportaient leur part de propos incendiaires sur Jacques Chirac et son suppôt, Dominique de Villepin, affublé dès lors du délicat surnom de « Néron » par Bernadette Chirac. Dès lors, entre boutefeux ou incendiaires , la lutte au lance-flammes entre Villepin et Sarkozy était engagée.

1997-2007 « Je t’aime moi non plus »

Sur cette période, nous ferons plus court. Nicolas Sarkozy avait trahi Chirac. Et que Chirac ait auparavant trahi Giscard qui avait trahi De Gaulle puis Chaban-Delmas, etc … ne constitue pas une excuse quand on arrive à des résultats tel que le déficit public balladurien de 1993-1995, l’échec de son parti en 1997 et la stérilisation de 12 ans de présidence Chirac. Car c’est un consensus assez bien établi de nos jours que de prétendre que Jacques Chirac n’a rien fait de ses douze ans de mandat.

Qu’il ait une part de responsabilité sans doute mais le camp balladurien, Sarkozy en étant l’ultime survivant, n’a rien fait pour arranger les choses, allant jusqu’à saboter le CPE de Villepin, dernière tentative de réforme forte.

Il faudra peut-être un jour parler de la responsabilité d’Alain Juppé. Mais la loyauté d’Alain Juppé à l’égard de Jacques Chirac et de son camp n’a jamais semblé en question. Il a sans doute commis des erreurs de diagnostic qui sont celles de celui qui essaie et même si l’ambition personnelle ne peut être négligée, sinon il ne serait pas homme politique, l’homme mérite plus de considération.

En résumé de 1997 à 2007, Nicolas Sarkozy fit ou ne fit pas partie du gouvernement, prétendit au poste de Premier Ministre et n’y prétendit plus. Pris la tête de la majorité aux élections européennes de 1999 pour la mener à un échec retentissant. Bref ce fut la période de trépignement et de brouilles suivies de réconciliation avec Chirac, Juppé, en fait un peu tout le monde. Période qui ne devait s’achever qu’avec l’annonce de Jacques Chirac de ne pas briguer de troisième mandat.

L’échec logique de Sarkozy

Si on se concentre sur les 14 années qui précédé sa présidence, qu’a fait Nicolas Sarkozy à part oeuvrer contre son camp et uniquement pour sa propre carrière ? Il est arrivé au pouvoir en 2007 sur un authentique champ de ruines dont il était un responsable majeur.

Donc prétendre tout reconstruire après avoir tout cassé est la preuve d’une disposition maladive d’un ego au pire altéré, au mieux surdimensionné. Même les Hindous, avec bon sens, ont un dieu destructeur, Shiva, et un dieu constructeur, Vishnou, sachant que même un dieu ne peut tout à la fois détruire et rebâtir. Mais je vous accorde que l’image est discutable.

En résumé, voilà pourquoi j’ai refusé de voter Sarkozy en 2007.

Cependant, respectons le choix du peuple. Une fois élu, il n’y avait qu’une alternative.

  • Soit il s’avérait le « Chirac lent » qu’Emmanuel Todd avait prédit (et il faut toujours écouter les prédictions d’un Emmanuel Todd) ce qu’il fut malgré une communication, nous dirons « diluvienne’, le présentant en grand sauveur de la France, voire de l’Europe à l’issue des 2412 sommets tenus pour consacrer la volonté d’Angela Merkel. Et il ne pouvait être réélu.
  • Soit il réformait de façon profonde et cohérente, ce qui était difficile compte tenu de son absence de vision et de l’équipe de courtisans divers et variés dont il s’était entouré. Dans ce cas, les réformes étant impopulaires, il ne pouvait être réélu mais laissait une empreinte réelle dans l’Histoire et pouvait envisager d’apparaître en recours en 2017. Et là il nous laisse Jean-François Copé …

Sarkozy, un autre Giscard

Les deux Présidents présentent la caractéristique commune de n’avoir pas été réélus à l’issue de leur mandat. Est-ce un hasard ?

La faute à la crise dira-t-on … La crise date de 1973 et quand on regarde les anciens journaux du 20h, on constate que le sentiment de crise est constant depuis cette date malgré le sentiment qu’aujourd’hui c’est pire : mais les peuples ont la mémoire courte et la France se complait quoiqu’elle en dise dans le discours de décadence.

En outre, la crise financière de 2007-2008 (selon qu’on la date de la suspension de cotation de fonds monétaires dynamiques par la BNP ou de la chute de Lehman Brothers) était prévisible dès 2006. Les banques de marché savaient que les menaces étaient lourdes et seules quelques retardataires se ruaient sur le subprime et le réhaussement de crédit au grand plaisir des banques pionnières qui pouvaient leur laisser des rossignols : un vieux devoir de réserve nous empêche de citer des noms.

Un candidat-président est toujours entouré d’un réseau de conseillers compétents (sans ironie aucune) qui ne pouvaient ignorer la crise potentielle. Il n’y a pas que Nouriel Roubini qui comprenne la finance. Mais écoute-t-on ses conseillers ou seulement les conseils qui (com)plaisent ?

Sarkozy comme Giscard ont décidé d’une rupture et d’une modernisation de la société à marche forcée. C’est risqué mais pourquoi pas ? Le Shah d’Iran avait voulu faire de même et l’Iran avait hérité de l’Ayatollah Khomeini : mais la France n’est pas l’Iran n’est-ce pas mais si ce sont deux pays à la longue histoire et la fierté nationale qui en découle. En tout cas, l’un comme l’autre ont multiplié des gestes symboliques qui ont montré leur incompréhension de l’histoire et du peuple. Ils l’ont payé de leur échec et d’une profonde perturbation de leur camp. L’échec de Giscard a eu pour coût deux ans d’égarement mitterrandien même si le PS a depuis amplement compris la leçon.

Quel sera le prix de l’échec sarkozien ?

Croissance. Historique 1950-2010

Évolution du PIB en volume en France
1950 1951 1952 1953 1954
8.5 5.7 2.9 3.5 5.5
1955 1956 1957 1958 1959
5.3 4.9 5.4 2.7 2.6
1960 1961 1962 1963 1964
8.3 4.8 6.9 6.2 6.4
1965 1966 1967 1968 1969
4.8 5.2 4.9 4.5 7.1
1970 1971 1972 1973 1974
6.2 5.3 4.5 6.6 4.7
1975 1976 1977 1978 1979
-1.1 4.4 3.6 3.9 3.4
1980 1981 1982 1983 1984
1.6 1.0 2.4 1.2 1.5
1985 1986 1987 1988 1989
1.6 2.3 2.4 4.7 4.2
1990 1991 1992 1993 1994
2.6 1.0 1.5 -0.7 2.2
1995 1996 1997 1998 1999
2.0 1.1 2.2 3.4 3.3
2000 2001 2002 2003 2004
3.7 1.8 0.9 0.9 2.5
2005 2006 2007 2008 2009
1.8 2.5 2.3 -0.1 -2.7
2010
1.5
Source : Insee, comptes nationaux, base 2005.